Derrière les actes inqualifiables de l’illustre inconnu du MSM accessoirement député du N°10 Kalyan Tarolah, un vrai sujet, celui du bribe et du chantage à l’emploi dans les services de l’État et des organismes parapublics. Un vieux phénomène, une corruption qui, au fil des années, est devenue dangereuse pour la démocratie. Celui qui est encore un PPS de la République a fait miroiter un job à Mauritius Telecom à une jeune fille, qui a été jusqu’à révéler ses courbes et jusqu’à recevoir des clichés de la langue et des parties intimes de Kalyan Tarolah. Retour sur une perversion malsaine qui n’a que trop duré.
Dans les années 1970, pour essayer d’endiguer un chômage croissant post-indépendance, le gouvernement avait inventé le concept d’un travail sur quatre jours pour les demandeurs d’emploi qui consistait à intervenir sur des chantiers où la main-d’oeuvre peu qualifiée était requise. Ce programme mis à exécution par la Development Works Corporation s’attira très vite la triste appellation de « quatre jours à Paris ». Pourquoi celle-ci en particulier ? Parce que les bénéficiaires, des agents politiques, étaient comme en vacances, assis au bord de la route à ne rien faire, tout en étant rémunérés des deniers publics.
Le programme, très critiqué, laissa graduellement la place à des recrutements politiques ciblés, des ministres travaillistes pour la plupart distribuant ou inventant des jobs dans les services publics pour les agents de leur circonscription respective. Malgré le coup de semonce de 1976 qui vit la consécration du phénomène MMM et sa victoire au scrutin de cette année-là, l’embauche partisane dans le public va se poursuivre sous le gouvernement PTr-PMSD culminant avec le scandale de 1982, à mettre à l’actif du PTr, les bleus ayant entre-temps pris le large.
Le chômage est au plus haut : 90000 personnes sont sans activité. Sir Seewoosagur Ramgoolam, qui avait eu son premier avertissement en 1976 et qui avait rafistolé un arrangement de la dernière minute avec le PMSD pour empêcher l’arrivée aux affaires des mauves, redoutait la prochaine échéance électorale. Pour essayer de faire face à l’inéluctable, il introduisit une politique d’embauche de pas moins de 20 000 personnes dont le travail, comme annoncé, était de procéder au nettoyage des lieux publics dans les quatre coins du pays et de défricher terrains et berges de rivières. Des clichés de longues files d’attente des aspirants travailleurs vont faire le tour du pays.
20 000 visas  pour le « karo kann »
Le bribe électoral était grossier et ce qui devait arriver arriva. SSR et ses laquais du RPL, composé de quelques cadres bon teint du secteur privé et son Eliezer François récupéré du PMSD, furent balayés par le premier 60/0 de l’histoire. Dès son installation, le gouvernement MMM-PSM, dirigé par Anerood Jugnauth, instituait une commission d’enquête sur le recrutement de 20000 chômeurs avant les élections.
Le juge Rajsoomer Lallah conclut sans équivoque que ces emplois étaient complètement illégaux et expressément créés en fonction des élections. Pour faire court, il s’agissait tout simplement d’un cadeau visant à influencer le vote des électeurs. Des poursuites avaient été un temps envisagées, avec pour objectif de faire invalider l’élection de ceux visés par le rapport Lallah, mais comme ils étaient tous dans karo kann et que c’est l’électorat lui-même qui leur avait réglé leur compte, point de suite à cette sombre affaire.
Ceux qui avaient pu penser que ce coup de tonnerre aurait provoqué un assainissement des moeurs politiques vont lourdement se tromper. Le MSM et ses nouveaux partenaires que sont le PTr et le PMSD vont, au contraire, affiner le système. Il sera moins visible que les 20 000 emplois factices créés, mais ils perpétueront la pratique du bribe à l’emploi pour obtenir des soutiens. C’est de cette époque que datent les listes bloquées soumises à la PSC, d’où étaient exclus les habitants de certaines régions urbaines de la capitale en particulier, selon un mode opératoire d’exclusion ethnique.
C’est dans les années 1990 que l’on invente une nouvelle astuce pour contourner la Public Service Commission (PSC) : les pouvoirs délégués de la PSC aux ministères eux-mêmes pour recruter dans l’urgence dans des secteurs comme la Santé ou l’Éducation. C’était la porte ouverte à tous les abus et à toutes les discriminations. Il n’était pas rare à l’époque de croiser des candidats du gouvernement avec des contrats d’embauche, juste pour acheter le vote des électeurs.
La Macarena pour un poste à MK
Le phénomène va prendre une nouvelle tournure après 1995. Une alliance PTr-MMM enregistre un second 60/0. Mais la différence de culture entre les deux partis va vite tourner au clash.  Un’incident survient à deux mois de la rupture de l’alliance gouvernementale.
C’est Week-End qui révèle la nouvelle qui va déclencher une véritable tempête dans le pays : le 31 mars 1997, il y a une petite soirée dans un bungalow à Albion. Sont présents le Premier ministre Navin Ramgoolam, le député Iqbal Mallam-Hasham, son frère Nash, ami personnel de longue date du chef du gouvernement qui l’installe à la direction d’Air Mauritius, Farouk Hossen, autre intime du PM et un ami des Mallam-Hasham, M. Jookhun, et cinq belles jeunes femmes qui se donnent en spectacle et qui improvisent des numéros de danse, dont la très célèbre Macarena, pour le plus grand bonheur de leurs hôtes.
