Plusieurs hectares de détritus partis en fumée en une semaine… Après Mare-Chicose, ce sont les dépotoirs de La Chaumière et Roche-Bois qui ont été la proie des flammes. Outre leur bien-être quotidien, ceux qui habitent à proximité de ces divers sites craignent principalement pour leur état de la santé. « Sa lafime-la pa dimounn-sa ! », lance ironiquement David, habitant de Roche-Bois. La pluie a toutefois aidé les pompiers, dont la lenteur à maîtriser la situation à été vivement critiquée, à consigner l’incendie. Les autorités, elles, se veulent rassurantes, prêtes à réagir en cas de nouvelle catastrophe.
Constat hier matin à La Chaumière et Roche-Bois : une masse impressionnante de fumée blanche et noire s’échappait des ordures prisonnières des flammes. Cela, malgré la fine pluie qui s’abattait sur ces deux régions. À 11 h, aucun officier des Government Fire Services (GFS) n’était sur les lieux. Si l’on affirme que sur le site de compostage de la Solid Waste Recycling Ltd de La Chaumière le sinistre est cleared-off à 80 %, à Roche-Bois, pour les autorités, la situation est différente. Les incendies sont répétitifs depuis la semaine dernière. Ce black spot est de nouveau opérationnel depuis que le centre d’enfouissement de Mare-Chicose est en feu. Les activités à la station de transfert sont, pour leur part, gelées. Du côté des officiers de la GFS, la nature criminelle du sinistre n’est pas écarter. Un point de vue qui n’est pas partagé par la Compagnie Régionale de Service et Environnement Ltée, entreprise qui a à sa charge la station de transfert et depuis peu la responsabilité du dépotoir. Quelque 250 à 300 tonnes de déchets y arrivent quotidiennement, et la chaleur pourrait être la cause de ces divers incendies. « Il faisait tellement chaud et le temps était tellement sec qu’il est possible qu’un objet en plastique surchauffé par le soleil soit à l’origine des premières flammes », déclare notre interlocuteur.
Après plus d’une semaine de lutte acharnée contre les flammes, si le sinistre est circonscrit à 90 % à Mare-Chicose, ça n’est pas encore le retour à la normale dans ce village de quelque 300 habitants. « Nous n’arrivons plus à faire la distinction entre les nuages et la fumée. La crainte d’une explosion est toujours là », nous lance un habitant sous la varangue de la boutique Mohit, seul commerce à alimenter ce village en denrées alimentaires et autres. La fine pluie qui tombe en ce mardi après-midi atténue les craintes relatives aux infections respiratoires, mais pas celle d’une explosion. « Sannla personn napa kapav donn nou enn garanti-sa », déplore un habitant.
La proximité des maisons avec les sites d’enfouissement n’est pas un choix. À Mare-Chicose, certains habitants à l’instar de Soodevi Pathi Roy, 80 ans, jettent un regard triste sur le village. Mariée depuis l’âge de quatorze ans, cette native de Ferney soutient que cela fait plus de soixante ans qu’elle réside dans ce village situé dans le sud-est du pays. Navinchandra Mohit, le seul boutiquier de cette région, souligne quant à lui la tranquillité de la région et son climat agréable – du moins jusqu’à l’arrivée du centre d’enfouissement.
Inquiétudes
« Azordi boukou kitsoz in sanze », poursuit l’octogénaire. « Enn zourne ena gro gro kamion salte ki pase, fer tapaz. Larout danzere. Nou abitan aster nou bizin fer atansion dan nou vilaz », dit-elle. « Nou bizin pez nene bwar diluil », lancent les deux habitants.
À Cité Roche-Bois et Cité La Ferme à Bambous, le constat est le même. Les habitants n’arrivent pas à comprendre pourquoi les autorités ont placé des dépotoirs à proximité de familles. « Nou ti la avan. Tou sa la inn vini apre. Zot dir nou ki sa pa pou afekte nou lavi me bann seki dir sa na pa ress isi », lance David, habitant de Roche-Bois. À Cité La Ferme, ceux interrogés nourrissent une amertume face à cette situation. « Nous n’avons même pas été consultés lorsque La Chaumière a commencé ses activités. Zot nek vini nek met zot proze. Zot pa ress la zot. Zot pa leve dormi ek sa loder pi-la », déplore Rosemay, 67 ans. « Apre tou sa lane-la monn abitie ek sa. Me depi ena dife, ena gro gro lafime. Li rantr dan lakaz li anpes nou dormi. Mo dir ou la fime-la pa dimounn sa », affirme David. Pour Joe, 65 ans, habitant de Roche-Bois et employé dans cette région, un incendie à la station de transfert n’est pas inhabituel. Si la fumée qui s’en échappe en ce mardi matin ne l’effraie pas, il soutient qu’« il y a quelque jours encore, elle étai tellement épaisse que l’air était irrespirable ».
