« L’Humanité est la maladie. L’enfer est la cure, le salut. » Dan Brown citant librement Dante. À écouter les médias, l’homme fait tout pour tout détruire…
400 ans de nouvelles, de mauvaises nouvelles. Y a-t-il une relation au pessimisme ambiant mondial, à la déprime collective? Certains pensent que nous allons tout droit vers l’abîme.
J’ouvre les journaux et je lis pêle-mêle : saisie de drogue, enfant brûlé, boutiquière tuée, policier abattu, explosion, nourriture impropre. Rien ne semble plus marcher. Est-il surprenant que la morosité ambiante, le pessimisme chronique gagnent non seulement du terrain, mais s’installent de manière définitive et irréversible ? Gérard Davet et Fabrice l’Homme, journalistes du Monde, confirment : « La presse n’aime pas le pouvoir, elle ne reconnaît pas le pouvoir, elle conteste le pouvoir. Ce qu’elle veut c’est délégitimer le pouvoir politique…On considère que le pouvoir quel qu’il soit n’est pas sincère, il est intéressé. »
Et si tout cet état d’esprit n’était que le résultat d’un long et graduel processus de « brainwashing » ? Et si tous ces scientifiques, innovateurs, entrepreneurs et politiques que nous aimons tant à détester, n’avaient finalement pas si mal réussi ?
Doit-on réellement infliger cela à la génération Y ? Est-elle déjà condamnée avant même de démarrer sa vie d’adulte ? Le pays mérite-t-il un tel acharnement, un tel châtiment ? Sommes-nous réellement à l’aube de l’apocalypse, au bord du gouffre ?
Et si c’était faux…
Et pourtant quand Johan Norberg (Progress) nous fait un survol mondial des faits et statistiques, l’humanité va beaucoup mieux qu’on ne le dit. Un regard sans complaisance nous laisse comprendre que l’humanité a surmonté beaucoup d’obstacles. Si le progrès a été lent, les siècles derniers ont été exceptionnels. Nous constatons l’amélioration constante de la qualité de vie des millions de personnes avec des chiffres plus éloquents. Et pourtant, ce n’est pas ce que nous lisons chaque jour.
Se nourrir. À la première moitié du siècle dernier, les famines ont tué 67 millions de personnes. Aujourd’hui en Afrique la population mal nourrie a diminué de moitié de 1990 à 2015. Ces dernières 50 années ont vu la production agricole mondiale augmenter de 300% avec seulement 12% de terres additionnelles. Singapour développe de l’agriculture verticale capable d’assurer son autosuffisance sur 100 hectares pour 6 millions de personnes.
L’eau, c’est la vie, c’est la santé. Les femmes et les enfants passaient 40 milliards d’heures par an à chercher l’eau. Les jeunes filles n’allaient pas à l’école pour cette raison. Aujourd’hui, en Afrique seulement, 427 millions de personnes additionnelles ont un accès direct à l’eau. Et ce, avec tout l’impact bénéfique sur la santé, l’éducation.
Longévité : Nous avons oublié que l’espérance de vie mondiale en 1900 était de 37 ans. La moyenne en 2015 est de 71 ans. La mortalité infantile est réduite de moitié. Chaque pandémie emmenait de charrettes entières. La variole, 400 000 par an et la rougeole 200 millions de morts au XVIIIe siècle. En 2014-15, Ebola, en Afrique de l’Ouest, nous a occupé l’esprit et le papier avec 30 000 cas seulement. Et un vaccin a été trouvé en temps record.
Pauvreté : « La pauvreté est ce que vous avez avant de créer la richesse. » L’extrême pauvreté est encore à 700 millions, soit 10% de la population mondiale. Mais la Chine et l’Inde ont réussi à doubler les revenus d’une population dix fois supérieure à l’Occident cinq fois plus vite (soit 10 ans au lieu de 50 ans). On attend l’émergence d’une classe moyenne de 300 à 400 millions africains vers 2030.
Violence : La mémoire est courte et sélective. L’inquisition espagnole à elle seule a fait 350 000 victimes. Nos derniers despotes Mao, Hitler et Staline ont à leur compte environ 120 millions et la 2e guerre mondiale 55 millions. Aujourd’hui chaque violence est vécue en live. Le moindre événement passe en boucle sur toutes les chaînes. Sans cynisme, depuis 2000, environ 400 personnes meurent du terrorisme dans les pays de l’OCDE par an, soit dix fois moins que les accidents d’escalier et de noyade. La guerre de l’Afghanistan a eu 5 300 victimes contre 80 000 pour celle du Vietnam. Il est vrai que chaque victime est de trop. Mais il ne se passe pas un jour où nous ne sommes abreuvés de tout ce sang.
