Les câlins, ce sera pour après. Confinement oblige, certains amoureux vivent leurs relations à distance, n’habitant pas sous le même toit. Séparés par la pandémie du Covid-19, ils nous racontent comment ils cultivent leur amour dans ces conditions.

Sophie, 27 ans, est en couple depuis quatre ans avec Bryan, un policier. En cette période de confinement, il était clair pour cette habitante de Pointe-aux-Sables que sa relation amoureuse allait être mise en suspens. “On ne se voit pas du tout. Il travaille tous les jours jusqu’à fort tard et vu qu’il est en contact avec le public, nous avons pris la décision de rester chacun chez soi pour éviter tout risque de contamination”.

Cédric et Fabiola

Cédric vit également le confinement forcé loin de sa petite amie Fabiola, une étudiante. “On avait l’habitude de se rencontrer régulièrement. On se contacte par téléphone, mais ce n’est pas comparable. De plus, je dois respecter les heures qu’elle consacre à ses devoirs”, explique l’habitant de Castel. Cette distance entre compagnons, Crystelle en a quelque peu l’habitude. Elle et Antoine ne se voient en temps normal que le week-end. Cette fois, le contexte est bien différent. “Depuis notre rencontre en 2018, on a tout de suite accroché. J’ai un fils de quatre ans qui s’est aussi beaucoup attaché à lui et ne comprend pas cette séparation”, confie cette employée de supermarché.

 

Orélie est en relation avec Nivesh depuis trois ans. “Il habite à Flacq et moi à Vacoas. On a certes l’habitude d’être loin l’un de l’autre, sauf que là, c’est compliqué. Il était parti pour deux mois à l’étranger pour le boulot. A peine une semaine après qu’il soit rentré, le confinement nous tombe dessus”, déplore-t-elle. “Sans compter que monsieur est en télétravail et que la communication entre nous se fait rare”.

Pour leur part, Amanda Nancoo, 25 ans, et son copain Jean-Fabrice Péka, 30 ans, n’habitent pas très loin l’un de l’autre. Malgré cela, les tourtereaux respectent le confinement instauré. Alors que généralement, “tous nos moments libres, nos week-ends, nos vendredis et toute autre occasion, nous les passons toujours ensemble”, relate Amanda Nancoo. “On a complètement craqué l’un pour l’autre depuis un an et demi. Ce ‘lockdown’ strict nous empêche de poursuivre ce qu’on était en train de construire dans notre couple”.

Retrouvailles incertaines.

Beaucoup de couples ont pourtant déjà connu la séparation. Deux semaines, un mois, ou encore plus de six mois. La différence cette fois, c’est qu’ils n’ont pas choisi cet éloignement ; il leur a été imposé. Kaajal G. est mariée à Vimal depuis trois ans. Ce dernier, qui travaille sur le bateau de croisière MSC Seaview, se trouve au Brésil et n’a pu rentrer en raison de la fermeture des frontières mauriciennes. “Le plus difficile, c’est de ne pas savoir quand tout cela sera fini et quand l’on pourra se retrouver”, soupire-t-elle. En effet, si le couple a l’habitude de vivre loin l’un de l’autre pendant longtemps, il y a toujours un décompte, une date de retrouvailles fixée. Avec le confinement, “je vis constamment dans la peur et le stress”, raconte Kaajal G. “Il devait regagner Maurice en mars. Désormais, on ne sait pas quand il pourra être à nouveau à nos côtés”.

Jérôme et Sophie

Jérôme, en couple et fiancé à Sophie depuis cinq ans, considère qu’il s’agit d’un mal pour un bien. “On comprend la situation et on la prend très au sérieux. On se dit qu’il faut suivre les règles du confinement. Plus vite les gens les respecteront, plus vite on pourra sortir et se revoir”. Sophie abonde dans le même sens. “Bien sûr qu’il me manque énormément et j’ai très envie qu’il me prenne dans ses bras, surtout en ce moment. Mais je suis consciente du risque que je lui ferais prendre, à lui et à sa famille, si jamais on se voyait”. Elle préfère aussi relativiser : la distance ne pourra que renforcer son couple, dit-elle. Le couple attend impatiemment de compléter la construction de leur chez soi pour vivre enfin leur vie à deux.

Surmonter la distance

Amanda Nancoo et Jean-Fabrice Péka ont leurs petites astuces pour surmonter

Nivesh et Orélie

l’éloignement. “La séparation n’est jamais simple à gérer et provoque plus de malentendus. Raison pour laquelle nous avons mis en place quelques petits mécanismes. Par exemple, si l’un de nous a un coup de mou ou une crise d’angoisse, il doit en avertir l’autre. C’est une promesse que l’on s’est faite pour éviter de ruminer seul dans son coin”. Fabiola et Cédric ont également mis les choses au clair pour que le confinement se passe au mieux. “On s’est promis des choses sur ce que l’on voulait et sur ce que l’on ne voulait pas pour ce confinement. C’est vraiment important de se servir de cette séparation pour mieux se connaître”.

Chacun dépend largement des téléphones et des réseaux sociaux pour vivre leur amour. “Heureusement qu’on vit à l’époque des technologies”, se réjouit Sophie, qui s’assure ainsi que son copain policier se porte bien. “On se fait tous les jours des appels vidéo, souvent au réveil et le soir pour m’assurer qu’il soit bien rentré. On s’envoie pas mal de messages et de photos de moments de notre journée, comme ça on a un peu l’impression d’être ensemble”. Même schéma du côté d’Orélie et Nivesh, qui privilégient les appels téléphoniques. “On s’appelle beaucoup plus qu’en temps normal, parfois pour ne rien dire. Juste pour s’entendre”. Pour Kaajal, les écrits et les appels sont primordiaux. “Ils nous permettent de continuer à nous soutenir mutuellement”.

Jean-Fabrice Péka et Amanda Nancoo

Jeux en tout genre, séries et films, mots doux… Bon gré, mal gré, ces couples laissent inventent de nouvelles activités à partager à travers leur smartphone ou ordinateur. “On regarde des séries ensemble par écrans partagés”, raconte Amanda. Pour Sophie et Jérôme, c’est “l’occasion de trouver du temps pour jouer à des jeux en ligne, comme le Ludo ou Uno afin de déstresser”. Mais ce confinement représente aussi le temps de revenir à l’essentiel. “On va aussi essayer de se faire des journées ‘off’ sans téléphone, pour mieux se retrouver lorsqu’on s’appelle le soir. Pour avoir un véritable échange”, explique Fabiola.

Mariage reporté

Aurélie et David devaient se dire “oui” le 20 mars lorsque le confinement est entré en vigueur. “Onze ans qu’on est ensemble et plusieurs mois que nous préparons ce grand jour. Le mariage a été reporté à une date ultérieure. On garde le moral même s’il faudra revoir quelques points de l’organisation. Disons que c’est reculer pour mieux sauter. Peut-être que notre mariage sera doublement béni après la pandémie”. Au final, après tout, concluent ces amoureux, “ce n’est simple pour personne mais il faut toujours voir le côté positif. Qu’est-ce que trois ou cinq semaines dans toute une vie ? Le plus important est d’être en vie et se protéger de ce virus. Notre amour n’aura pas de sens si l’autre n’est plus là”.

Kaajal et Vima