Candidate à l’élection partielle de la circonscription numéro 7 (Piton/Rivière-du-Rempart), Deevshy Ragpot, enseignante et membre du jeune parti politique En Force !, participe pour la première fois à un scrutin. Ayant ce désir de servir les autres, elle veut « faire de la politique autrement » en adoptant la philosophie de son parti. Selon elle, « il est temps qu’il y ait une rupture avec la classe politique traditionnelle » et de donner l’opportunité aux jeunes ayant à cœur l’intérêt du pays.

Vous êtes jeune et accomplie. À un âge où les filles se marient pour fonder une famille, vous avez choisi d’être candidate à l’élection partielle dans la circonscription No 7. Qu’est-ce qui vous a motivée pour choisir cette voie ?

Tout d’abord, je pense qu’il n’y a pas de contradiction entre le mariage, fonder une famille et faire de la politique autrement. Auparavant, je n’étais pas intéressée par la politique, puisqu’elle a été tellement sale et pleine de venin. J’ai souvent voulu croire, sans grand succès, dans une île Maurice meilleure avec des leaders qui unissent la nation mauricienne. Mon engagement dans la politique et ma motivation découlent de trois raisons fondamentales liées à ma conviction personnelle ralliée aux objectifs d’En Force !. Ce mouvement, avec Yuvan A. Beejadhur, ancien économiste à la Banque mondiale à la tête, est inspirant et répond exactement à ce que j’attends d’une Maurice respectée et forte. Accompagné d’une équipe dynamique et courageuse, le mouvement a quelque chose que les autres partis n’ont pas, ce besoin d’agir vite et ensemble pour le bien commun de tous les Mauriciens sur les enjeux politiques, sociaux, économiques et environnementaux, et de cesser de subir les écarts de dynasties politiques. En premier lieu, le désir de transformer Maurice en une nation qui retrouve sa place dans le monde. Deuxièmement, un avenir meilleur pour nous et pour les générations futures. En troisième lieu, de donner aux jeunes Mauriciens, surtout les femmes, une voix et une confiance dans la prise de décision politique, aidant ainsi à rajeunir la démocratie, à renforcer l’économie et le progrès, tout en brisant les préjugés.

Vous avez sans doute sillonné la circonscription. Quels sont les problèmes que vous avez notés ?

La région de Piton/Rivière-du-Rempart est issue de la région côtière, et l’un des défis majeurs demeure le changement climatique et son impact sur l’économie et la société. On se demande : pourquoi des solutions concrètes et de longue durée, comme une meilleure gestion des drains et des infrastructures adéquates n’ont-elles pu être mises en avant ? Le bien-être des habitants au niveau de la qualité des services de santé et les grands fléaux qui rongent la société, comme la drogue, restent réels. Les jeunes de Maurice, avec le chômage, sont souvent les proies les plus faciles et il nous faut une structure plus adéquate pour les encadrer et les pousser vers une activité professionnelle et des loisirs. Nous prônons l’émergence de la jeunesse à travers les nouvelles entreprises et domaines, telles que l’économie bleue, la recherche, l’agriculture bio, l’innovation, le tourisme basé sur la nature, pour la création de meilleures opportunités pour les jeunes et la possibilité de faire face à un monde qui change très vite.

Êtes-vous une habituée de cette circonscription ? Si oui, que pourrions-nous dire sur le travail que vous avez accompli jusqu’à présent dans les différents villages qu’elle compte ?

À travers cette élection partielle, la circonscription No 7 est le point de départ de ma carrière politique, que j’accueille avec beaucoup d’humilité et d’enthousiasme pour découvrir les différents endroits, les habitants, leurs cultures et leurs habitudes. Mon parti est d’avis que nous sommes tous sur le même bateau, que ce soient les villes ou les villages. Les problèmes transcendent les “boundaries”. Un jumelage et un partage entre Floréal, où j’habite, et Rivière-du-Rempart serait possible. Mon expérience dans l’éducation me donne accès à beaucoup de possibilités pour travailler ensemble et bâtir l’île Maurice de demain. Nous parcourons différents endroits de la circonscription afin de savoir ce que veulent les habitants, quels sont les obstacles. Et ce pour trouver ensemble des solutions concrètes et mettre en place un plan d’action. Sur le plan national, la circonscription No 7 est le point de départ de notre travail dans le nord. Nous entamerons dans les jours à venir les autres circonscriptions.

