— Ayo. Mo népli capave avec sa métro la, je te dis.
— Qu’est-ce tu as contre le métro, tu n’habites pas près de l’endroit où il va passer, toi.
— La moitié du pays doit subir les inconvénients des travaux pour la construction du Metro Express.
— De quels inconvénients tu es en train de parler ?
— Mais des embouteillages, toi. Dans toutes les villes, c’est un embouteillage permanent aster la je te dis. Tu passes des heures en voiture à attendre. Je suis plein avec ce gouvernement-là, je te dis.
— Mais ce n’est pas le gouvernement qui est responsable des embouteillages, enfin. Avant décembre 2014, il n’y avait pas d’embouteillages à Maurice ?
— Euh…il y avait, mais pas cette quantité-la. Avec les travaux du métro, les embouteillages ont pris l’ascenseur. C’est ce gouvernement-là qui fait faire les travaux.
— Mais le gouvernement précédent avait déjà approuvé le projet. D’ailleurs, le gouvernement de maintenant avait dit que le projet du Metro Express allait fi nir le pays…
— …il avait raison. Tu as vu le nombre de routes défoncées et la couche de poussière qu’on a sur les routes et dans les cours ?
Moi j’habite loin mais malgré tout ça, ma cour et toutes mes plantes sont recouvertes de poussière, je te dis. Sans le métro…
— …Mais je te dis que le gouvernement d’avant avait fi ni de dire qu’il allait faire le métro.
— Mais si lui il avait fait, il aurait surement mieux fait. Il n’y aurait pas eu tout ce désordre-la.
— Arrête de raconter des histoires donc. Tu penses vraiment que le gouvernement d’avant faisant moins de désordre ou tu as oublié ?
— En tout cas quand il a construit l’autoroute de Verdun, on n’a pas eu tout ce désordre-là.
— Normal toi, la route passait dans les champs de cannes et la montagne ! Mais malgré cela le gouvernement d’avant a fait construire une autoroute qui a coulé !
— Et depuis trois ans, ce gouvernement-ci n’arrive pas à réparer cette même route ! Je crois que le gouvernement d’aujourd’hui aurait dû faire construire le métro à la campagne. On aurait eu moins de désordre.
— Tu as fumé de la moquette ?
— Pourquoi tu me demandes ça ?
— Parce que tu as un raisonnement de conne. Comment veux-tu qu’on fasse construire un métro pour régler les embouteillages des villes à la campagne ?
— Ayo, je ne sais pas, moi. Tout ce que je sais, c’est que ma vie est devenue impossible avec le métro et la loi zéro tolérance.
— Le zéro tolérance ?
— Ne me dis pas que toi qui sais tout, tu ne sais que le gouvernement a mis une loi pour interdire l’alcool au volant.
— Bien sûr que je suis au courant. Il fallait faire quelque chose pour faire diminuer le nombre de morts sur nos routes, tu ne trouves pas ?
— Tu crois que ce sont ceux qui boivent qui font les accidents ou bien ce sont ceux qui ne savent pas conduire et conduisent n’importe comment ?
— Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que depuis cette loi le nombre d’accidents de la route mortels a diminué.
— Ça je ne sais pas. Ce que je sais c’est qu’avec le Metro Express, cette loi est en train de rendre ma vie impossible.
— Mais pourquoi ? Non seulement tu conduis avec prudence, à tel point que parfois ça me tape sur les nerfs quand je suis avec toi, mais tu ne bois pas. Alors quel est le problème ?
— Quel problème ? Mais mon éternel problème : mon bonhomme.
— Je m’en doutais ? Ki li fi nn faire cette fois-ci ?
— Il ne fait rien et c’est ça le problème.
— Je ne comprends pas du tout ce que tu dis. Tu ne serais pas en train de faire une dépression, toi ?
— Je ne sais pas. Depuis que cette loi est en vigueur, mon bonhomme ne boit pas quand il conduit.
— Mais c’est bien. Tu vois que cette loi donne de bons résultats. Depuis quand il a arrêté de boire ?
— Tu es en train de te foutre de moi ? Il n’a jamais arrêté de boire, toi…
— …Mais tu viens juste de me dire qu’il ne boit pas quand il conduit…
— …C’est vrai, mais quand il boit, ce qu’il fait tous les jours, et qu’il doit aller quelque part il ne conduit pas.
— Il a pris un chauffeur alors ?
— Oui.
— C’est la solution. Comme ça il peut boire sans avoir peur de perdre son permis ou de payer des milliers de roupies d’amendes. Il a trouvé facilement un bon chauffeur et à un bon prix ?
— Oui, le chauffeur était là, disponible et il n’a pas besoin;de le payer.
— Ah bon. Son bureau lui a donné un chauffeur pour ses courses personnelles ? Ils sont sympa dans son bureau, hein.
— Pas du tout.
— Je ne te comprends pas très bien…si c’est pas lui et pas le bureau…qui paye le chauffeur alors ?
— Personne puisque c’est moi qui fait le chauffeur pour monsieur.
— Tu as accepté de faire ça ?
— Il fallait bien sinon il va rester tout le temps à la maison avec moi…
— Je vois…
— …laisse-moi te dire que tu ne vois rien du tout. Depuis que la loi est passée mon bonhomme passe son temps à boire seul à la maison. Je te laisse imaginer l’ambiance. Alors je préfère faire le chauffeur pour lui plutôt que de rester en tête à tête avec lui tous les après-midi que Dieu fait…tu comprends pourquoi cette loi me… Ok…Ok… Ok…,je comprends maintenant pourquoi tu es dans cet état-là.
JCA