La nouvelle a fait l’effet d’une petite bombe politique en cette fin d’année électorale. Lors de la fête de fin d’année du MMM, Paul Bérenger aurait annoncé son retrait et celui de Navin Ramgoolam de la politique. Ainsi, au lieu de dire et de répéter que ce sont les instances mauves qui décident démocratiquement du choix de leur leader, c’est celui qui occupe ce poste depuis des décennies qui aurait décidé de s’en aller.

De son propre chef. Comme pour démentir ses adversaires — dont les derniers transfuges sont parmi les plus virulents — qui affirment que le leader des mauves est boulonné à son poste. Donc, le leader des mauves a compris que, comme dit la chanson, il faut savoir quitter la table et il faudrait l’en féliciter. Mais il y avait tout de même une chose bizarre dans cette nouvelle : que Paul Bérenger annonce aussi le retrait de la politique de Navin Ramgoolam, ce que ce dernier refuse depuis les deux dernières défaites du PTr aux élections, malgré des tribunes l’invitant à le faire. Depuis quand est-ce que le leader du MMM, qui avait refusé de faire une alliance électorale avec le « PTr de Navin Ramgoolam », parle-t-il en son nom ? Pour bien comprendre cette annonce, il a fallu écarter les titres, résumés et raccourcis des radios et aller lire le compte rendu de la presse écrite. Et là, on a appris que l’annonce de Paul Bérenger était au conditionnel et se lit comme suit : « Si c’est dans l’intérêt supérieur du pays Navin Ramgoolam et moi-même devons nous retirer comme Premiers ministres éventuels. » Sans préciser qui déterminera l’intérêt supérieur du pays et quand ce double retrait annoncé pourrait avoir lieu. Comme quoi en politique il faut se méfier des bombes qui ne sont, en fait, que des pétards fisettes !

La Plateforme militante, ou ce qui en reste, a aussi organisé sa fête de fin d’année. C’est quoi la Plateforme militante ? Mais enfin, rappelez-vous : ce sont des membres du BP et du CC du MMM qui ont quitté le parti mauve « pour aller faire de la politique autrement ». Ils avaient été rejoints par d’autres ex-MMM qui, eux, avaient déjà quitté le MMM pour former le Mouvement patriotique qui s’était « cassé » en deux. Tandis que Françoise Labelle et Steven Obeegadoo juraient allégeance au MSM et à Pravind Jugnauth, le MP se scindait encore une fois en deux pour se retrouver et au PTr et au MSM.

Avec Alan Ganoo réussissant l’exploit d’annoncer qu’il se ralliait au PTr dans la matinée pour rejoindre le MSM quelques heures après ! Ces ex-MMM passés au MSM semblent heureux d’avoir été élus et nommés ministres — et bientôt ambassadeurs. Steven Obeegadoo n’arrête pas de montrer sa joie en souriant lors des cérémonies de remise de clés de maison, longuement filmées par la MBC. Comme on dit en créole Si li pa ti énan zoreil, so sourire ti pou faire le tour so figure !

Au moment de leur changement de parti, que leurs adversaires avaient qualifié de transfugisme, on avait pensé que l’électorat mauricien qui, en théorie, n’aime pas les « venders » allait leur donner une correction lors des élections. Cela n’a pas été le cas pour deux d’entre eux, élus en tête de liste dans leurs circonscriptions sous leur nouveau symbole électoral. Bien sûr, leurs adversaires affirment que ces résultats ont été aussi obtenus par des stratégies et des méthodes douteuses. On a même parlé de distribution de cadeaux par des hommes d’église pratiquant plus le noubanisme que la défense des valeurs spirituelles. Mais le fait brutal est que pour une partie de l’électorat — comme pour des politiciens d’ailleurs — le transfugisme n’est plus considéré comme une trahison, mais comme une valeur politique positive. Faut-il inscrire ce fait dans l’intention déclarée de ces ex-MMM de « remoraliser la vie politique ? »

Il semblerait que les comptes du réseau social Twitter des plus hautes personnalités du pays et celui du gouvernement ont été piratés. C’est ce qu’a reconnu très officiellement le communiqué annonçant les décisions du Conseil des ministres de vendredi dernier en démentant la nomination d’un consul en France. Le problème c’est que la nouvelle avait été annoncée par un communiqué émanant de la présidence et que le Premier ministre avait réagi en félicitant le nouveau nominé. Le tout sur des comptes Twitter officiels. Il est vrai qu’avec le nombre de nominations effectuées ces jours-ci, celle démentie par le Conseil des ministres de vendredi aurait pu passer inaperçue. Il est vrai aussi que l’actuel gouvernement mauricien n’est pas très regardant sur les nominations diplomatiques, mais tout de même : nommer un citoyen belge pour représenter Maurice en France ! Ce qui est aussi extraordinaire dans cette nouvelle c’est que Mauritius Telecoms, dont la rapidité pour faire suspendre ou bloquer des comptes ou des sites critiques contre le gouvernement pendant la campagne électorale, ait laissé passer ce que le communiqué du Conseil des ministres qualifie comme étant une « fake news ». Est-ce que cela veut dire que la cellule spéciale, encadrée par des experts étrangers, qui espionnait les réseaux sociaux pendant la campagne électorale a été dissoute ?