Célibataire, Fiesta la Fiesta, Métier Péser, Soleil six ère… Autant de succès du moment qui seront interprétés au concert Plaisir Séga, le 3 décembre, au J&J Auditorium. On associe ces morceaux à leurs interprètes, Nancy Dérougère et Mario Justin. Mais sait-on que ce ne sont que des reprises et qu’elles sont puisées de la discographie d’un ségatier populaire des années 70, Denis Joseph Sunee, dit Yoyo ?
Denis Joseph Sunee. Il fut un temps où son nom… ou plutôt ses chansons étaient sur les lèvres de tout bon amateur de séga. Aujourd’hui encore, ses succès font le bonheur des références du séga et de leur public, mais son nom ne leur dit sans doute pas grand-chose. Et même si on parlait de Yoyo (au lieu de Denis Joseph Sunee) aux quadragénaires fervents consommateurs de séga d’ambiance, il est peu probable qu’ils associent ce pseudonyme à Célibataire, Femme la zeness, Métier Peser, Soleil six ère, Capitaine Nicolas, Fiesta la fiesta…
Il y a 37 ans, le rideau est tombé sur la scène, la sienne. L’homme n’est jamais réapparu en public. Pourtant, ce dernier, qui l’a vu émerger en 1968 pour ensuite composer avec le succès pendant près de deux décennies, a réclamé un rappel. Mais en vain. Il veut toujours l’entendre et n’adhère pas aux reprises de Mario Justin (Célibataire, Soleil six ère, Capitaine Nicolas, Métier Péser), Nancy Dérougère (Fiesta la fiesta) ou encore Sylvain Kallycharan (Femme la zeness). Il n’y a rien à faire : Yoyo ne chantera plus.
Convoité.
Depuis que Mario Justin a remis ses compositions au goût du jour, Yoyo est plus que jamais sujet à convoitise. Producteurs et chanteurs frappent à sa porte. Ils ont senti que Yoyo est une carte gagnante. Qu’ils pourraient puiser dans sa discographie pour en extraire des perles. Que dans ses tiroirs, il a des inédits qui n’ont jamais été édités et qui sont des succès potentiels.
À Eau Coulée, où il vit avec sa femme Franchette et ses fils, l’ancien chanteur de séga décline toutes les propositions qui le propulseraient à nouveau sous les projecteurs. “Pour rien au monde… Même des millions de roupies ne me feront pas changer d’avis. Je ne chanterai plus comme avant”, affirme-t-il d’une voix ferme, pour démontrer qu’il est catégorique.
Depuis 37 ans, Yoyo n’est plus chanteur de séga, mais Denis Joseph Sunee consacre sa musique et ses textes à sa foi en Jésus-Christ. À 65 ans, il est prédicateur laïque au sein de l’église adventiste. Les studios d’enregistrement, les hôtels, les 45 tours, les podiums, les caméras : tout cela fait partie du passé. Aujourd’hui, l’auteur de Femme la zeness confie que sa vie s’articule autour de son métier d’entrepreneur en construction, de sa famille et de son église.
Flamboyant.
En 1968, les Mauriciens découvrent une nouvelle voix. Celle d’un jeune homme qui fait timidement ses débuts aux côtés de Rosemay Nelson. “Je ne reviens presque jamais sur ces années-là”, nous confie notre hôte. “Et encore moins sur les reprises dont je suis l’auteur.” Mais il finit par accepter de remonter le temps. Après tout, c’est une fierté légitime d’être l’auteur de ces reprises à succès. Comme il le dit, à bien écouter, “mes ségas sont toujours d’actualité”.
Avec Rosemay Nelson, il chantait pour le plaisir. “Mo ti pe sant-sante koumsa. Rosemay ti pe res pre kot mwa. Enn zour, li dir mwa : ou ena enn zoli lavwa ou. Nou pa ti titway nou kamarad. Je l’accompagnais quand elle chantait quelque part. Un jour, elle a rencontré Eric Nelson. Avec ce dernier, Rosemay, sa soeur Micheline, Raoul Maunick, mon frère Jacques et moi-même, nous avons monté le groupe Flamboyant. La première fois qu’on s’est produit en public, ce fut devant la municipalité de Curepipe.”
Également employé à la mairie jusqu’à sa retraite, il jongle alors entre son travail et sa nouvelle passion. Cette année-là, il écrit et interprète Soleil six ère… et a rendez-vous avec son premier succès. Le 45 tours porte le label de Damoo. “Il avait apprécié ce titre et m’a demandé de l’enregistrer”, raconte Yoyo. Soleil six ère le conduit à la télévision et son passage sera un déclic.
Femme la zeness.
Les années 70 seront déterminantes pour le jeune homme. Il signe chez différents producteurs/disquaires et donne naissance à Coco Mamzel, Fay fay, Célibataire, Capitaine Nicolas, Métier Péser, Maria, Zoé (qui sera repris et popularisé par Micheline Virahsawmy)… Avec l’émergence du tourisme et du secteur hôtelier sculptant le paysage économique de l’île, Yoyo commence à chanter dans les hôtels, parallèlement à son emploi à la municipalité de Curepipe. “La plupart du temps, j’écrivais des ségas à partir d’un titre. Ainsi, j’avais déjà le titre Femme la zeness en tête avant d’écrire le texte. Cette chanson n’est pas basée sur des faits.”
Mais le séga ne nourrit pas son homme. Les dix roupies qu’il touche à chaque prestation dans les hôtels ne l’encouragent pas à poursuivre une carrière musicale. “Même aujourd’hui, je perçois peu pour mes droits d’auteur”, avoue-t-il. À l’époque, il préfère prendre ses distances. Mais avant de tourner définitivement la page, il sort Femme la zeness en 1983. “La seule fois où j’ai accepté de chanter mes morceaux, c’était pour venir en aide à Yvon Maccabé, qui était très malade.”
Lorsqu’il entend la réinterprétation de ses chansons, Yoyo les écoute. Sans plus. Cela le rend presque indifférent ! Pourquoi ? “Parce que c’est comme ça ! Je n’ai pas d’émotion particulière. Une reprise reste une reprise et ne peut égaler l’interprétation originale.”