Le manager du Mouvement Autosuffisance Alimentaire (MAA), Éric Mangar, tire la sonnette d’alarme quant à la dégradation du sol par le biais de l’utilisation abusive de produits chimiques, la pollution et, entre autres, le développement foncier et l’urbanisation. En cette année internationale du sol, décrétée par la Food and Agriculture Organisation (FAO), il estime que la solution à long terme est l’agriculture organique, l’utilisation du compost et le “mulching”, qui consiste à couvrir le sol pour le protéger contre la prolifération de mauvaises herbes.
Selon Éric Mangar, agronome de formation, l’urbanisation croissante et la déforestation ainsi que les pratiques non durables de la gestion de la terre, la pollution et le changement climatique ont dégradé énormément le sol, tant à Maurice qu’à l’étranger. « Notre capacité de production de nourriture est menacée, d’autant plus que nous avons à répondre aux besoins de la présente et de la future génération. » Le sol joue un rôle très important dans la biodiversité, car il capte le CO2, stocke et filtre l’eau. Autant de raisons qui ont amené la FAO à décréter 2015 Année internationale du Sol.
Un million de km2 de forêts tropicales ont été détruits pour faire de la place au pâturage pour le bétail, corollaire de la consommation de viande et de produits laitiers. « Ce qui accélère les changements climatiques avec des conséquences néfastes sur le sol », fait ressortir notre interlocuteur. Puis vient l’utilisation abusive de pesticides, surtout les herbicides appliqués directement sur le sol. À Maurice, selon lui, environ 10 kg de pesticides sont utilisés par hectare de terre. « Ce qui est énorme et place ainsi le pays dans le rouge sur cette question », lâche le manager du MAA. L’utilisation abusive de fertilisants et le problème de la salinité du sol dans les régions côtières, découlant d’inondations et de la montée du niveau de la mer, sont d’autres facteurs.
À Petit-Sable et Grand-Sable, dans le sud-ouest de l’île, le MAA mesure le taux de salinité régulièrement et a trouvé que celui-ci est en train d’augmenter. De ce fait, il doit trouver des variétés de plantes qui s’adaptent à une telle situation. « La terre est vivante, et lorsqu’on y met trop de produits chimiques dans le sol, on tue la faune et la flore qui s’y trouve. » Il ajoute : « La faune et la flore sont très importantes pour la biodiversité du sol. Sans cela, il ne produit plus et devient aride. »
Le développement foncier et la déforestation empiètent aussi sur la terre agricole. « Il faut augmenter la couverture forestière et empêcher que le foncier prenne toute la superficie de Maurice », souligne Éric Mangar. En 2007, la FAO a entamé la réflexion sur la question du sol et de sa dégradation « car il est un élément clé dans le contexte de la production alimentaire ».