Dans l’éventualité où cette élection ne se tiendrait pas, quel sera votre sentiment si votre parti ne vous aligne pas comme candidate pour les prochaines élections générales ?

Au sein d’En Force !, nous avons établi une charte d’évaluation, « un système à points » de performance pour nos représentants qui s’appliquera aussi pour nos élus et autorités publiques. Ma performance et l’appréciation des habitants de Piton et Rivière-du-Rempart, ainsi que ma capacité à représenter les habitants dans cette région, seront parmi les facteurs déterminants pour notre parti afin de renouveler cette confiance visant à m’aligner pour les prochaines élections générales. Mon objectif primaire, c’est de faire avancer les choses à Piton/Rivière-du-Rempart, de travailler en toute sincérité et assiduité. Time is of the essence. On ne peut rester les bras croisés et dire qu’on a besoin de plus de transparence, de jeunes ou de femmes. We need to walk the talk !

La politique requiert avant tout la passion de servir. Quels sont, selon vous, les éléments importants pour être un politicien(ne) qui sera toujours respecté(e) par la population ?

La politique, pour moi, c’est d’abord une passion visant à servir avec mes meilleures habiletés. Or, très souvent, nous avons malheureusement vu défiler des politiciens qui dilapident grassement des biens de l’État ou des fonds publics pour se servir. Pourquoi ces milliers de gens venus inutilement au Nomination Day ? J’adhère intégralement aux convictions de mon parti, qui prône des valeurs aussi fondamentales que l’intégrité, la transparence et la méritocratie, qui sont autant d’éléments importants pour évoluer dans un environnement sain afin de mériter le respect et la confiance de la population. En Force ! propose une nouvelle génération de politicien(ne)s professionnel(le)s, compétent(e)s et intègres qui partagent une vision, les mêmes valeurs et convictions, le désir de changer les choses en servant les autres, et non pour se glorifier. Et qui s’engagent en force pour le bien commun de tous les Mauriciens.

Le Nomination Day de samedi dernier a fait ressortir un point très important s’agissant de la faible participation des femmes. Cela vous inquiète ?

Les partis politiques disent tous qu’il faut plus de femmes en politique, mais leur démarche nous démontre le contraire à chaque élection. Il y a uniquement huit femmes députées ! C’est aussi une réalité que les femmes restent trop souvent en retrait de la politique, étant généralement cantonnées à des fonctions archétypiques de la vision sociétale des femmes. La politique est souvent perçue comme une affaire d’hommes. La représentation des femmes est certes minime, d’où notre engagement politique à remédier à cette disparité. Nous pensons que les partis politiques doivent tous jouer leur rôle à travers la formation, la promotion et la sensibilisation. Des actions qui doivent être menées à bien pour qu’enfin le monde politique soit représentatif des hommes et des femmes de ce pays. D’autre part, nous pensons fermement à l’émergence d’une “smart” économie, avec des femmes intègres au centre du monde politique et économique, qui est basée sur l’égalité des genres, pour changer la culture sexiste qui existe souvent dans le monde professionnel, sans les réflexes discriminatoires. La fosse salariale doit aussi disparaître. Notre leader, Yuvan A. Beejadhur, et la direction du parti y croient fortement en me donnant cette chance de me présenter à cette élection partielle et de briser ce plafond. Nous espérons que d’autres hommes et femmes engagés rejoindront notre mouvement et qu’ensemble, nous ferons pression pour le plus grand bien de la nation mauricienne.

Les femmes sont éduquées aujourd’hui et sont assez fermes dans leur approche. Toutefois, nous observons qu’elles ne sont pas autant intéressées par la politique. Selon vous, quelles pourraient être les raisons qui découragent ces femmes à s’orienter dans cette voie ?

