Le MMM traverse certainement une des plus graves crises de son histoire et son avenir, quoi qu’en disent ses dirigeants, demeure des plus incertains. Il ne peut même pas attendre que le gouvernement continue à déconner comme sur certains dossiers récents étant donné qu’il n’est pas du tout acquis qu’il en profitera. Son problème d’aujourd’hui est celui de son image et surtout celle de son leader Paul Bérenger qui a fait tout ce qu’il ne fallait pas faire en 2014 et qui a conduit l’a où il est aujourd’hui, c’est-à-dire au plus bas.
Une des manifestations du malaise post-électoral du MMM, c’est la vague de démissions qui se déferle dans ses rangs. C’est vrai que la plupart de ceux qui claquent la porte sont ceux qui ont été, soit privés d’investiture aux dernières élections, soit candidats malheureux au dernier scrutin interne au MMM, mais un aspect du profil des démissionnaires a sans doute échappé aux profanes.
C’est que ceux qui sont partis et ceux qui les suivront sont principalement issus de la mouvance maçonnique et sont parmi ceux qui avaient toujours ménagé leur « frère » Navin Ramgoolam, un bilan de leurs questions parlementaires et de leur position publique pouvant parfaitement en attester. Ajay Gunness a rebondi sur une question de Vel Moonien sur la franc-maçonnerie hier dans l’Express samedi sur cette situation nouvelle au MMM sans en dire davantage. Ce « virus » qui avait pris de l’ampleur chez les mauves a commencé avec Jayen Cuttaree devenu grand recruteur de collègues dans les loges lorsque ce n’est pas lui qui se faisait le parrain de ceux qui étaient candidats à l’initiation. 
Le premier parti a été Jean Claude Barbier qui a connu récemment deux déceptions majeures, sa non-élection aux dernières élections générales et son repêchage en tant que Best Loser, lui qui se considère comme le chef de file au no. 1, tandis que le nouveau venu Veda Baloomoody se hissait à la troisième place. Il a aussi été malheureux aux élections internes au MMM et n’est pas arrivé à se faire élire parmi les 30 candidats sur une base nationale et a pu être, là aussi, repêché en se faisant désigner membre du comité central par le comité régional du no. 1.  Il en a, toutefois, gardé une expérience amère.
Le goût des limousines clinquantes
Jean Claude Barbier avait lui-même dit être sur le départ, mais a quand même trouvé étrange qu’il soit exclu. Toujours est-il que c’est lui qui a donné le signal de départ. Et qu’il a été suivi par un certain nombre de ses collègues. Qu’il ait été mêlé à des affaires policières ou que cette histoire, datant de quelques années, de sa voiture hors taxe conduite régulièrement par un médecin ne l’ont pas empêché à trouver le chemin de la franc-maçonnerie. Les loges, en dépit, de ce que racontent leurs Grands Maîtres et autres vénérables collaborateurs, loin d’être des lieux de réflexion et d’échanges, ont depuis longtemps été transformés en un club composé de fans intéressés, d’affairistes et de personnes dont le principal but est de pouvoir exercer une influence. C’est d’ailleurs à cette appartenance que les militants du no. 1 attribuent, à tort ou à raison, à Jean Claude Barbier son penchant tout à fait nouveau pour la langue de Molière.
Les deux autres démissionnaires, Joe Lesjongard et Raffick Sorefan, qui ne sont pas des militants de souche et qui ne sont que des pièces rapportées, l’un du MSM qui avait claqué la porte du Sun Trust en 2006 parce qu’il y avait apparemment un manque de démocratie de la part de Pravind Jugnauth et, l’autre, du PTr parce que ses collègues abusaient de leur position de conseillers à Quatre-Bornes, sont aussi de la mouvance maçonnique. 
Raffick Sorefan a gardé quelques traits de son passage chez les rouges avec qui il semble partager le goût des limousines clinquantes, lui qui roule en Porsche rouge. Le cas de Joe Lesjongard est, lui, intéressant à plus d’un titre parce qu’il cultive l’art de la casquette multiple et qu’on le voit tantôt avec le Père Jocelyn Grégoire et qu’il joue la carte créole à fond tout en étant aux premières loges des cérémonies animées par des prédicateurs, parfois obscurs et souvent contestés, de certaines organisations socio-religieuses hindoues.
Quant aux démissionnaires de cette semaine, on aura remarqué que c’est Lysie Ribot qui s’est mise en avant et qu’elle a complètement éclipsé les Dev Ramnah, Bernard Marie et autres Soodesh Roopun. Ici aussi, le problème est qu’aucun de ces quatre démissionnaires n’avait été élu au comité central et, pire pour eux, ils n’ont pas non plus obtenu les faveurs des comités régionaux où ils militent. C’est dire qu’ils sont très déçus.
Mais ce ne sont pas les anciens Speaker et Deputy Speaker Dev Ramnah et Soodesh Roopun qui ont été les plus volubiles, mais Lysie Ribot, cooptée au comité central en sa qualité de présidente de la commission des femmes qui s’est démenée pour être dans l’ensemble des médias où elle dispose de puissants relais et qui datent de la période où elle était la porte-parole des enseignants des écoles catholiques.
Mme Ribot n’est, en effet, pas n’importe qui. Maçonne elle-même, elle est l’épouse d’un des plus puissants dirigeants Philippe Ribot (Grand secrétaire) de la Grande Loge de Maurice avec Bika Jhuboo, père du député travailliste, Ezra Jhuboo et Bruno Dumazel, ancien maire travailliste des villes soeurs et cousin du ministre des Affaires étrangères, Etienne Sinatambou.
