Nos plages sont malades.” C’est le triste constat que dresse Gaj Pyndiah. Cet inventeur, ingénieur en informatique, diplômé en géologie et chercheur en énergie et environnement, dresse un constat accablant sur l’état de nos lagons. Les dernières polémiques entourant la construction de bâtiments commerciaux sur nos plages interpellent cet ancien chairman de la Beach Authority (BA). Pour avoir été le premier à la tête de cet organisme, créé en 2002 et à qui il incombe de gérer les plages publiques, Gaj Pyndyah observe qu’”une dizaine d’années après sa création, la BA a dévié de sa mission.”
Le constat est sans appel : la majorité des plages entourant Maurice sont malades. Il ne s’agit pas là seulement d’une observation anodine du simple pique-niqueur, mais de conclusions à la suite de recherches effectuées pendant plusieurs années sur l’état de nos plages en proie à une érosion croissante. Et Gaj Pyndiah s’en désole. Ce passionné de la mer consacre en effet beaucoup de temps à étudier la géologie marine et à fixer sur pellicule les dégâts provoqués sur les plages par l’érosion, mais également par la pollution. Erosion due aux changements climatiques certes, mais aussi accentuée par la main humaine, note-t-il. Et de faire ressortir que “la construction de bâtiments sur nos plages est une mauvaise chose”.
Concédant que la BA dispose de la prérogative de pourvoir nos plages en infrastructures pour le bien-être du public, l’ancien chairman de l’organisme note cependant que “la BA n’opère plus selon sa mission première qui est celle de veiller à la propreté et au maintien des plages en bon état”. Ainsi, dit-il, si la création de zones de parking est une bonne initiative, car cela contribue à réduire la pression sur nos plages, évitant l’accentuation du phénomène de l’érosion, et donnant un accès libre au public pour profiter de la plage, l’installation des bâtiments sur les espaces sablonneux en est une autre et est très controversable.
“Tout bâtiment installé sur la plage est un danger”
“Le processus d’érosion gagnant du terrain, et certains lagons se comblant irrémédiablement, la BA ne trouve pas d’autres priorités que celles de pourvoir nos plages de bâtiments commerciaux”, note notre interlocuteur. “Infrastructures ne veut pas dire bâtiment commerciaux”, dit-il, faisant ressortir que si les toilettes et douches publiques sont importantes, lorsqu’on installe des compteurs pour l’électricité ou des fosses sceptiques sur la plage pour pourvoir des facilités à des commerçants, la BA ne se cantonne plus à sa mission, mais contribue à la dégradation de nos plages. Comme c’est le cas sur plusieurs plages très fréquentées, dont Flic-en-Flac et Pereybère. Citant le rapport Baird (“Study on Coastal Erosion in Mauritius”) qui montrait en 2003 déjà que le phénomène d’érosion empirait sur nos côtes et que la vulnérabilité des côtes mauriciennes, d’abord exacerbée par des causes naturelles, est aussi accentuée pour des raisons d’ordre anthropique, c’est-à-dire causées par l’homme et ses activités, Gaj Pyndiah déplore l’inaction de la BA de remédier à la situation. “La BA est devenue la Commercial Authority”, dit-il. Profitant pour déplorer les projets de développement envisagés par la BA à Mon-Choisy et également la construction d’un restaurant sur la plage de Trou-aux-Biches, le géologue se demande si la BA a toujours pour rôle de protéger nos plages. “Je ne suis pas contre le développement, mais il faut une organisation. Tous les projets doivent être faits dans un seul lieu”, dit-il, tenant la BA pour responsable du mal-être de nos plages. Durant la semaine écoulée, le chercheur en environnement a d’ailleurs constaté que de Grand-Gaube à Cap-Malheureux, notre lagon est infesté de bactéries, en l’occurrence la cyano bacteria, dont l’origine serait, à son avis, une pollution provoquée par des usines des régions avoisinantes. “C’est à ce type de menace que la BA devrait veiller. L’organisme est responsable de veiller à la propreté de nos lagons. Au lieu de cela, il s’intéresse à la commercialisation du peu d’espaces qu’il reste aux Mauriciens et touristes de profiter de nos plages”, dit-il.
Pour quelles raisons les plages très fréquentées sont-elles deproclaimed ?
Gaj Pyndiah note en effet qu’alors que les meilleures plages de Maurice ont été allouées aux établissements hôteliers, les Mauriciens disposent de plus en plus de peu d’espaces pour pique-niquer. Citant la plage de Trou-aux-Biches en exemple, il fait ressortir que cette plage est très petite : “Installer un restaurant ne fait que restreindre l’espace pour le public. The whole thing is totally out of order”, estime-t-il. Et de s’interroger quant à l’octroi des permis pour de tels développements. “Il faut voir pour quelles raisons les plages, même si elles sont très fréquentées comme Trou-aux-Biches, sont deproclaimed”, dit-il, faisant ressortir que toutes ces décisions sont visiblement prises au plus haut niveau. Si le Conseil de district donne des permis, d’autres instances sont aussi concernées, dont le ministère de l’Environnement. “Ne faudrait-il pas un EIA Licence pour une construction sur la plage ?”, s’interroge l’ancien chairman de la BA. Et de suggérer que si vraiment nécessaire, tout bâtiment construit sur la plage devrait disposer d’un “set back” d’au moins 200m en guise de précaution pour garder nos plages en état. Il rappelle cependant que le rapport Baird préconisait, entre autres, qu’il ne faut pas toucher aux plages dynamiques. “Mais nos autorités, dont la BA, semblent faire fi de la réalité. Cela, afin que des petits copains profitent des opportunités”, note-t-il.