Celles qui étaient venues déployer leurs plus beaux atours dans l’espoir de décrocher un job d’hôtesse à Air Mauritius avaient certes tapé dans l’oeil du directeur de la compagnie et de ses amis, mais quelques-uns d’entre eux avaient entrepris de faire passer d’autres examens d’aptitude à ces demoiselles. Certains finiront par prendre peur de leur proposition de pratiques peu orthodoxes et s’enfuir sur la plage.
C’est ainsi que l’affaire s’était ébruitée. Et qu’elle avait révélé un tout nouveau procédé de recrutement dans des organismes publics, faire chanter et danser contre promesse d’embauche, une méthode que Kalyan Tarolah a “perfectionnée” et modernisée en plus “dépouillée” avec ses clichés très personnels sur WhatsApp.
Le système, lui, continue à faire son chemin. À la partielle de 1999 à Beau Bassin/Petite Rivière, il n’y a pas que la distribution de billets de banque, les tempos, les tickets de cinéma et les cahiers d’école à l’effigie du candidat proposé par le PTr-PMSD Xavier Duval, mais aussi l’embauche des habitants de la circonscription. Tous ces travers figurant dans la désormais fameuse pétition électorale de la candidate battue du MMM, Françoise Labelle.
Invalidation d’Ashock Jugnauth
S’il semble y avoir une petite pause entre 2000 et 2004, et que l’on enregistre que des emplois de quelques recrues manuelles dans les municipalités et ailleurs, la dernière année du mandat de l’alliance MSM-MMM va être marquée par l’affaire des Health Care Assistants, un peu plus d’une centaine, embauchés sur pouvoirs délégués de la PSC par le ministère de la Santé dirigé par Ashock Jugnauth.
Il est reconduit dans son fief du Numéro 8 aux élections générales de juillet 2005. Raison de plus pour que l’affaire ne s’arrête pas là. Raj Ringadoo, qui est le seul candidat travailliste à être resté sur le carreau dans cette circonscription, décide de contester l’élection d’Ashock Jugnauth sur la base du bribe électoral. Les faits sont accablants, les recrues viennent essentiellement du N°8 mais aussi du N°11, alors la circonscription de Pravind Jugnauth.
Comme le leader du MSM est déjà dans le karo kann, les travaillistes lui épargnent la procédure et ils se concentrent sur l’oncle Jugnauth. Ils finissent par obtenir l’invalidation de son élection devant la Cour suprême, laquelle devient suspensive, son avocat Anil Gayan donnant avis d’appel devant le conseil privé, qui confirmera le jugement en 2008, ce qui avait provoqué la partielle de mars 2009.
Ceux qui avaient pensé que cet épisode-là allait apporter un peu de méritocratie et de transparence dans la politique de recrutement dans les services de l’État vont une nouvelle fois déchanter. Que ce soit à la MBC, dans les casinos et dans la police, pour ne citer que ces organismes, il n’est pas rare de constater que ce sont les agents et familles proches du Premier ministre venant du N°5 et des ministres qui sont privilégiés.
Quelle meilleure confirmation que celle venue de la bouche du PPS Dhiraj Khamajeet qui, lors d’une réunion, affirme, face à des partisans, qu’ils n’ont rien à craindre puisqu’il y a des listes rouges qui sont envoyées à la PSC. L’affaire fait grand bruit. Elle est même référée à l’ICAC, mais elle est classée sans suite. Autant dire que le phénomène des embauches partisanes se consolide.
Nettoyage de  la “cleaning unit”
Lorsque Nando Bodha succède à Xavier Duval au Tourisme en 2010, il se voit contraint de faire fermer la cleaning unit de la Tourism Authority après la découverte que la plupart des recrues directes venant de la circonscription N°18, celle du leader du PMSD. N’a-t-il pas lui-même annoncé le jour de son élection en décembre 2014 la réintégration d’un de ses agents notoires Ziad Goomany au National Empowerment Fund d’où il avait été renvoyé par Kadress Pillay pour participation à une réunion de Lalians Lepep à Quatre Bornes ?
Le changement de gouvernement de décembre 2014, loin d’avoir apporté le moindre changement dans cette pratique antidémocratique, l’a au contraire accentuée. Mauritius Telecom a beaucoup recruté dans la circonscription de Pravind Jugnauth, mais aussi ailleurs. Ivan Collendavelloo et Anil Gayan, au grand dam de leur propre collègue Sangeet Fowdar, assument totalement l’embauche de leurs agents au CEB, à la CWA et dans les services qui relèvent de leur responsabilité, tout en renvoyant de malheureux travailleurs manuels des municipalités au motif qu’ils sont des agents politiques.
Et dire qu’ils avaient promis la méritocratie, la transparence et les chances égales, et qu’ils feraient même filmer les entretiens d’embauche de ceux qui font acte de candidature auprès de la PSC et de la Disciplined Service Commission. Il faut peut-être commencer par afficher sur le site de ces organismes mais aussi celui de la Local Government Service Commission et dans les Citizens’ Advice Bureaux les noms des candidats, leurs qualifications et leurs adresses et, ensuite, ceux qui ont obtenu un emploi. Ce serait un bon début. Mais ce ne sera certainement pas demain la veille !