En amont le Premier ministre avait exclu tout départ de Kalyan Tarolah. Ce dernier aurait-il donc démissionné de son propre chef? Rien n’est moins sûr car une telle démarche équivaudrait à un pied de nez à Pravind Jugnauth et soulignerait de manière cruelle cette absence patente de poigne qu’on reproche si souvent au leader du MSM.
Le scénario le plus plausible serait des ‘marching orders’ émanant du Premier ministre. Mais, du coup, il se déjugerait! Rien de nouveau. Et rien de dramatique pour les courtisans. Mais pourquoi cette volte-face? La pression de l’opinion publique telle qu’elle est véhiculée dans les médias conjuguée au choc de ces images grossières faisant le buzz sur les réseaux sociaux ? Non, l’Alliance Lepep imbue de sa majorité et drapée dans son arrogance n’en a cure. Pour s’en convaincre, rappelons les phrases cultes: ‘Government is government and government decides’ ou ‘Mo p…ar zot’ et tout récemment à l’égard des dames grévistes de la faim ‘Mo fou pa mal ek zot’, pour ne citer que trois exemples. En revanche les propos d’un dirigeant d’une association culturelle appelant la mise au pas de ceux ‘ki pe fane’ pourraient avoir pesé de tout leur poids, électoral s’entend. Un parfum de perversion de notre démocratie agresse alors le citoyen.
Cependant ce dénouement est heureux pour le pouvoir. Déchu comme Private Parliamentary Secretary, Kalyan Tarolah conserve toutefois son siège de député. L’Alliance Lepep désamorce ainsi une bombe en court-circuitant une élection partielle au numéro 10. Bien qu’un comportement tel que celui reproché au député, s’il s’avérait, disqualifierait tout membre du parlement à conserver le titre ‘Honorable’ car manquant au premier de ses devoirs, notamment donner l’exemple en respectant la loi qu’il édicte et dont il est dépositaire.
Mais cet épilogue révèle aussi une dimension pernicieuse de l’équation. La plus grave peut-être. En effet, le pouvoir s’appuie sur l’état de droit pour mettre à l’abri les serial offenders – ils se reconnaîtront – invoquant une excuse providentielle: la présomption d’innocence. Certes cette dernière est une disposition cruciale d’un état qui se veut démocratique abhorrant la tentation totalitaire, et le citoyen doit veiller à ce qu’il n’appartienne qu’à nos tribunaux d’innocenter ou de prononcer la culpabilité d’un justiciable. Cependant, un chef de parti – et à plus forte raison un premier ministre – a l’obligation morale de s’enquérir directement auprès du député objet d’accusations et lui indiquer la porte de sortie s’il estime que ce ‘représentant du peuple’ s’est montré indigne des charges qui sont les siennes. Tout en laissant les hommes de Mario Nobin assumer leurs responsabilités. En toute indépendance. Une démonstration que la rectitude morale et l’état de droit ne sont pas incompatibles. Ils sont mêmes indissociables.
Mais le pouvoir en place a privilégié le rôle du pompier face aux pyromanes qui pullulent en son sein, s’évertuant à sauver les meubles pour éviter les déculottées prévisibles qu’auraient infligées les urnes. Tandis que l’ampleur des fautes – à être confirmées ou infirmées par nos cours de justice – appelait sur le plan moral une chirurgie drastique et immédiate.  Mais l’option du gouvernement aura été celle qui caractérise sa marque de fabrique: trop peu, trop tard.