Environnement: “How can we speak to those who live in the villages and in slums about keeping the oceans…? The environment cannot be improved in conditions of poverty?” (Indira Gandhi). Il est un fait que les pays riches ont réduit leur empreinte écologique. La situation dans les pays pauvres se détériore au fur et à mesure que l’agriculture avance et que l’industrie et le transport augmentent. Mais l’humanité continue à progresser. Chaque jour, des solutions innovantes dans l’énergie et l’agriculture raisonnée réduisent nos émissions et nos déchets. Même la déforestation en Amazonie a diminué de 70% depuis 2005. En Europe les forêts regagnent du terrain. Malgré tout ce que l’on dit, l’urbanisation a aidé les habitants d’utiliser moins d’énergie, d’eau et de terre que la population rurale. L’index de la pollution mondiale a enregistré une amélioration pour 172 pays sur 178.
Illettrisme : L’Inde a réussi l’exploit d’augmenter son taux de lettrisme de 12% à 74% depuis son indépendance en 1947. Ce taux de 12% était le taux mondial en 1820 ! Chaque parent sait combien lire et écrire a libéré toutes les populations. En 2016 il ne reste plus que 13% à 15% d’analphabètes dans le monde.
Libertés : Avant on se battait pour obtenir le droit de vote. Aujourd’hui la Turquie vote librement pour installer une dictature. D’autres revendiquent le droit de ne pas voter. Une démocratie, beaucoup d’interrogations. Nous pouvons choisir librement, une éducation, un emploi, d’entreprendre, d’appartenir à une religion. En 2016, selon le Freedom House index, 67 % de la population mondiale vivent dans des pays plus ou moins libres (Mexique, Nigeria…) Le progrès des deux dernières décennies a été cent fois plus que les deux derniers millénaires. Mais cela reste un des seuls points où le monde a régressé.
Égalité : Tous les pays n’égalent pas la Suède. Mais il est indéniable que de sérieux progrès ont été accomplis. Au Japon, comme dans certains pays musulmans, les femmes ne jouissent pas des mêmes opportunités. La bigoterie demeure, hélas, tenace dans plusieurs parties du monde envers les femmes et les LGBT. La prochaine génération fera certainement preuve de plus de tolérance. Les signes sont là et ils sont optimistes.
La génération de demain : Jusqu’en 1950, 25% d’enfants entre 10 et 14 ans travaillaient. Aujourd’hui ils ne sont plus que 10%. La petite fille de 10 ans a plus de chance d’atteindre l’âge de la retraite que ses ancêtres dont l’espérance de vie était de 40 ans. Les jeunes trouvent des alternatives insoupçonnées et inexistantes pour la société de leurs parents. Les jeunes entrepreneurs des startups créent leurs propres jobs. Pour le meilleur ou pour le pire, l’information mondiale générée ces deux dernières années est égale à la somme de toutes les bibliothèques du monde depuis le début de l’humanité. La petite fille du village le plus reculé du monde, dans la vallée du Pamir au Tadjikistan, accède à Internet et au monde. Rien ne sera plus pareil. Et ils sont des centaines de millions d’enfants comme elle. Leurs premiers pas seront notre futur.
Et si le monde était bien meilleur…
Le monde est-il meilleur ? On finit enfin par reconnaître cette tendance. Mais la réalité des personnes malheureuses vivant dans les conditions les plus abjectes fait de bien meilleures histoires. Certains oiseaux ne savent se nourrir que de viande morte. Ils ne peuvent profiter de tous les beaux fruits des jardins de notre planète. Il y va de leur survie.
Je n’ai pas souvenir d’avoir entendu la BBC (ou tout autre *BC) ouvrir le journal avec les titres : « il n’y a pas de pollution à Londres, pas de famine en Éthiopie, sur 24 000 vols aujourd’hui il n’y a pas eu de crash aérien, à l’heure où je vous parle 285 000 personnes additionnelles ont eu accès à l’eau courante comme chaque jour depuis 25 ans… ». Sommes-nous les seuls à blâmer ? Sommes-nous des voyeurs intéressés uniquement par la nouveauté, le particulier, l’original, l’exception et non la moyenne et les normes ? Les médias pourraient-ils situer chaque événement dans un contexte plus large donnant les faits et les chiffres. C’est hélas trop rare !
La deuxième raison est la moralisation. Ce pouvoir de critiquer permet de s’absoudre, d’envoyer un signal, de donner une leçon et de se ranger du côté de la moralité. Pour cette raison, le passé, les good old days, a toujours bonne presse. Elle se sent non-concurrente. En dehors.
La troisième raison est cette nostalgie pour un âge d’or idéalisé, un passé illusoire. C’était mieux avant !!
Notre histoire nous rappelle que la superstition et les préjugés ont été les seuls obstacles au progrès. Les prêcheurs de l’apocalypse et les prêcheurs de la religion sont toujours à l’oeuvre. Les idées, la technologie et le capital ont toujours réussi à traverser les âges, de pays en pays et à se pousser l’un l’autre vers le progrès. Les découvertes de Galilée ont réussi à survivre. Même si à un moment la superstition avait semblé gagner bataille, d’autres ont su poursuivre le voyage de l’humanité.
Rien ne saura ruiner ce voyage. C’est la somme de travail de toute une population de durs travailleurs, scientifiques, innovateurs, entrepreneurs et politiques qui agissent, transforment par des actes concrets les idées novatrices pour un avenir meilleur.
Référence : J.Norberg (Progress)
28 avril 2017