Rs 30,000 seulement dans la caisse pour finir le mois pour des coûts mensuels s’élevant à plus Rs 245,000. C’est la situation dans laquelle se trouve actuellement l’ONG Lizie dan la main. Vendredi dernier, elle a retrouvé un semblant d’espoir suite à une rencontre avec des membres de la National Social Inclusion Foundation. Celle-ci a, dans un communiqué, expliqué avoir pris note des difficultés de l’ONG et qu’elle donnerait tout l’encadrement nécessaire pour qu’elle puisse bénéficier de la subvention de Rs 797,038 le plus tôt possible. À l’heure où nous mettions sous presse, Lizie dan la main devait envoyer une requête officielle à la fondation.

Thierry Runghen

“Mo ena lespwar an parol”, devait nous dire Reynolds Permal, directeur de Lizie dan la main, le lundi 30 septembre. Satisfait de la réunion qui s’était tenue vendredi dernier avec des membres de la National Social Inclusion Foundation, il confie que “ce ne sont que des paroles pour l’instant”. Il tient à souligner que la somme de Rs 797,038 que l’ONG doit percevoir en deux tranches, dont 60% en octobre, est un dû que Lizie dan la main touche annuellement. Or, ces 60%, même si l’on ajoute une autre somme que doit lui donner le ministère de l’Éducation en octobre également, pourraient ne pas se révéler suffisants pour que l’ONG finisse l’année. Une analyse en profondeur des besoins en financement de l’ONG est en train d’être faite pour les derniers mois de l’année avant qu’une requête officielle soit faite auprès de la National Social Inclusion Foundation. Reynolds Permal souligne que l’ONG se demande s’il faut demander à la National Social Inclusion Foundation de lui verser la totalité des fonds (les Rs 797,038) d’un seul coup ou si elle pourra se contenter des 60% pour finir l’année. Un budget pour l’année prochaine devra aussi être fait très prochainement.

Plus que Rs 30,000 dans la caisse.

Quand nous nous sommes rendus au sein de l’ONG mercredi dernier, le désespoir était palpable, à la fois pour le staff et les bénéficiaires, suite à la nouvelle que Lizie dan la main était menacée de fermeture. Quelques bénéficiaires étaient dans la cour de l’ONG à Forest-Side pour leurs séances sportives. Un non-voyant apprenait à marcher avec la canne blanche, accompagné par une carer, des enfants apprenaient leurs leçons, aidés par leurs professeurs spécialisés. Des scènes quotidiennes à l’ONG qui risquent de faire partie du passé si Lizie dan la main n’arrive pas à joindre les deux bouts dans les semaines à venir. À l’intérieur, un habitué s’est déplacé à la hâte pour venir écouter ce qu’il en est après avoir appris à la radio que l’ONG allait probablement fermer ses portes. Le désespoir pouvait se lire sur son visage.

Dans son bureau, le directeur Reynolds Permal tente de faire bonne figure, mais a du mal à cacher son inquiétude. “Nous n’avons plus que Rs 30,000 dans la caisse et nos dépenses mensuelles s’élèvent à plus de Rs 245,000. Nous avons un énorme problème sur les bras.” La situation a commencé à devenir inquiétante, il y a environ un an et demi. “Nos principaux sponsors nous ont fait comprendre qu’ils ne pourraient plus nous aider comme ils l’avaient fait dans le passé. Nous bénéficions d’approximativement Rs 1,6 million en moins. Malgré cela, nous avons fait face. Quelques groupes et personnes nous ont fait des dons : Rs 10,000 par ici, Rs 15,000 par là. Mais en juillet, quand nous avons fait l’inventaire, nous nous sommes rendu compte que nous ne pourrions pas finir le mois de septembre.”

Reynolds Permal affirme qu’il fait tout ce qui est en son pouvoir pour que l’association qu’il dirige depuis bientôt 38 ans ait un avenir. “Lizie dan la main, c’est mon enfant. Quand on réalise qu’on vous force à tuer votre enfant, c’est très difficile. Je suis très attaché à ces enfants-là. Quand je leur ai annoncé nos difficultés, des enfants ont pleuré, certains sont tombés malades. Nous allons faire tout ce que nous pouvons pour ne pas fermer nos portes. Je fais un appel aux autorités : si le CSR nous aide, nous pourrons nous en sortir. Je suis fatigué moralement, mais je me battrai jusqu’au bout”, dit-il d’un ton déterminé.

National Social Inclusion Foundation.

