À 23 ans, Avinash Bucktowar, alias Big Papa, est un des plus talentueux DJ de l’île. Le Resident DJ du Queen’s Club à Quatre-Bornes depuis trois ans possède cette touche unique, ce charisme qui caractérise les très bons DJ. C’est en toute décontraction qu’il nous a rencontré dans sa demeure à Vacoas.
Avant toute chose, il formule une requête. Il préfère qu’on l’appelle Big Papa ou Big Papa Soulful, DJ Big Papa étant à proscrire. L’imposante carrure du personnage nous contraint à nous conformer à cette demande. “Je n’aime pas qu’on écrive DJ devant mon surnom”, confirme-t-il. Certes, DJ est bien le métier qu’il exerce à la nuit tombée, mais Avinash Bucktowar avoue qu’il a encore du chemin à parcourir avant de mériter ce titre. “Je n’ai pas encore atteint les objectifs que je me suis fixés. Par exemple, j’ai envie d’aller jouer à l’étranger et je n’y suis pas encore arrivé. Mettre DJ devant mon surnom de scène serait un peu prétentieux à mon avis.” Le message est bien compris. On peut donc y aller franco.
L’apparence bad boy qu’il affiche peut décontenancer, mais Avinash va se révéler sympathique et doté d’un esprit bien trempé. Ce roi du dancefloor, dont le charisme n’échappe à personne, sait faire bouger son public. Dans sa catégorie, il compte parmi les plus prometteurs du moment.
Underground.
Big Papa l’affirme d’emblée : il n’est pas amateur du style commercial. Il avoue une préférence marquée pour l’underground. Pour trois styles en particulier : deep house, soulful house et latin house. Moins populaires que ce qui s’entend d’ordinaire dans les boîtes de nuit, ils lui procurent l’adrénaline dont il a besoin pour exprimer son talent. “La deep house, c’est de la house au ralenti. La soulful house est presque identique, avec davantage de vocals. Quant à la latin house, elle est imprégnée de styles latinos. J’aime l’émotion qui s’en dégage. Ce sont des styles underground, cool et pas bruyants. Cette musique me transporte vers un autre monde.”
Big Papa est conscient que promouvoir ce genre musical à Maurice relève de la gageure. “À Maurice, pour tenir, t’es obligé de jouer du commercial. J’essaye quand même de promouvoir mon style en début de soirée au Queen’s et lors des soirées que j’organise.”
Perfectionniste.
Perfectionniste, Big Papa est toujours à la recherche du son qui fera vibrer et danser son auditoire. “Le deejaying, c’est comme un chart. Tu dois savoir changer l’atmosphère au bon moment. Monter et redescendre quand il le faut. Quand je prépare mes sets, je me fais plaisir à 50%; le reste, c’est pour le public. Si le morceau me procure un bon feeling, je vais le transmettre sur la piste de danse. Je me mets toujours en tête que chaque personne sera peut-être émerveillée par une seule chanson. C’est ce morceau qui allumera l’étincelle pour elle et qui lui permettra d’évacuer son stress. Rien ne me fait plus plaisir que de voir les gens danser et évacuer leur stress. C’est cela, notre métier.”
Création.
Pour créer, Big Papa préfère l’isolement et la tranquillité. Il faut que ses appareils et lui ne fassent plus qu’un. “J’écoute le morceau de A à Z. Je décide ensuite si je peux en tirer quelque chose. Chaque chanson a son impact, qu’importe son style, que ce soit du RnB ou du reggae. Je tente de dénicher ce qui créera cet impact-là.”
Outre le mixage de morceaux existants, Big Papa crée également ses propres sons. Qu’il passe lors des soirées qu’il anime, et qui peuvent être écoutés sur le site internet soundcloud.com. Il compte sortir un single dans les deux années à venir. “À Maurice, c’est très difficile de lancer un CD, surtout dans ce style-là. Mais c’est un objectif que je me suis fixé et je compte atteindre.”
Inspirations.
Parmi les personnes qu’il a côtoyées, Big Papa avoue avoir été marqué par DJ Chronic et Nebat Drums. Le premier est un Mauricien qui joue à Ibiza. Big Papa a partagé la scène avec lui lors d’une soirée privée en 2010. “Ce DJ m’a beaucoup marqué. Sa façon de jouer est étonnante. C’est une bonne source d’inspiration et j’ai beaucoup appris de lui.”
En 2011, Big Papa a réalisé un set aux côtés de Nebat Drums. “Un sacré personnage, qui fait des merveilles avec ses percussions. Je me suis beaucoup inspiré de lui, surtout pour mes créations musicales.”
Business familial.
Né au Zimbabwe, Avinash Bucktowar a grandi à Maurice, à Vacoas. Hormis le deejaying, il est responsable d’un business familial de vente de fruits et légumes. “Mes parents étaient dans ce domaine et j’ai décidé de suivre leurs traces. Il me fallait trouver une autre source de revenus car il est difficile de vivre uniquement du deejaying. Maurice étant une petite île, le nombre de discothèques n’est pas suffisant pour les quelque 2,000 DJ que nous sommes.”
Avinash souligne que la famille est sacrée. “Les dimanches, je les consacre à ma famille. Si tu oublies ta famille, tu passes à côté de ce qui compte le plus. Mon téléphone est éteint le dimanche.”
Déclic.
Avinash ne peut s’empêcher de sourire lorsqu’il nous raconte sa découverte du deejaying. Il n’avait que 12 ans. Le déclic, il l’a eu en écoutant une émission à la radio. “Je ne savais même pas ce qu’était le deejaying. J’ai entendu une chanson à la radio; puis, il y en a une autre qui a suivi. Ça a fait tilt dans ma tête.”
L’univers de l’adolescent est définitivement chamboulé. Avec des amis, il commence à s’essayer au deejaying avec des cassettes audio. Ils passent ensuite aux CD sur une chaîne stéréo. Quelques années plus tard, il investit dans un mixer avec son acolyte DJ Dragon, qui lui file un gros coup de main au Queen’s Club.
First steps.
À 16 ans, Big Papa vit sa première expérience de DJ sur scène au Queen’s Club. En sept ans, il s’est produit dans plusieurs discothèques : Zanzibar, Godfather, Teasers, 21/22, Lion Dance et Metropolis Bar.
Il y a trois ans, Big Papa est invité à passer un petit test par DJ Prince V, qui fut le Resident DJ du Queen’s Club. Coup d’essai, coup de maître : le jeunot est invité à épauler DJ Prince V chaque week-end.
Au départ de ce dernier, c’est son ami d’enfance, DJ Dragon, qui l’a rejoint. Un aboutissement pour ces deux compères, qui ont affûté leurs armes ensemble depuis l’adolescence.