À Mare-Chicose, Navinchandra Mohit revient sur les événements de la semaine passée. Des événements qui, affirme-t-il, ont réveillé cette crainte des dangers que représente le centre d’enfouissement.
« Lorsque nous avons vu cette épaisse fumée noire qui sortait de Mare-Chicose, nous avons su que quelque chose d’anormal se passait. Nous sommes habitué à l’odeur nauséabonde mais pas à cette fumée noirâtre ». Bien que la situation soit sous contrôle, la peur est omniprésente. « On ne sait jamais ce qui peut se produire. Le vent peut tourner et rallumer quelques braises. Nous ne sommes pas à l’abri ». « Depi letan ki mo ress isi, mo per tansion mo mort ek sa lafime-la », lance Soodevi.
Ils sont nombreux à craindre les répercussions sur leur état de santé. « Avec cette épaisse fumée, nous ne sommes pas à l’abri d’un problème respiratoire », soutient Hema Bodhoo. La fumée a d’ailleurs provoqué des irritations cutanées chez certains habitants  du quartier. « Bann dimounn kinn gagn lagrip sa pe anpes zot gueri pli vite. An plis de sa ena lizie pe brile. Pou bann zanfan li bien byen danzere », déclare-t-elle. Chez des écoliers de Mare-Chicose, cette situation a provoqué un manque de sommeil et des difficultés de concentration durant les examens. « Lorsque j’étais en salle d’examen, j’avais les yeux qui brûlaient et j’ai eu du mal à me concentrer parce que j’avais très mal dormi la veille », lance Soodesh, élève d’un collège de Curepipe. Mais pour les ministères de l’Environnement et de la Santé, la situation étant sous contrôle, « il n’y a pas lieu de s’alarmer » (voir plus loin).
La lenteur des soldats du feu déplorée
La lenteur des pompiers à maîtriser les trois incendies est vivement critiquée. Au bout d’une semaine, celui de Mare-Chicose n’était toujours pas circonscrit. Aux Government Fire Services, on estimait pouvoir en venir à bout d’ici demain. Les habitants s’étonnent qu’il faille « plus d’une semaine pour circonscrire le feu ». « Bann pompier inn profit lapli pou repoz inpe me nou nou per pou nou lasante, pou nou lavi ». À un habitant de Roche-Bois d’avancer : « Mo krwar bann ponpie la mem inn plin ek sa dife-la ». Pour certains habitants, le service fourni ces derniers jours par la GFS serait la preuve que cette section des services publics, qui tombe sous la tutelle du ministère des Administrations régionales, a besoin d’être revue. Alors que le ministre Hervé Aimée annonce l’ouverture de nouvelle casernes, les techniques employées sont critiquées. « Réfléchissent-ils vraiment au meilleur moyen d’éteindre cet incendie ? » se demande Gunesh Boolka, habitant de Bambous. Même remarque émanant d’autres Mauriciens habitant la région de Forest-Side. « Vous réalisez que même à Forest-Side, qui est extrêmement éloigné de Mare-Chicose, nous avons senti cette odeur de fumée ? » Joe, à Roche-Bois, affirme que la nuit de mardi à mercredi a été particulièrement agitée avec les sirènes des pompiers qui n’ont cesser de retentir dans les ruelles de son quartier. « Je suis certain qu’ils font de leur mieux », dit-il.
À Mare-Chicose, cet incendie vient remettre sur le tapis la question du relogement. Navin Mantey pointe du doigt l’absence d’avancées dans ce dossier. « Avec les années, le prix des matériaux de construction n’a cesser d’augmenter. Est-ce que l’argent que nous avons reçu à l’époque suffira pour la construction de nos maisons dorénavant ? » Comptant réclamer un « dommage moral » aux autorités, il critique l’opacité autour de ce dossier, qui a contribué, dit-il, à diviser les habitants. Hervé Aimée, interrogé à ce sujet, affirme pour sa part que le relogement se fait sans anicroches. Il critique les familles qui ont déjà reconstruit leur maisons sur les sites destinés au relogement « mais qui continuent d’habiter le village » (voir plus loin).
Les habitants de Mare-Chicose, Bambous et Roche-Bois victimes des incendies de ces derniers jours prennent leur mal en patience en espérant des jours meilleurs. Ils demandent l’aide des autorités. « Na pa met nou dan enn coin. Nou enn bann humain nu osi… », disent-ils.
Aux Casernes centrales, des enquêtes ont été initiées en vue de déterminer la cause des incendies au centre d’enfouissement de Mare-Chicose, au centre de transfert de La Chaumière, au site de compostage de la Solid Waste Recycling Ltd et au dépotoir de Roche-Bois.