• Elle évoque les mêmes raisons pour expliquer son départ, d’abord du MSM, puis du MMM
  • “Il n’y a jamais eu de débats au MSM, mais que des monologues, contrairement au MMM où les prises de décision et de position font l’objet de débats en profondeur”, écrivait-elle il y a tout juste un an
  • Son désir de retour au MSM juste après sa démission avait été rejeté par Pravind Jugnauth qui avait soutenu que son parti n’est pas “une boutique où l’on peut entrer et sortir comme on veut”

Entre le “j’aime Bérenger”, une déclaration d’amour emphatique prononcée sur les ondes d’une radio privée le 7 novembre 2015 en plein débat sur le Good Governance and Integrity Reporting Bill et, le 3 septembre 2018, quand elle découvre qu’il y aurait des pratiques de “colon” au sein de la direction du MMM, Danielle Selvon, députée depuis bientôt quatre ans, fait figure d’un OVNI (objet volant non identifié) politique que personne ne peut raisonner et, encore moins cerner. Sauf peut-être son époux Sydney qui a croisé sa route depuis les années de collège de la jeune Danielle et qui a toujours exercé une influence considérable sur ses prises de position, très erratiques et plutôt difficiles à comprendre.

Aux élections de décembre 2014, pour sa première participation à un scrutin national, Danielle Selvon est dans la première circonscription. Elle se classe entre le PMSD Patrice Armance et le MMM Veda Baloomoody. Son époux, bien plus qu’elle, selon le MSM d’alors, la voit bien ministre et lui-même son attaché de presse, ce qu’il fait d’ailleurs avec un zèle tellement rare qu’il soulève, chez certains, l’admiration, et chez d’autres, un sentiment de malaise. Elle n’est pas ministre, mais lui décroche quand même un poste d’attaché de presse auprès du ministre de l’Environnement, un certain Raj Dayal, emporté depuis par un tir létal de “bal kuler”. C’est qu’on appelle dans le commerce “deux pour le prix d’un”.
Députée, elle est plutôt, d’abord, bonne enfant, mais se fait vite remarquer par ses prises de position sur certains thèmes comme le recensement ethnique, la souveraineté sur les Chagos et la dépénalisation du cannabis à usage médical. Une position qui lui vaudra une remarque désobligeante de SAJ au Parlement l’invitant à aller fumer si cela lui chante.

Danielle Selvon sera avec ses collègues de la majorité Sangeet Fowdar, Soodesh Rughoobur et Bashir Jahangeer les grands critiques du texte de Roshi Bhadain — le Good Governance and Integrity Reporting Bill — accusé d’instaurer une sorte de système policé visant à traquer les citoyens sur un simple soupçon. Si ses collègues appellent aux discussions en vue d’arriver à la rédaction d’un texte consensuel, Danielle Selvon, elle, rue carrément dans les brancards, dit son malaise, multiplie les sorties publiques.

La lourde charge de Mahen Jhugroo
Sur une radio privée, le samedi 7 novembre, elle va jusqu’à faire une déclaration d’amour à celui qui est alors leader de l’opposition. “J’aime Paul Bérenger”, dit-elle, alors qu’elle est interrogée sur les bons mots qu’il a exprimés en sa direction.

Elle claque la porte du MSM le lendemain même, le dimanche 8 novembre 2015. La députée annonce qu’elle siégera désormais en indépendante à l’Assemblée nationale. Pour contrer les arguments de la députée rebelle, c’est le Government Whip Mahen Jhugroo qui est envoyé au front pour lui donner la réplique. Dans une interview le 13  novembre 2015 à l’express, “demolition man” n’y va pas de main morte. Il déballe tout, raconte que Danielle Selvon est une “diva capricieuse (…) qu’elle est frustrée (…) indisciplinée (…) qu’elle a passé son temps à exiger, à voyager, qu’elle a passé tout le mois d’octobre 2015 à l’étranger avec ou sans l’approbation du Premier ministre” et que le vraie raison de son départ n’est pas la loi Bhadain, qu’elle votera d’ailleurs, mais une série de frustrations.
Au sujet de son goût allégué du voyage, Mahen Jhugroo y va même de ses informations en interne “en Côte d’Ivoire, elle a décidé d’y aller un vendredi soir, mais elle n’a pas eu le Prime Minister’s approval. Alors, elle a fait tout un cirque avec la Speaker et le Clerk du Parlement. Pour avoir son per diem et un upgrading en business class”, balance le Government Whip.

“J’ai fini par appeler le Premier ministre”, narre Mahen Jhugroo. Il m’a dit : “C’est non ! Si elle veut y aller, ce sera à ses frais. C’est ce qu’elle a fait. Cette dame a oublié qu’elle avait été élue pour se mettre au service du pays, pas pou al promné gramatin tanto. Ce gouvernement veut mettre de l’ordre, on ne peut pas laisser les gens vakarné bonhomme”, dénonce le Whip. Décidé à tout mettre sur la table, celui qui est aujourd’hui ministre du Logement raconte aussi que “juste après les élections, elle est venue me voir à mon bureau. Elle était furieuse de ne pas avoir eu un ministère ni un poste de Parliamentary Private Secretary. Enn koler sa! Elle se voyait déjà présidente de la République”.

