Le processus de démolition des “bâtiments” Piton et Ramdin, situés à côté de la Gare du Nord à Curepipe, a été marqué par une mobilisation importante de colporteurs, qui selon leurs dires, « opèrent dans ce secteur depuis plusieurs années ». Depuis hier après-midi, les forces de l’ordre ont eu fort à faire pour calmer de nombreux marchands furieux de la décision de la municipalité et quatre arrestations ont été effectuées. À la mi-journée, les travaux de démolition étaient achevés à 65 %. « Nous ne ferons pas marche arrière », déclare pour sa part le maire de Curepipe, Mario Bienvenu.
« Je ne vais pas baisser les bras. Il est normal qu’il y ait de la résistance mais que je ne fléchirai pas », nous a déclaré ce matin Mario Bienvenu. Pour lui, le projet de relogement des marchands ambulants « était attendu par tous ». Le Conseil de Curepipe, dit-il, a su imposer une formule où colporteurs, commerçants et le public sont tous gagnants. Non seulement le Conseil a décidé de relancer le Late Night Shopping pour redonner vie aux activités économiques de la ville après 18 h, il propose également aux marchands de travailler dans la légalité et le respect des règlements de la ville « dans un lieu sûr, avec des infrastructures adéquates ». Les marchands ambulants avaient jusqu’à hier pour travailler dans le centre ville et les “bâtiments” Piton et Ramdin. « À partir de lundi, ils pourront travailler au Forum de Forest-Side », soutient le maire.
Toutefois, cette décision est vivement contestée par des marchands ambulants, qui ne croient pas que travailler au Forum « serait bénéfique pour leurs commerces ». Hier, en début d’après-midi, plusieurs colporteurs étaient massés devant le marché pour exprimer leurs mécontentement. Toutefois, c’est durant la soirée qu’il y a eu un véritable affrontement entre les marchands ambulants et la police. La démolition des “bâtiments” Ramdin et Piton– en fait, un assemblage disparate et insalubre de béton, tôle, bois et morceaux de toile –  a suscité une tentative de résistance des marchands ambulants mais en vain. Quatre colporteurs ont été arrêtés :Viswanaden et Vujyen Paliaty, 36 ans, habitant de Dubreuil, Kelsavayen Ramazamy, 43 ans habitant Rose-Hill et Rajesh Bhugaloo, 40 ans habitant de Camp-Caval, Curepipe. Trois d’entre eux ont été relâché sur parole tard dans la soirée alors que Vujyen Paliaty a passé la nuit en cellule policière. Les quatre hommes ont comparu en Cour de Curepipe en début d’après-midi.
Les conseillers du MMM de Curepipe, prenant position auprès des marchands ambulants, ont tenté tant bien que mal de débloquer la situation. Ananda Rajoo, ex-maire de Curepipe, rencontrant le maire en fin de matinée, a demandé à ce dernier de livrer le Square Bruce, situé à côté de la Gare Jan Palach Sud, aux marchands ambulants en attendant que le Forum bénéficie de meilleures infrastructures pour eux. Ayant travaillé dans le centre ville durant toute l’année, les colporteurs, eux, considèrent « normal de profiter également des fêtes de fin d’année pour écouler leurs produits ». « J’ai demandé au maire de reconsidérer sa position et de permettre aux marchands de travailler à Curepipe jusqu’au 15 janvier », indique Ananda Rajoo. Les conseillers de l’opposition se disent pour « une solution humaine à ce drame qui affecte plus d’une centaine de familles ». Mais à la municipalité, on fait entendre un autre son de cloche. Une vingtaine de colporteurs, indique-t-on, se sont déjà enregistrés auprès du département de la Santé publique afin d’avoir un étal au Forum de Forest-Side. « Cela prouve que petit à petit, le projet est accepté de tous. D’ailleurs, tout le monde est ravi de cette initiative », soutient Mario Bienvenu. « Dans l’après-midi, nous procéderons au ramassage des débris après la démolition des deux bâtiments », précise-t-il. Le Front Commun des Commerçants de l’Ile Maurice (FCCIM) salue pour sa part cette initiative de la municipalité de Curepipe. « Mario Bienvenu a eu le courage de faire ce qu’aucun maire n’a pu faire à Curepipe », lance Raj Appadu, son président. Ce dernier lance un appel à Hervé Aimée, ministre des administrations régionale,s pour que les autres municipalités suivent l’exemple. Les colporteurs regroupés au sein de la Curepipe Hawkers Association se réuniront cet après-midi pour décider de la marche à suivre. Rappelons que leur demande d’injonction a été rejetée hier par la Cour suprême.