« Notre plus grand atout dans le combat contre la prolifération de l’aedes albopictus, vecteur de la dengue, demeure la participation communautaire », a martelé ce matin Ambicadutt Bheecarry, chef de la Vector Biology and Control Division au ministère de la Santé. C’était à l’occasion du lancement d’une Ong, la Mosquito Watch, composée d’anciens agents de terrain du ministère de la Santé de même que d’entomologistes. Leur but : approfondir le travail de sensibilisation du public quant à l’assainissement de leur environnement en vue d’éliminer les gîtes larvaires. Selon M. Bheecarry, « le virus de la dengue peut se transmettre sur cinq générations de moustiques » et il existe, dit-il, 4 types de dengue. « Une personne qui en contracte un est immunisée contre le type en question mais peut contracter un autre type du virus ».
Forts de leur trentaine d’années d’expérience sur le terrain à la chasse des moustiques – vecteurs de maladies telles la malaria, le chikungunya et plus récemment la dengue –, ces anciens Health Surveillance Officers du ministère de la Santé, aujourd’hui à la retraite, ont jugé nécessaire d’aller vers le public en vue de le sensibiliser davantage. Le lancement de cette Ong intervient par ailleurs dans le cadre de la Journée mondiale de la Santé, observée le 7 avril et qui a pour thème cette année : Vector-bone diseases – Small bite, big threat. Les membres devaient souligner la difficulté du combat : « Les Mauriciens ont souvent tendance à croire que ce sont aux autorités de nettoyer leur cour. Les propriétaires sont souvent réticents à coopérer. Nous avons toujours dit que les autorités ne pourront rien si le public ne s’y met pas. »
Il existe une vingtaine de types de moustiques – dont trois principaux que l’on retrouve dans l’île : l’anopheles, vecteur de la malaria, l’aedes albopictus, vecteur du chikungunya et de la dengue, et le culex, qu’on appelle aussi le “house mosquito”, qui peut transmettre le filariose. Selon Mosquito Watch, l’aedes albopictus est capable de pondre même dans un espace sec, et ce après une période d’un an, pour ensuite éclore au contact de l’eau. D’où les risques présentés par des récipients et autres endroits recelant d’eau stagnante. Outre l’eau, les endroits broussailleux sont aussi propices à la reproduction des moustiques.
Répondant à une question d’un membre du public lors du lancement de l’Ong, le chef de l’unité d’entomologie de la Santé devait indiquer que s’il est vrai que la malaria, dans les années 80, avait aussi touché surtout Triolet et la région côtière, le moustique est présent dans toute l’île. De plus, l’aedes albopictus est agressif, dit-il. « Il s’impose là où il va, repoussant les autres types de moustiques. C’est ainsi qu’il devient un moustique péri-domestique. » M. Bheecarry devait par ailleurs répondre à une autre question, à savoir si les inspecteurs sanitaires font vraiment leur travail au niveau des voyageurs en provenance de pays à risques. Il devait dire à ce propos :  « Maurice est un des rares pays à conserver ce système de surveillance à l’aéroport (…) On dispose d’un comptoir de santé. Maintenant, si les inspecteurs visitent tous les voyageurs, c’est une autre question. Même si n’est pas une excuse, il faut savoir que le nombre de fonctionnaires a diminué alors que le nombre de voyageurs a augmenté. Il y a d’autre part des passagers qui donnent de fausses adresses. »
Maheswurnund Bhujun, le président de l’Ong, devait partager son expérience alors qu’il était à la Santé. « Un jour, alors que je devais visiter un passager à Pereybère, mon collègue et moi avons frappé à la porte. C’est un gros chien qui est apparu, une femme de ménage nous indiquant ensuite que le propriétaire allait bien. Malheureusement, il s’est avéré que ce monsieur avait contracté la malaria dans sa forme mortelle… Il s’est rendu à la clinique mais tout le monde sait que c’est bien le ministère de la Santé qui soigne le mieux cette maladie. Ce monsieur n’a hélas pas survécu. »
De son côté, Cader Kalla, historien, devait faire remarquer que le changement climatique fait qu’aujourd’hui, il fait plus chaud, ce qui est propice à la prolifération des moustiques. « Il y a certaines régions qui, autrefois, étaient épargnées. Mais tel n’est plus le cas aujourd’hui. Autrefois, on pouvait montrer sur la carte de Maurice quelles régions étaient plus pluvieuses. Aujourd’hui, non ! ». D’où la pertinence de cette Ong aujourd’hui, tout le monde étant concerné.
Pour Raheem Gopaul, Coordinator du lancement de l’Ong, il est primordial d’avoir le soutien de tout un chacun dans cette lutte contre la dengue. Il rappelle que les gîtes larvaires se retrouvent notamment dans les accumulations d’eau, que ce soit dans des boîtes de conserve, les noix de coco, les pneus, les pots de fleurs ou encore les écuelles. « Il faut changer l’eau de ces récipients une fois par semaine et remplir les pneus usagés avec de la terre pour y planter des fleurs au lieu de les jeter dans un terrain en friche. »