C’est une pratique qui « commence à bien faire ! », déplorent ces médecins du privé. Ils se disent « outrés » par la manière de faire « d’une bande bien organisée qui opère depuis un bon bout de temps. Il s’agit d’un réseau bien établi et rôdé qui a aussi ses connivences avec quelques pharmaciens véreux ». Ces professionnels de la médecine dénoncent des « pratiques frauduleuses concernant des prescriptions illégales qui circulent et qui visent spécifiquement des psychotropes ». De plus, soutiennent-ils, « les pilules achetées ainsi au noir sont revendues au moins 10 fois leur prix normal ».
Au tableau de chasse, les incontournables Xanax, Mogadon ou Valium, mais aussi le Rivotril (en gouttes), Artane, Tramal ou encore le Pregabalin. Les médecins qui dénoncent ces pratiques frauduleuses précisent que « ce sont surtout les psychiatres, par exemple, qui prescrivent des antidépresseurs et des calmants, entre autres, qui sont victimes de ce trafic. »
« La falsification des ordonnances, explique un généraliste du privé, se fait de manière très simple avec les moyens techniques très sophistiqués qui sont désormais à la portée de tout un chacun : il suffit d’avoir un ordinateur, un appareil pour scanner une prescription originale et une imprimante. » Le “forgery”, précisent quelques autres confrères, « est alors un jeu d’enfant. Une fois l’ordonnance originale scannée, à l’aide de logiciels spécifiques, les noms authentiques des médecins sont modifiés… Disons qu’un médecin s’appelle Dr L. Michel. Sur la nouvelle ordonnance remaniée, le nom s’écrit “Dr L. Michelle”. Donc, phonétiquement, cela sonne pareil comme le nom authentique et contribue à ne pas éveiller les soupçons des pharmaciens… »
Selon nos interlocuteurs, « ces fraudeurs vont encore plus loin. Comme on sait que les ordonnances doivent normalement contenir un numéro de téléphone sur lequel on peut contacter le médecin en cas de manque de médicament, il y a effectivement un numéro de téléphone inclus sur l’ordonnance trafiquée. Quand on appelle ce fameux numéro, quelqu’un répond effectivement et dit s’appeler Dr X ou selon le nom établi sur l’ordonnance. » C’est pour cela, estiment ces professionnels de la santé, que « nous sommes conscients que nous avons là affaire à une bande très bien organisée. Ce ne sont pas de vulgaires faussaires qui se limitent à simplement trafiquer des ordonnances. Il s’agit d’un réseau bien organisé avec tout une armada de petits malins qui sont à l’oeuvre, à l’ombre ! »
Les médecins interrogés ont expliqué que « la plupart de ces trafiquants opèrent de connivence avec des pharmaciens véreux. Cependant, il n’est pas exclu qu’ils fassent passer leurs ordonnances trafiquées chez des pharmaciens au-dessus de tout soupçon. D’ailleurs, c’est comme cela que nous avons découvert le pot aux roses ». En effet, poursuivent nos interlocuteurs, « le “modus operandi” est le suivant : un citoyen anonyme se rend dans une pharmacie à l’heure de pointe, quand il y a plein de monde. Il compte sur la pression du travail de ce moment pour profiter du fait que le pharmacien n’accordera pas beaucoup de temps à détailler la prescription. En moins de deux, l’homme ou la femme repart tranquillement avec ses médicaments. Et c’est pour cela que quand le pharmacien, plus tard, va revenir vers la fausse ordonnance, et quand il appellera le numéro pour vérifier ses soupçons, une personne lui répondra qu’il est effectivement le Dr X, ce qui aidera à endormir sa méfiance ».
À ce stade, ces médecins « dégoûtés par cette manière de faire, qui est totalement contre notre déontologie et qui ternit l’image de vrais professionnels de la médecine », comptent « entrer une action en justice ». « Nous allons faire des dépositions à la police. Cet état de choses ne peut durer ». Lançant un appel aux autorités, ces médecins souhaitent que « les services d’inspectorat de la Santé redoublent de vigilance et prennent des actions pour que cessent ces pratiques frauduleuses. »