Quelque 350 des 690 employés d’Airmate Ltd, représentés par la Private Entreprises Employees Union (une filiale de la Confédération des travailleurs du secteur privé – CTSP), ont logé en Cour suprême une demande d’injonction pour empêcher Air Mauritius Ltd de vendre ses actions dans la compagnie Airmate Ltd. Selon eux, cette vente n’est qu’un « subterfuge » de la compagnie d’aviation nationale pour ne pas avoir à donner aux employés d’Airmate Ltd « les mêmes salaires et conditions de travail dont jouissent ses propres employés ». Le syndicat avance en outre que cette éventuelle vente est un danger à la sécurité d’emploi des employés d’Airmate Ltd.
Dans sa demande d’injonction, servie conjointement à Airmate Ltd et Air Mauritius Ltd – en présence du ministère du Travail, des Relations industrielles et de l’Emploi –, la Private Enterprises Employees Union (PEEU) affirme que Airmate Ltd appartient à 100% et est une subsidiaire d’Air Mauritius Ltd. Le syndicat ajoute qu’il représente 350 des 690 employés d’Airmate Ltd. La PEEU indique que les employés d’Air Mauritius et ceux d’Airmate Ltd évoluent dans le même environnement de travail, accomplissent les mêmes tâches et ont les mêmes responsabilités et obligations. Cependant, dit-elle, les salaires et autres avantages des employés d’Airmate sont bien moindres que ceux dont jouissent les employés d’Air Mauritius. En outre, soutient le syndicat, ces deux catégories d’employés portent le même uniforme et c’est Air Mauritius qui assurent les salaires des employés d’Airmate Ltd. « En fait, le ratio des salaires est de 1:3. Alors qu’ils font un travail de même valeur, ils ne sont pas rémunérés au même taux, ce qui est contraire à la Section 20 de l’Employment Rights Act (ERiA), qui stipule qu’à travail de même valeur, salaire égal », peut-on lire dans la demande. « En vérité, les employés d’Airmate auraient dû travailler sous les mêmes salaires et conditions que ceux d’Air Mauritius Ltd », insiste le syndicat.
La PEEU poursuit en indiquant qu’elle a été reconnue par Airmate Ltd depuis octobre 2013 et qu’en novembre 2013, elle a fait une demande pour la signature d’un accord collectif réclamant que les salaires et les conditions de travail des employés d’Airmate Ltd soient alignés sur ceux des employés d’Air Mauritius. Suite à cette demande, poursuit le syndicat, Airmate Ltd lui a envoyé une lettre le 28 février dernier, lui demandant de repousser le début des négociations car le délai de 90 jours pour le faire avait expiré. Demande que le syndicat a acceptée.
La PEEU déplore que, depuis, Airmate Ltd ait utilisé des « tactiques dilatoires » pour repousser la conclusion d’un éventuel accord, malgré le fait qu’elle a, à plusieurs reprises, vainement essayé de discuter de ce problème avec la direction de la compagnie. Par conséquent, poursuit le document, le syndicat n’a eu d’autre alternative que de référer ce cas, à travers une lettre en date du 18 juillet 2014, à la Commission for Conciliation and Mediation.
Quelle ne sera pas la surprise du syndicat, soutient-on dans la demande d’injonction, d’apprendre par la suite qu’Air Mauritius Ltd est à la recherche d’un repreneur pour Airmate Ltd. « Cela impliquera que les employés d’Airmate Ltd ne tomberont plus sous l’égide d’Air Mauritius Ltd, ce qui mettra en péril leur sécurité d’emploi », argue la PEEU. Le syndicat insiste que les salaires et les conditions d’emploi des employés d’Airmate Ltd auraient dû être rehaussés au même niveau de ceux des employés d’Air Mauritius et qu’en outre, ces employés auraient dû intégrer Air Mauritius Ltd.
Si le juge en chambre n’empêche pas Air Mauritius de vendre ses actions dans Airmate Ltd à une tierce partie, explique la PEEU dans son affidavit, « les employés d’Airmate subiront un préjudice que l’argent ne pourra dédommager » et « leur sécurité emploi sera en péril ». Sans compter que les droits du syndicat et des employés seront « bafoués ». La PEEU a aussi signifié son intention de loger une “main case” devant une cour compétente pour défendre ses droits et ceux des employés concernés. Le syndicat demande par conséquent au juge en chambre d’empêcher la vente des actions d’Airmate Ltd par Air Mauritius.
L’affidavit soutenant la demande d’injonction de la PEEU a été jugé par Reeaz Chuttoo, président de la CTSP, fédération syndicale dont la PEEU est membre. Cette affaire sera appelée devant le juge en Chambre le 10 octobre prochain.