Réputées pour lutter contre l’érosion du sable, des lianes de batatran, du nom scientifique Ipomoea pes-caprae, ont été déracinées devant l’établissement hôtelier 5 étoiles The Residence à Belle Mare. C’est le constat effectué depuis deux semaines par Rozario Moutou, un plaisancier de la localité. Inquiet des risques d’érosion qui en résulteraient immanquablement, il a alerté, au nom des habitants de Belle-Mare, la Beach Authority (BA), la Tourism Authority (TA) et le ministère du Tourisme, sans obtenir de réponse jusqu’ici. Déplorant le laxisme des autorités à prendre des actions, il lance un appel aux responsables de l’hôtel The Residence en vue de “stopper ce massacre.”
“Pe rode détruire nou la plage, nou lagon”, dit Rozario Moutou, qui a constaté avec inquiétude que sur une longue distance devant l’hôtel The Residence, des lianes de batatran ont été déracinées, il y a une dizaine de jours, à l’initiative de l’établissement hôtelier. Or, dit cet habitant de Belle Mare, qui se fait le porte-parole d’autres résidents et plaisanciers de la localité, soucieux de leur environnement, ces plantes sont nécessaires à la lutte contre l’érosion. “Batatran, sa meme ki protez nou la plaz sa. Kan ena mové temps, li empess disab grainer. Li enn protection nou disab et li nécessaire”, explique-t-il. Mais depuis mi-janvier, The Residence en aurait décidé autrement en arrachant une bonne partie de ces plantes poussant devant l’hôtel. Des pesticides auraient également été utilisés pour détruire les mauvaises herbes devant l’hôtel, selon Rozario Moutoo, rappelant que ces produits sont terriblement nocifs pour les poissons et les coraux. D’autant qu’avec les dernières pluies, les résidus de pesticides ont inévitablement été déversés dans le lagon.
C’est une atteinte à la nature et à l’écosystème marin, dit Rozario Moutoo, soulignant que c’est la deuxième fois que l’hôtel procède à un tel exercice qui risque de provoquer de graves dégâts à l’environnement. Qui plus est, outre le déracinement des lianes de batatran, l’hôtel aurait aussi, récemment, enlevé, d’un côté de la plage, plusieurs tonnes de sable à l’aide d’une pelleteuse pour les replacer un peu plus loin devant l’hôtel. “Extraction disab li interdit sa! Et là, l’hotel pe tir disab enn côté kot ena l’érosion bocoup et pe remett sa lot coté devan so lotel pou so bann clients”, dit-il. Et de s’offusquer davantage qu’”en vue d’un meilleur accès à la plage pour ses clients, l’hôtel aurait rajouté deux autres marches à un petit escalier donnant directement sur la plage.” “Li pa normal ki fer construction lor disab, avec la mer. Aster, delo vinn craz avek sa perron et dimoun ki passe lor laplaz bizin fer letour”, explique le plaisancier.
Le batatran  limite les problèmes d’érosion
Expliquant que le phénomène de l’érosion gagne énormément de terrain à Maurice, l’océanographe et ingénieur en environnement Vassen Kauppaymootoo rappelle qu’en contrepartie, le batatran figure parmi les plantes résistantes au sel qui poussent sur la zone côtière et dont l’intérêt est de stabiliser le rivage. “À travers sa structure et ses racines qui pénètrent en surface et stabilisent la plage, le batatran permet de limiter les problèmes d’érosion”, dit-il. Ainsi, ajoute-t-il, en enlevant cette végétation du sable, l’écosystème est débalancé et, de ce fait, l’on expose le site à des phénomènes d’érosion importants. L’ingénieur en environnement rappelle, par ailleurs, que l’utilisation des pesticides sur les plages devrait être proscrite car avec la marée montante, ces éléments nocifs se retrouvent dans le lagon et influent sur l’écosystème marin, affectant les poissons et les coraux. Et de rappeler que toute structure sur la plage est une intrusion dans le domaine public. “C’est aux autorités de veiller à ce qu’il n’y ait pas d’empiètement sur le domaine public à ce jour, car même si les hôtels disposent d’un bail délimitant leur propriété des High Water Marks, aujourd’hui, avec le changement climatique, la délimitation des pas géométriques a changé en raison des High Water Marks qui changent constamment”, dit-il.
“Aller aller, pou napli ena la plaz pou nou zenfan si nou laiss bann situation parey perdurer”, disent les habitants de Belle-Mare qui s’inquiètent ainsi du laxisme des autorités face aux risques d’érosion accentués avec le déracinement des lianes de batatran et également les fréquents exercices d’extraction de sable qu’effectuerait l’hôtel The Residence devant son site. À hier, Week-End n’a, cependant, pu entrer en contact avec un responsable de l’hôtel pour avoir sa version des faits. Face à cette situation provoquée par The Residence, selon Rozario Mootoo, les autorités ont été alertées. “J’ai envoyé une lettre au ministère du Tourisme, aux Coast Guards, à la TA ainsi qu’à la BA. Il s’agit d’une menace pour la plage de Belle-Mare. Mais les autorités font la sourde oreille”, déplore-t-il. Si les garde-côtes ont effectué une visite des lieux le 20 janvier dernier, aucune action n’a été prise, s’insurge le plaisancier, regrettant le laxisme des autorités vis-à-vis de l’hôtel The Residence, qui “met notre plage en danger.”