La dernière usine sucrière a fermé ses portes dans le cadre de la réforme du secteur. Celle de Deep River–Beau Champ a en effet cessé ses opérations hier en donnant un long coup de sirène en pleine cérémonie officielle. Il y a 250 ans, Maurice comptait 259 usines, mais il n’en reste désormais que quatre en opération pour produire environ 400 000 tonnes de sucre par an.
Après avoir rappelé l’historique de cette industrie à Beau Champ, hier après-midi, le ministre de l’Agro-industrie et de la Sécurité alimentaire, Satish Faugoo, a déclaré que la fermeture de l’usine DRBC n’est pas comparable à celles que l’on connaît dans d’autres secteurs économiques. « Si ti parey kouma dan sekter tekstil, ti pou bizin asize plore », a-t-il lancé, avant de rappeler les « cyclones économiques » ayant frappé le pays, à l’instar de la baisse du prix du sucre, de l’ordre de 36%, sur le marché européen, et du démantèlement du Protocole Sucre. « Nous avons résisté à ces cyclones et tranformé les défis en opportunités », a-t-il fait ressortir.
À ce stade, Satish Faugoo a rappelé que le Premier ministre a personnellement veillé à ce qu’il y ait une dimension sociale et humaine dans la réforme de cette industrie, et ce dans l’intérêt de toutes les parties concernées. « Sinon, li pa ti pou aksepe reform la », a affirmé le ministre. De ce fait, environ 17 000 ouvriers de cette industrie sont partis dans le cadre du plan de retraite volontaire (VRS) avec une compensation de Rs 8 milliards ainsi que des terres, également d’une valeur de Rs 8 milliards.
Pour Arnaud Dalais, CEO d’Alteo Ltd, « c’est une page importante de l’histoire de la région qui se tourne », car Beau Champ, rappelle-t-il, était la plus vieille usine toujours en opération jusqu’à l’année dernière.
Elle avait commencé ses opérations il y a 254 ans. Beaucoup de choses se sont passées entre-temps, à commencer par plusieurs centralisations et, la dernière en date, en 1948, lorsque Beau Champ est devenu une nouvelle entité appelée Deep River–Beau Champ. Par la suite, plusieurs centralisations sont intervenues au niveau de cette usine, avec l’acquisition de l’usine de Ferney en 1970 et celle de Constance, en 1997.
Arnaud Dalais raconte qu’à cette époque, « nous sommes allés chercher à La Réunion des équipements pour augmenter la capacité de l’usine ». L’usine de Beaufonds a ainsi été démontée pour être remontée à Beau Champ pour lancer la nouvelle DRBC avec sa centrale thermique. « En 1997, j’avais dit, lors de l’inauguration de la nouvelle usine, qu’il nous faut rêver. Dix-sept ans après, nous sommes en train de penser à d’autres rêves », a-t-il dit. DRBC a aussi posé ses valises en Tanzanie, où ses propriétaires ont acheté une usine qui, selon M. Dalais, est une « réussite totale ». Sa production de sucre est en effet passée de 36 000 tonnes il y a quatre ans à plus de 100 000 tonnes aujourd’hui.
DRBC a connu un autre grand événement, en 2012, avec sa fusion avec FUEL, dans le cadre d’une nouvelle vision pour l’industrie sucrière. « Avec ce qui se passe en Europe et sur le marché mondial, où les prix du sucre chutent, nous devons contrôler nos coûts de production », a déclaré le CEO d’Alteo. Il a ajouté : « Si l’on ferme, c’est pour être plus efficient et plus compétitif, et ce afin de continuer à survivre sur le marché international. »
Plusieurs autres personnalités sont également intervenues lors de cette cérémonie, notamment les ministres Rajesh Jeetah, Jim Seetaram et Cader Sayed-Hossen, ainsi que le COO d’Alteo, Sébastien Lavoipierre.
S’agissant des employés de DRBC, 154 d’entre eux ont opté pour les avantages sous le “blue- print”, avec une moyenne de compensation s’élevant à Rs 1,1 M par personne et une portion de terre d’une superficie comprise entre 12 et 16 perches à chacun d’entre eux.