“Si elle atterrit au MMM, je souhaite bien du courage à Bérenger!”
Ou, à défaut, vice-présidente, révèle le Whip de Lepep qui dit avoir parlé à Pravind Jugnauth avant d’opiner “enn roder bout sa !”. Plus cocasse, avec le recul, cette phrase prophétique de Mahen Jhugroo : “Si elle atterrit au MMM, je souhaite bien du courage à Bérenger. Il va hériter d’un os plus dur que Jocelyne Minerve !” La comparaison, elle, est totalement inappropriée dans la mesure où la militante Jocelyne Minerve, une femme de conviction, n’a vait rien d’une girouette.

Lorsque le texte est voté, Danielle Selvon entreprend de retourner au bercail gouvernemental et elle va voir le Premier ministre d’alors, Sir Anerood Jugnauth. Ce dernier, qui ne siège pas dans les instances du MSM, lui prête une oreille attentive. Elle repart confiante de pouvoir retourner au Sun Trust. D’autant que son époux est toujours l’attaché de presse de Raj Dayal.

Or, Pravind Jugnauth ne l’entend pas, lui, de cette oreille. A la première occasion, il lui signifie une très sèche fin de non-recevoir. “Pas question que Danielle Selvon réintègre le MSM”, dit-il, lors d’un rassemblement public à Rivière-du-Poste le 15 décembre 2015. “Le MSM n’est pas une boutique. Vous ne pouvez pas entrer et sortir comme bon vous semble. Li pa enn badinaz sa!” affirme-t-il en laissant entendre qu’il a refusé, lui, de la rencontrer et qu’il n’a pas digéré que Danielle Selvon, qui avait eu l’occasion de s’exprimer, ne l’a pas fait.
La porte du MSM lui étant fermée au nez, ce sera, ensuite, une période d’errance pour la députée, qui essaye de se faire remarquer sur certains fronts. Elle est avec les marchands ambulants que le ministre des Administrations régionales Anwar Husnoo est résolu à discipliner dans ce secteur devenu anarchique.

Lorsque des dirigeants de la Vidur Cooperative Society, qui avaient investi Rs 72 millions dans le Super Cash Back Gold de la British American Investment, peinent à récupérer leur mise, Danielle Selvon annonce qu’elle va se joindre à eux mais le litige est finalement réglé avant qu’elle ne se joigne au mouvement de grève.

En 2016, lorsque la police tente de l’interpeller pour avoir obstrué la voie publique et pour “incitation à la haine du gouvernement”, la députée indépendante émet un communiqué où elle menace de demander l’asile politique ailleurs si elle est poursuivie par les forces de l’ordre.

Le dossier classé, elle engage des pourparlers avec le MMM pour une adhésion. Au départ de Zouberr Joomaye pour le MSM, elle assure qu’elle soutiendra Paul Bérenger si jamais sa majorité en tant que leader de l’opposition est menacée.  C’est le 16 septembre 2017 qu’elle rejoint le MMM en même temps que Sheila Bunwaree. Les éloges du MMM et de son leader alors n’en finissent plus, dans ses déclarations comme sur sa courroie de transmission de prédilection, Facebook. “Je suis heureuse d’intégrer le MMM. Je n’étais pas à l’aise au MSM, parce qu’il n’y a jamais ni vote ni débat dans les instances du parti, rien que des monologues, contrairement au MMM où les prises de position et décisions font l’objet d’un débat en profondeur”.

Question d’exploits !

Ce n’est pas tout; celle qui évoluait alors au No 6 écrit même que “le MMM, en fait, le budget Bérenger de 1982-82 fut le détonateur du miracle économique comme le dit une étude de la Banque mondiale en date de 1989 signée Rundheersing Bheenick et Owen Schapiro”. Elle renchérit même “en 2000, également, le MMM avec Bérenger comme Premier ministre, a tenu ses promesses, notamment en créant plus de 20 000 emplois. Je pense que le MMM va rééditer ses exploits après les prochaines élections générales”. En terme d’exploit, elle n’est pas mal non plus, puisqu’elle quitte le MMM une année seulement après y avoir adhéré, puis élue au Comité central comme au Bureau politique après avoir aussi été l’éphémère députée soleil de Pravind Jugnauth.

Elle utilise aujourd’hui à peu près les mêmes raisons pour expliquer son départ du MMM que celles qu’elle avait évoquées pour quitter le MSM. Sauf la référence au “colon” qui, apparemment s’appliquerait plus à Paul Bérenger qu’à Pravind Jugnauth. Et elle voudrait, elle et son mentor, qui avait déjà — sans jeu de mots — annoncé la couleur que l’on croit à ses explications alambiquées, selon lesquelles son propos ne comptait aucun sous-entendu raciste !

Le MMM, en quête légitime et louable de candidatures féminines, et qui l’a accueillie à bras ouverts sans bien étudier le cheminement d’une élue qui a réalisé le tour de force, dans un seul et premier mandat, de se faire deux partis en moins de trois ans, avait cherché une véritable grattelle.

Comme elle ne semble pas devoir s’arrêter en si bon chemin, gageons que Danielle Selvon va vite retrouver, soit la clé du coffre-fort du PTr comme l’y invite instamment son ami Nuvin Unoop de la Voice of Hindu ou le PMSD, le parti du Best Loser System et du recensement ethnique du “défonceur” Mahmad Khodabaccus. Et dire qu’on nous bassine de la nécessité de laisser la place aux jeunes.