Le taux de remplacement de la population mauricienne est en baisse ; il est de 1,4 alors qu’il devrait être de 2,1 par femme. Cette situation peut ne pas paraître grave, mais elle pourrait devenir catastrophique pour le pays dans les prochaines décennies lorsqu’environ 30 % ou plus de la population serait âgée de plus de 60 ans. « Il y aura alors de moins en moins de jeunes pour contribuer au Fonds National de Pension », s’alarme Vidya Charan, directrice exécutive de la Mauritius Family Planning and Welfare Association (MFPWA).
Selon les recherches gérontologiques entreprises par Vidya Charan, « sans le Welfare State telle qu’il existe à Maurice avec son service de santé gratuite et son système de pension universelle, nos aînés n’auraient pas pu vivre comme ils le font aujourd’hui ». « Nos jeunes n’auraient pu les soutenir financièrement, vu les difficultés économiques qui affectent toute la population », déclare Vidya Charan. « Comment auraient-ils fait pour payer les soins de santé de leurs parents âgés qui ont besoin de soins presque tous les jours, dans de nombreux cas ? »
Expliquant comment le pays en est arrivé à une telle situation, la directrice exécutive de la MFPWA rappelle que le taux de natalité était très élevé à Maurice il y a cinq décennies, soit 5 ou 6 enfants par femme. « On avait alors mené campagne en faveur de la planification familiale pour que les familles aient moins d’enfants. Ce qui devait leur permettre de sortir de la pauvreté, d’avoir plus d’opportunités de formation et d’éducation et de travail, pour pouvoir mener une vie confortable », dit-elle. Le taux de natalité a continué de baisser dans les années suivantes et est descendu à 1,4 par femme, selon les derniers chiffres officiels. Notre interlocutrice déclare que si des mesures correctives ne sont pas prises maintenant pour améliorer le taux de natalité, il y aura des conséquences sérieuses sur la démographie du pays.
Vidya Charan estime que la planification familiale a porté ses fruits de différentes façons : d’abord, en permettant à la femme de se joindre au marché du travail et ensuite, à aider au développement du pays. « Nous comprenons que les gens vivent une situation économique difficile et qu’il n’est pas facile d’élever plusieurs enfants. Mais, ceux qui peuvent en avoir un ou plusieurs doivent en avoir afin de maintenir cet équilibre dans notre société mauricienne », dit-elle. Et de rappeler une déclaration de Kweku Brenu, président de l’International Planned Parenthood Federation (IPPF) pour la région africaine, faite lors d’une visite à Maurice, à l’effet que « le planning familial c’est beaucoup plus qu’un contrôle de naissances mais la capacité à élever un enfant que vous avez mis au monde et lui offrir tous les bénéfices de la vie ». « Nous ne parlons pas de contrôle de naissances mais plutôt de la qualité de vie d’une nation », fait-elle ressortir.