Revenant, hier, sur la déroute du PTr/MMM lors du scrutin législatif du 10 décembre dernier, Paul Bérenger soupçonne Navin Ramgoolam d’avoir eu, tout au long de la campagne électorale, un “hidden agenda”: s’assurer que l’alliance rouge/mauve n’obtienne pas une majorité des trois quarts et surtout que le PTr compte plus d’élus que le MMM.  Ce qui, à en croire le leader du MMM, aurait, alors, éventuellement pu servir de prétexte au leader du PTr pour agir à sa guise après les élections comme, par exemple, remettre en question le projet de réforme électorale, ainsi que celui de la IIe République visant à un rééquilibrage des pouvoirs du président de la République et ceux du Premier ministre.
Paul Bérenger qui intervenait à l’assemblée des délégués du MMM devait, d’abord, déclarer une fois encore, que le MMM respecte le choix de l’électorat et accepte “sans amertume” les résultats des élections. Il a aussi, une nouvelle fois, souhaité “bonne chance” au nouveau gouvernement même s’il se dit “inquiet” pour le pays.
Le leader des mauves soutient avoir clairement laissé entendre aux militants réunis lors de la dernière Assemblée des délégués du MMM pour entériner l’alliance PTr/MMM après la rupture du Remake 2000 que cela n’allait pas être “la fin du monde” si ces derniers optaient pour que le MMM affronte, seul l’électorat.
« Aucun d’entre nous n’était amoureux des travaillistes, mais il y avait, assure-t-il, une grande crainte que si le MMM allait seul aux élections, le PTr et le MSM se remettent d’accord en vue d’une nouvelle alliance communale”. Toujours est-il que, selon Paul Bérenger, même si le MMM aurait pu gagner, seul, les élections dans le cadre d’une lutte à trois, il aurait été, par la suite, difficile à son parti de gouverner, seul, le pays “dans la stabilité”.
Le leader du MMM soutient que l’alliance avec le PTr a été, finalement, conclue sur la base d’un programme précis sans que son parti ne renie le moindre de ses idéaux. Il y a eu, explique-t-il, “épuration” du côté travailliste avec la mise sur la touche des ministres les plus controversables. “Nous n’avons, à aucun moment, explique-t-il aussi, cautionné les scandales du règne travailliste qui ont surgi préalablement à la conclusion de l’alliance PTr/MMM”.
Sans vouloir, explique Paul Bérenger, être “wise after the event”, le MMM s’est trompé sur l’impopularité de Navin Ramgoolam ainsi que sur la “capacité du leader du PTr de commettre des gaffes”. Pour lui, en effet, alors que le chef de file des rouges se devait de faire preuve “d’humilité”, ce dernier n’a fait qu’accroître son impopularité “par son arrogance”.
« Gaffes ou stratégie calculée? »
Citant, une fois de plus, l’ultime “gaffe” de Navin Ramgoolam avant le scrutin, le leader du MMM trouve qu’en présentant la réforme électorale comme étant le gros appât qu’il avait lancé pour capturé le fameux requin, le leader du PTr sous-entendait, quelque part, qu’il ne croyait pas réellement dans la nécessité d’une telle réforme. Ce qui a rendu impossible la bonne marche de la campagne électorale, selon Paul Bérenger.
Citant, notamment, la publication très tardive du manifeste électoral “qui a failli être publié après le scrutin”, le leader du MMM s’insurge qu’aucune décision durant la campagne ne pouvait être prise, selon lui, sans l’aval de Navin Ramgoolam : “Nous avons eu tort de croire en sa capacité de tenir parole et de faire de Maurice, comme nous le souhaitions, un pays phare”.
Et Paul Bérenger de se poser, a posteriori, cette question: “Ces gaffes étaient-elles, réellement, des faux pas magistraux ou, plutôt, une stratégie calculée avec un hidden agenda visant à prévenir au PTr/MMM une majorité des trois quarts et faire que le PTr se retrouve, après les élections, avec un nombre supérieur d’élus que le MMM?”.
Tout en indiquant ne pouvoir répondre catégoriquement à cette interrogation, le leader du MMM déclare, néanmoins, être de plus en plus tenté de ne pas accorder le bénéfice du doute à Navin Ramgoolam. C’est ainsi que Paul Bérenger réaffirme que l’alliance PTr/MMM a, d’abord, perdu les élections en raison des “gaffes et de la stratégie” de Navin Ramgoolam.
Le leader des mauves concède, toutefois, qu’à la lumière de cette grave défaite électorale, le MMM a sa part d’autocritique à faire. Le fait, par exemple, d’avoir “accepté” que Michaël Sik Yuen soit candidat à Curepipe / Midlands. “Même s’il est vrai que les deux candidats MMM ont estimé qu’il était le moins mauvais choix, nous n’avions pas le droit, en tant que militants, d’accepter une telle candidature à l’opposé même de ce que nous représentons”, estime après coup Paul Bérenger.
« Je suis très emmerdé, envers Navin Ramgoolam (…), puis
envers moi-même”

Le leader du MMM parle aussi de “dérapages qui ont sauté aux yeux” au niveau d’un certain nombre de circonscriptions. Pour lui, de compromis, le MMM a cédé à des compromissions. Aussi, Paul Bérenger estime qu’il convient de reconnaître ses torts. De tenir compte d’un certain nombre de critiques, mais, bien entendu, pas celles des “anti-MMM primaires”.
« Ceux qui me connaissent savent que je ne me décourage jamais », explique Paul Bérenger comme pour démentir ce qui a été, ces derniers jours, rapporté par un confrère. “En revanche, ce qui est vrai, c’est que je suis, une fois encore, très emmerdé: d’abord, envers Navin Ramgoolam, puis envers nous-mêmes, les dirigeants du MMM, puis encore, envers moi-même…”.
Le leader des “mauves” dénonce, à ce stade, ce qu’il estime être la “lâcheté” d’un petit nombre de ceux qui, après avoir, dans les instances dirigeantes, voté pour l’alliance avec les travaillistes lors de votes à bulletins secrets se permettent, dit-il, maintenant, des commentaires ici et là. “Ceux-là, prévient Paul Bérenger, se sont déjà disqualifiés pour assumer des responsabilités dans les jours à venir”.
Il confirme qu’il a consenti d’assumer pour l’instant le poste de leader de l’opposition et de garder son poste de leader du MMM en attendant les élections de renouvellement des instances dirigeantes du MMM prévues le 8 février de l’année prochaine lors d’une Assemblée spéciale des délégués mauves.
Les militants présents hier à la salle des fêtes de la mairie de Quatre-Bornes ont, après débats, approuvé à l’unanimité d’une part, que le nombre d’élus au plan national pour siéger au Comité central (CC) du MMM passe de 20 à 30 et que, d’autre part, le Bureau politique (BP) de ce parti comprenne, dorénavant, 20 élus choisis par les 50 membres que comprendra, dorénavant, le CC plutôt que 16 jusqu’ici.
Paul Bérenger a expliqué, à cet effet, que ce changement dans le nombre de membres élus au niveau de ces deux instances dirigeantes du MMM vise à contrebalancer et à diminuer le nombre de membres que le leader de ce parti est autorisé, selon la constitution du MMM, à coopter. Le délai maximal pour faire acte de candidature à un siège au CC a été fixé au 7 janvier.