Les hommes continuent d’occuper majoritairement les postes clés dans les sphères décisionnelles de tous les secteurs de la politique. Les femmes continuent d’hériter des ministères qui leur ont toujours été traditionnellement réservés : les affaires sociales, la famille et la condition féminine. Cela ne résulte pas d’un manque de femmes compétentes, mais d’une conjonction de différents facteurs sociaux, culturels, économiques, politiques et personnels. En Force ! s’engage à mettre à avant plus de femmes compétentes et intègres car elles élargissent le débat politique tant en terme quantitatif que qualitatif, et de briser les préjugés conventionnels. Je voudrais faire ressortir notamment que le système électoral donne moins de chances aux femmes d’être élues. La majorité des pays où les femmes sont nombreuses au Parlement appliquent des quotas politiques. En Belgique, le gouvernement a adopté une loi imposant la parité hommes-femmes sur les listes électorales et leur alternance en tête de liste pour améliorer la représentation des femmes. La politique est considérée comme un domaine masculin où tous les moyens s’utilisent, y compris des actes aussi répréhensibles que la corruption, la violence, l’intimidation, les coups bas, le non-respect d’autrui… Plus de participation féminine en politique profitera à l’ensemble de la société.

Pensez-vous que la population acceptera facilement une novice issue d’un jeune parti politique ?

Pourquoi pas ? Chacun doit avoir sa chance de faire ses preuves. C’est la base même d’une démocratie florissante. Aujourd’hui, les Mauriciens cherchent une alternative aux dynasties traditionnelles. Nous faisons la politique autrement : vérité, justice et responsabilité. En Force ! représente cette nouvelle fraîcheur politique qui répond énergiquement à ce désir de tout un chacun pour une vie et un avenir meilleurs, et un pays prospère. En Force ! est une troisième voie qui s’engage pour construire un projet humaniste et œuvrer pour le bien commun de tous les Mauriciens. Cette nation a le droit de croire en cette troisième voie. Les Mauriciens ont là une occasion exceptionnelle de marquer l’histoire du pays et de prendre leur destin en main. Une rupture avec la classe politique traditionnelle est plus que jamais nécessaire.

Il semble que le parti En Force ! adoptera des méthodes utilisées à l’étranger pour critiquer les adversaires. Croyez-vous que de telles méthodes auront l’impact attendu à Maurice ?

Maurice mérite mieux que la division, le stigma politique et la politisation des institutions et le copinage. Mais notre peuple a besoin de connaître le pouvoir de son vote, dit de la fameuse croix. La population a le droit de croire qu’En Force ! va réussir en tant qu’une voie libre et indépendante, et qui peut faire pression sur la transformation du pays et des dirigeants politiques et économiques. L’intérêt, l’unité nationale, un développement inclusif et durable, passant par l’océan, les technologies modernes et des services sophistiqués restent notre priorité. Nous conservons nos idéaux sans être naïfs. Nous abordons l’avenir avec optimisme avec des solutions aux problèmes natifs. Nous pratiquons la politique autrement, une politique de vérité, de justice et de responsabilité. Nous ne voulons pas entrer dans ce jeu répugnant consistant à critiquer ses adversaires. Nous croyons que les Mauriciens veulent voir et vivre des résultats positifs.

N’est-il pas temps qu’on ait de vrais débats politiques à Maurice avant chaque élection ?

Absolument. En Force ! l’a souvent demandé, tout come la Freedom of Information Act. Les politiciens, encore une fois, démontrent qu’ils sont sourds dès qu’ils sont élus. Les Mauriciens ont besoin d’un vrai débat pour pouvoir comprendre les enjeux, juger les candidats et leurs visions, leurs valeurs. La population a avant tout besoin de connaître les solutions concrètes que les différents partis proposent et les résultats attendus. Nous ne pouvons plus imposer cette opacité de faux débats qui insulte l’intelligence des Mauriciens et qui porte atteinte aux valeurs d’une démocratie responsable et saine.