« Le mot-clé est vigilance et vigilance ! » C’est ce qu’a déclaré le ministre de la Santé, Lormus Bundhoo, à l’ouverture ce matin d’un atelier au Domaine les Pailles sur les maladies à transmission vectorielle. Ce thème est celui retenu à l’occasion de la Journée mondiale de la Santé, observée aujourd’hui et qui a pour sous-titre : small bites, big threat. Le ministre a indiqué que depuis les dernières 72 heures, aucun cas de dengue n’a été détecté sur 537 échantillons. Cependant, malgré une baisse conséquente du nombre de cas détectés, il exhorte la population à une vigilance constante car, dit-il, plusieurs facteurs à l’exemple du changement climatique font qu’aujourd’hui, ces maladies vectorielles peuvent se déclarer n’importe quand dans l’année et n’importe où.
Au 4 avril 2014, dit le ministre, 44 cas de dengue acquis localement ont été enregistrés sur 3 867 échantillons analysés. Les derniers rapports de la Vector Biology and Control Division indiquent une baisse conséquente du nombre de cas détectés.
Lormus Bundhoo a rappelé que chaque année, à travers le monde, environ un milliard de personnes sont infectées par des micro-organismes transmis par des vecteurs et un million en meurent. Les moustiques sont des vecteurs de nombreuses pathologies dont la malaria, la dengue, le chikungunya, la fièvre jaune, la lymphatic filariasis, la west nile fever ou encore la japanese encephalitis. Il est estimé que 500 000 personnes meurent de la malaria chaque année à travers le monde.
La malaria, rappelle Lormus Bundhoo, a été éliminée à Maurice et aucun cas indigène n’a été détecté depuis 1997. La plupart des cas qui ont surgi par la suite se sont avérés être importés. Quant à la dengue, sept pays présentaient des cas endémiques avant 1970 et aujourd’hui 100 pays sont concernés. « Avec les lignes aériennes bien plus nombreuses de nos jours et davantage de pays rapportant des pathologies transmissibles, le risque d’introduction a également augmenté. Un exemple est le chikungunya en 2005 et 2006. Le virus fut introduit à Maurice en provenance d’un pays de la région ». La dengue a suivi en 2009 avec 252 cas détectés majoritairement à Port-Louis. En 2010, il y a eu 11 cas importés de dengue dans le pays ; sept en 2011, 13 en 2012 et 19 en 2013. Un cas acquis localement a été en outre détecté en 2011 chez un travailleur étranger. Cette année, deux cas importés ont jusqu’ici été détectés. « After the initial two cases, there was a gradual increase in the number of cases detected and a peak was reached during the period of 17 March to 24 March. Thereafter, there has been a significant decline in the number of cases with only sporadic cases detected off and on ».
Lormus Bundhoo a souligné les nombreuses mesures prises immédiatement par son ministère avec le soutien d’une centaine d’officiers de la Special Mobile Force, notamment suite à l’augmentation des cas le 24 mars dernier et suite aux grosses averses à Triolet. « Environ 100 machines de fumigation ont été utilisées quotidiennement. À ce jour, deux cycles de fumigation ont été complétés et un troisième sera bientôt achevé. » Par ailleurs, une vaste campagne de nettoyage a été initiée et environ 53 arpents de terrains en friche ont été nettoyés. De plus, 824 pneus usagés ont été enlevés et 258 camions ont ramassé des ordures. « Community participation remains a vital component », a-t-il souligné.
Le ministre a par ailleurs indiqué que le comportement du public n’étant pas satisfaisant, le ministère s’est vu dans l’obligation de mettre en application les lois relatives à la santé.
Selon les derniers rapports de la Vector Biology and Control Division, l’indice de Breteau concernant les cas de dengue pour Morcellement Saint André est passé de 57,1 à 8,5. Par ailleurs, les rapports ont aussi démontré une tendance décroissante au niveau des moustiques de même que les cas de fièvre et les endroits recelant de l’eau stagnante. L’integrated Vector Management Strategy recommandée par l’Organisation mondiale de la Santé a été adoptée par le ministère.
Le ministre a par ailleurs parlé de la Sterile Insect Technique, une méthode non-chimique, et donc écologique, qui est à l’essai actuellement. « Le processus naturel de reproduction des insectes est rompu par l’utilisation du rayonnement gamma, rendant les insectes stériles. Ces insectes sont ensuite relâchés dans l’environnement en très grand nombre en vue de s’accoupler avec les insectes indigènes. Une femelle indigène s’accouplant avec un mâle stérile produira des oeufs qui ne vont pas éclore. Ce qui conduira finalement la population indigène à l’extinction. » Le ministère s’est embarqué dans ce projet avec le soutien technique et financier de l’International Atomic Energy Agency. Pour les scientifiques, cette méthode serait la plus prometteuse mais elle ne pourra être utilisée de manière extensive qu’une fois les essais avérés concluants.
L’atelier d’aujourd’hui devrait culminer en un rapport sur les moyens de réduire les risques de futurs épisodes de maladies vectorielles à Maurice.