À l’heure où nous mettions sous presse, il était prévu que Lizie dan la main et la National Social Inclusion Foundation se rencontrent en fin de semaine pour tenter de trouver une solution. Pour sa part, l’ONG envisageait quelques initiatives pour tenter de redresser la barre, comme la vente de gâteaux et la vente de tableaux que Reynolds Permal avait exposés l’année dernière. “Nous essayons par tous les moyens. Les petits ruisseaux font de grandes rivières.”

La donne a changé depuis que les entreprises doivent verser leur argent directement à la National Social Inclusion Foundation. En effet, le gouvernement en place a décidé dans un de ses précédents Budgets de transformer la National CSR Foundation en National Social Inclusion Foundation. Les règlements ont également changé puisque les entreprises sont désormais tenues de verser 75% des 2% de leurs profits à cette fondation depuis cette année. L’année derrière, le pourcentage était de l’ordre de 50%. Avant cela, les entreprises pouvaient verser cette somme aux fondations et ONG de leur choix comme contribution au CSR.

Une nouvelle donne qui serait responsable des difficultés que rencontre Lizie dan la main présentement, selon Reynolds Permal. La somme de Rs 245,000 dont a besoin Lizie dan la main mensuellement concerne les salaires du personnel. Doivent y être ajoutés : l’achat de l’essence pour véhiculer les bénéficiaires, l’eau, l’électricité, le repas quotidien des bénéficiaires.

Services gratuits pour les bénéficiaires.

L’association Lizie dan la main est un havre pour les déficients visuels. Une cinquantaine de bénéficiaires fréquente l’établissement quotidiennement, et une centaine bénéficie de ses services. Les autres viennent deux ou trois fois par semaine ou pendant le week-end. Tous les services qu’offre l’ONG sont gratuits : éducation, sport, informatique, apprentissage de la musique et d’autres arts, apprentissage du braille, apprentissage de mobility (marcher avec la canne blanche). Les bénéficiaires y apprennent également les activités de la vie journalière, comme prendre son bain, faire le lit, faire la vaisselle, comment se tenir à table. En somme, devenir indépendant. Un repas chaud est aussi préparé et servi aux bénéficiaires quotidiennement. “Nos formations sont one to one. Notre programme est calqué sur le cursus scolaire national.” Selon les enseignants, les élèves déficients visuels ont besoin d’une attention particulière. Ils auraient eu de grosses difficultés à suivre les cours dans une école non spécialisée.

Ce n’est pas la première fois que Lizie dan la main connaît une situation comme celle-ci. “Il y a quatre ans, notre budget avait diminué quand les donateurs nous ont dit qu’ils ne pourraient plus nous donner la même somme qu’avant. Nous nous étions débrouillés. Mais là, la situation est grave.” Reynolds Permal fustige également les autorités qui, selon lui, refusent de financer certaines activités de l’ONG. “Les portes se ferment de partout. On nous a refusé le financement pour que nos élèves aillent participer à une compétition de judo à l’étranger.”

38 ans d’existence

Lizie dan la main a été enregistré en 1982. Son premier objectif était de revaloriser les déficients visuels. “Nous voulions nous redonner une dignité d’hommes et de femmes, nous intégrer à la société. On avait l’habitude de nous inviter à des déjeuners dans des couvents et d’autres institutions. Quelque chose nous avait frappés : nous sentions de la pitié à notre égard. Nous nous sommes enregistrés comme une ONG. Nous avons démarré par la musique, le sport, l’éducation, la santé et la rééducation”, raconte Reynolds Permal, qui faisait partie à cette époque d’un groupe de non-voyants qui se rencontraient régulièrement pour jouer de la musique.

Connu comme le Groupe Aveugles, le petit cercle commence à se faire connaître grâce à sa musique et à intégrer aussi des personnes malvoyantes. Il commence à proposer d’autres activités pour ses membres, notamment dans le domaine du sport et de l’éducation, en facilitant l’accès à certains cours. Une école primaire est créée en 1995 pour les personnes non-voyantes et malvoyantes, et suit le cursus normal, avec une transcription des manuels en braille et en très gros caractères.

En 2000, un local est construit à Forest-Side pour faciliter les activités du groupe. Le sport pratiqué par les membres de Lizie dan la main gagne entre-temps en reconnaissance internationale. De nombreuses affiliations suivent, avec des organisations locales et internationales, notamment l’Union Africaine des Aveugles, l’Union Mondiale des Aveugles et l’Union Francophone des Aveugles.

L’ONG se fait désormais appeler Lizie dan la main, Union des Aveugles de Maurice.