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Pas de chance pour notre chauve-souris endémique! En cette veille de la pleine saison des fruits d’été, le ministère de l’Agro-industrie et de la Sécurité alimentaire a décidé de procéder, une nouvelle fois, à un abattage du Pteropus niger, plus connu en français sous son nom usuel de Roussette des Mascareignes ou Roussette Noire. Si cette mesure plaira surtout aux propriétaires de vergers commerciaux, elle risque de ne pas être sans conséquence pour la réputation de notre pays à l’étranger, notamment auprès des milieux écologistes.

Les impératifs économiques semblent, de nouveau, avoir primé sur les considérations environnementalistes. Pendant longtemps, des propriétaires d’arbres fruitiers, particulièrement de manguiers et de litchis, se sont plaints de dégâts causés à leurs fruits prêts à être récoltés par notre chauve-souris frugivore endémique. Les exploitants de vergers commerciaux, surtout, non satisfaits du peu de succès qu’offre, selon eux, l’utilisation de filets de protection, ont exercé de fortes pressions sur les autorités en vue de l’adoption d’un remède de cheval contre ce mal.

C’est ainsi que, finalement, la loi existante réglementant la biodiversité des espèces indigènes fut remplacée en 2015 par une nouvelle Native Terrestrial Biodiversity and National Parks Act. Votée unanimement par les députés de deux côtés de la Chambre, cette loi fait provision pour l’abattage sélectif des espèces endémiques menacées comme le Pteropus niger, quand la situation l’exige.

Ainsi, durant les saisons fruitières de 2015 et 2016, 38 318 chauves-souris furent abattus par les hommes de la Special Mobile Force (SMF). Un chiffre bien au-delà de l’objectif fixé d’abattre 20,000 de ces bêtes.

Si bien que ce qui devait arriver arriva: classifiée comme Vulnerable Species depuis 2013 sur la liste rouge des espèces menacées de l’International Union for the Conservation of Nature (IUCN), la chauve-souris endémique de Maurice a été reclassifi ée à la hausse en juillet dernier comme une Endangered Species par cette puissante organisation mondiale de défense de la faune et de la fl ore. Si l’homme de la rue peut n’y voir que dalle dans toute cette affaire de reclassifi cation d’une espèce menacée par une puissance organisation de l’envergure de l’IUCN, il ne faudrait, néanmoins, pas sousestimer les conséquences d’un tel reclassement à la hausse.

Dans des pays développés, les consommateurs de nos fruits à l’exportation sont très sensibles aux conditions de leur production. De même, souvent les touristes de ces mêmes pays qui nous visitent sont tout aussi sensibles aux questions relatives à la préservation de la biodiversité florale et animale. Selon les dispositions arrêtées, l’exercice d’abattage pour la présente saison des fruits d’été, qui a démarré, hier, le samedi 27 octobre 2018, s’étendra jusqu’au lundi 10 décembre 2018. Ce “fruit bat control exercise” se fera entre 17h l’après-midi et 6h le lendemain matin en milieu forestier et dans les vergers commerciaux. Avis, donc, au grand public pour qu’il prenne les précautions d’usage.