Alors qu’on parle de la démolition du bâtiment qui abrite le quartier général du Parti travailliste, à Port-Louis, au magasin St Patrick, situé au rez-de-chaussée, les activités commerciales se déroulaient normalement ce matin. Ces locaux sont situés dans une zone stratégique avec en face les Casernes centrales et sur le flanc le Square Guy Rozemont et plus loin la gare Victoria, qui font du quartier un passage obligé pour un grand nombre de voyageurs.
Dans le magasin défilent presque en permanence des personnes à la recherche de photos d’identité pour les besoins des démarches, en particulier pour l’obtention de permis de conduire aux Casernes centrales. D’autres fréquentent le magasin pour ses chaussures à bon marché.
Sans ignorer le danger qui plane sur sa tête avec tout un étage en bois qui menace de s’écrouler à tout moment et qui met en péril la sécurité des passants, Patrick Li, propriétaire du magasin St Patrick, est réaliste mais ne cache pas ses inquiétudes. « Ce n’est pas vrai de dire qu’on nous a proposé un emplacement alternatif. Patrick Assirvaden avait dit qu’il y aurait une réunion avec nous. Mais elle n’a pas encore eu lieu. La municipalité nous a avisés qu’il nous faudrait évacuer les lieux et n’a pas renouvelé notre permis, mais nous n’avons rien reçu officiellement ou légalement de celui se présente comme le propriétaire du bâtiment, c’est-à-dire le Parti travailliste », explique Patrick Li.
« J’ai des équipements et des marchandises d’une valeur d’un million de roupies. Je ne veux pas me retrouver du jour au lendemain dans la plaine », explique-t-il. Il veut négocier avec les personnes autorisées au niveau du PTr. « Personne ne remet en cause le danger que représente le premier étage, qui doit être démoli, mais le rez-de-chaussée est en pierre. Cette façade du bâtiment et par conséquent du quartier général du PTr est en pierre, et le bâtiment peut donc être considéré comme un patrimoine. Nous sommes disposés à fermer la porte du magasin pendant tout le temps que durera la démolition. Avec une toiture en tôle convenable, nous pourrions ensuite poursuivre nos activités commerciales jusqu’au début des travaux de construction des nouveaux locaux du quartier général, dans lequel un espace pourrait nous être réservé. Nous recherchons actuellement des avis légaux », affirme Patrick Li. Il se dit persuadé que la construction du nouveau bâtiment ne débutera pas demain, d’autant que l’argent devant servir à son financement se trouve toujours dans des coffres aux Casernes centrales.
L’autre locataire, Suleiman Kara, est désespéré. « C’est comme si je me retrouvais au chômage », se plaint-il. Ses locaux lui servent d’atelier et de magasin pour confectionner et commercialiser des vêtements.
Les familles Li et Kara occupent ce bâtiment depuis plus de 60 ans. Ils ont hérité des emplacements de leur père et grand-père. Le bâtiment était loué à l’époque à une Française. Le PTr a pris le contrôle du bâtiment dans les années 1970. « Au début nous payions notre loyer par chèques postaux à Angidi Chettiar. Les loyers étaient passés de Rs 40 à Rs 400. Mais depuis un bon bout de temps nos chèques sont retournés par les services postaux. Nous ne savons pas quoi faire, nous dit Suleimen Kara, qui est lui aussi en consultation avec des hommes de loi pour savoir la voie à suivre.
De son côté, le Parti travailliste a annoncé que la dernière réunion de son comité exécutif dans les locaux actuels aura lieu ce vendredi, avant de passer dans un autre local dans la région des Salines.
Le quartier général du PTr a été témoin de tout un pan de l’histoire du Parti travailliste et du pays. Toutes les grandes décisions du PTr depuis 1970 ont été prises dans ces locaux. Les photos montrant sir Seewoosagur gravissant les escaliers en bois vers la salle de conférences sont devenues patrimoine historique. Si ces murs pouvaient parler, on connaîtrait bien des épisodes historiques dans la vie tumultueuse du Parti travailliste. Sa démolition et sa reconstruction marqueront la fin d’une époque et le début d’une ère nouvelle pour le PTr.