PERCY KAMANAH

817 Mauriciens du genre humain (de sexe masculin ou féminin, ou LGBT qu’importe !) ont passé l’exercice de déclaration des candidatures pour les élections législatives du 7 novembre prochain dans chacune des 21 circonscriptions de la République de Maurice.

Les frontières des circonscriptions ont été tracées dans le but de permettre aux électeurs de faire élire des candidats susceptibles de les représenter réellement. Pendant longtemps, le découpage du territoire a dû tenir compte des réalités géographiques des groupes d’intérêts. Ces communautés d’intérêts, voici plusieurs décennies, ont pu avoir été défi nies par l’appartenance raciale, ethnique, religieuse, voire linguistique. Pendant ce temps, le contenu identitaire de base d’une communauté et les attachements par des liens primordiaux ont subi de profondes mutations.

À Maurice, sous l’effet de l’interaction avec d’autres groupes, notamment à travers le mariage inter-ethnique, une intensification des promiscuités socioprofessionnelles et une interconnexion accrue avec des ressortissants d’autres Etats-nations sous l’effet de la globalisation, l’hypothèse qui sous-tend qu’un élu représente mieux une communauté dont il est issu est devenue plus que jamais discutable.

Un député est un élu parlementaire, et non un exécutif local. Même s’il lui plaît de penser qu’il est obligé d’endosser le rôle d’homme de terrain, sa politique de proximité se réduira, de toute évidence, à une mission de relations publiques de quartier pour tâter le pouls et évaluer les besoins des populations locales afin de les remonter, autant que possible, aux plus hautes instances politiques et décisionnelles pour le bien commun.

Le député ne peut donc servir ses commettants convenablement que dans la mesure où il se confine à son rôle législatif qui est de déposer des propositions et des amendements de lois dans l’intérêt général avant de voter et les faire voter. Il peut être appelé à siéger dans des commissions ou groupes parlementaires. Ne peut être son indicateur de performance que son action parlementaire seule. La réfection des infrastructures routières, l’éclairage des rues, les facilités sportives et de loisirs, par exemple, relèvent de la compétence des élus de district et de village. Et la concrétisation de ces projets est tributaire de la vision et de la volonté politique de ces conseillers locaux, de même que des ressources qui sont mises à leur disposition.

L’attachement d’un député à une circonscription n’a qu’une visée électoraliste sans rapport aucun avec ses prérogatives réelles. Ce n’est pas parce qu’un député a été désigné dans une circonscription qu’il est supposé représenter les commettants de ce territoire géographique. « Monn bien travay pou sa sirkonskripsion-la, tou dimounn dan landrwa konn mwa, kanpagn pe bien deroule, mo pe kontinie labour terin ». Quel terrain ? Pour qui ? À bien voir, ce supposé ancrage dans la réalité quotidienne des populations permet à peine au député de prendre la mesure des problèmes à régler au niveau parlementaire. Aucun électeur ne doit s’émouvoir que « son » député joue aux abonnés absents dans la circonscription une fois élu. Alors qu’il doit justifier son salaire par ses journées de travail passées en tant que parlementaire, le député, par trop sensible aux réprobations de ses commettants, finit par se signaler à quatre mariages et un enterrement dans la localité.

Et l’affaire, de toute évidence, ne peut que se corser lorsque le député se voit confier une responsabilité ministérielle. De la gestion globale du portefeuille à sa fonction au plus haut niveau de l’exécutif en passant par les missions à l’étranger, l’on peut s’interroger sur l’importance et l’efficacité de son action dans la circonscription.

Tout compte fait, une circonscription électorale n’est pas plus qu’un territoire géographique. Elle meurt de sa plus belle mort au soir de la proclamation des résultats sous les derniers hourras de la victoire qui s’estompent. Le pouvoir local – le seul avec un vrai mandat administratif – reprend en main la vie de la cité. Rendez-vous au prochain scrutin, mais d’ici là, ne vous en faites pas : ni votre banquier ni votre percepteur d’impôt, et encore moins votre facteur ne vous demandera le nom de votre circonscription. De toute manière, passé quelques jours, vous peineriez à vous en souvenir, encore moins du fameux numéro qui y est attaché et, pis, de l’identité de ceux qui en auront été détachés pour siéger à l’Assemblée nationale.

Il est tout à fait inapproprié de prétendre qu’on « habite » une circonscription ou que, par exemple, l’Université de Maurice se trouve dans la circonscription No. 7 et l’aéroport SSR au No. 12. Nous ne sommes que des noms inscrits sur des listes électorales réparties dans des centres de vote pour faciliter le scrutin. Cela, bien que l’exercice puisse s’avérer plus fastidieux au No 5 avec ses 83 candidats qu’au No. 16 (où le bulletin de vote ne comporte que 28 candidats).

Donc, « Messieurs, mesdames les députés, vous êtes à présent des élus parlementaires, votre place est au Parlement. Et que les affaires de la cité soient à nouveau confiées à ceux qui en sont les dépositaires ».