Les propos tenus par la démissionnaire sur la corruption et la place des femmes ne peuvent que faire sourire lorsqu’on sait de quels travers peuvent se rendre coupables des « frères » et des « soeurs », qui savent mutuellement se couvrir lorsqu’un de leurs membres est en difficulté et lorsqu’on connaît la discrimination et la ségrégation historiques qui frappent les femmes au sein des loges et lorsqu’on revient sur quelques positions personnelles de l’ancien député du MMM, particulièrement rétrogrades, pour ne pas dire réactionnaires, sur les droits des femmes.
Qui ne se souvient de l’intervention de Lysie Ribot lorsque le gouvernement PTr/PMSD est venu avec un amendement visant à introduire l’avortement limité seulement à une application thérapeutique? C’est avec tout le sérieux du monde qu’elle avait affirmé, en se basant sur d’obscures références médicales, que les femmes violées tombent rarement enceintes parce que qu’il a y un blocage de l’ovulation due au choc. C’était un de ses arguments pour s’opposer à l’avortement des femmes qui se retrouvent enceintes après un viol. Et dire que certains se réclament du Droit Humain ! Dans un autre parti qui défend vraiment les valeurs progressistes, ce n’est rien de moins qu’une expulsion qui aurait sanctionné un tel propos à la limite du délire.
Les « frères en convent »
Pour avoir une idée de la façon dont les franc-maçons fonctionnent, il faut savoir que, bien avant la tenue des élections internes au MMM, il y avait une campagne « sous le bandeau » menée pour faire voter et élire une liste particulière où on devait retrouver une majorité de la même sensibilité fraternelle. Les « frères » étaient ainsi en « convent » à la fin de janvier à une Guest House à Flic-en-Flac appartenant à Raffick Sorefan.
Etaient présents Jean Claude Barbier, Lysie Ribot et le propriétaire des lieux, entre autres. C’est lorsque les échos de cette rencontre, qui n’a rien à avoir avec l’organisation de tendances sur une base d’idéologie et d’orientation au sein du MMM, se sont ébruités qu’il y a eu une réaction de la base mauve et que certains ne se sont plus retrouvés sur la liste des élus.
Le problème avec ce groupe, et c’est inhérent à la mentalité des membres de la franc-maçonnerie, c’est que ses membres agissent toujours avec ce petit air supérieur et qu’ils se croient souvent investis d’une mission. Une solidarité sans faille, un sens aigu de la connivence, le goût du pouvoir, ce sont là des caractéristiques universelles du comportement des « frères » et des « soeurs ».
Yvette Roudy, féministe reconnue et figure emblématique de la Grande Loge Féminine de France, n’a-t-elle pas dénoncé, il y a quelque temps, à l’Express de France que « lorsque je suis devenue ministre des Droits de la Femme, j’ai reçu une avalanche de courriers de maçons me demandant un appartement, une promotion ou une médaille ». On peut difficilement y voir une hystérie anti-maçonnerie ou des accents d’intolérance à la Hitler !
Forts de leurs pratiques en loges, les « frères » du MMM ont, au fil de leurs réunions, bien planché sur leur stratégie. C’est ainsi que les actions d’éclat et les annonces de démission interviennent invariablement les mardis, jours des séances parlementaires. Jour aussi où il y a toujours une Private Notice Question comme si la démission d’un parti pouvait reléguer aux oubliettes l’annulation du projet de CT Power ou la mort d’Iqbal Toofany dans des conditions suspectes.
De nouvelles démissions de « frères » sont d’ailleurs programmées pour mardi prochain et on cite volontiers les noms d’un autre proche de Jayen Cuttaree, d’un député qui a obtenu d’honorables scores aux élections internes, mais qui a refusé le poste de porte-parole du MMM et possiblement d’Atma Bumma, celui qui avait réussi le tour de force de trouver,  de « l’humanisme » au sein du PTr décadent de Navin Ramgoolam dont il était le colistier enthousiaste.
Il est aussi celui qui, en compagnie de ses « frères »,  se lamentait, le jour de l’annonce par Paul Bérenger de la rupture de l’alliance PTr/MMM, que son leader n’ait pas pris la peine de parler à Navin Ramgoolam avant d’annoncer sa décision.  En apprenant cet épisode, certains militants ont fait demander à Atma Bumma si le leader du PTr d’alors avait contacté Paul Bérenger avant qu’il ne parle de « la bouette saignante utilisée pour pêcher le gros requin ». Mais « kan sa lanvi defane enn frer la pran ou sa… »
Et c’est précisément parce que le MMM s’est petit à petit vidé de son idéologie et de ses valeurs de droiture, de générosité et de volontarisme que des franc-maçons ont pu croire se l’approprier en y important les mêmes méthodes claniques que celles des obédiences auxquelles ils appartiennent.
L’OPA sur de la maison mauve était bien réelle, mais elle n’a finalement pas eu lieu. La base n’a pas été dupe et elle a réglé leur compte à ceux dont l’agenda ne correspondait pas à la culture du MMM. D’ouverture certes, mais pas de regroupement sur la base d’objectifs qui sont loin d’être en phase avec l’histoire de ce parti.
Où vont-ils désormais faire prospérer leurs us et coutumes ? Au MSM, où Sir Anerood Jugnauth et ses proches cultivent une sainte horreur de « sa bann organisations occultes-là » telle que le Premier ministre avait publiquement décrit et décrié la franc-maçonnerie il y a quelques années en s’attaquant à Navin Ramgoolam? Ce n’est pas sûr, mais ils seraient, pour des raisons évidentes, probablement plus à l’aise au sein du ML et du PMSD.