Ils sont formés pour combattre des incendies en tous genres. Leur mission les amène également à affronter des situations les unes plus dramatiques que les autres. Des membres des Government Fire Services, plus particulièrement ceux affectés aux casernes de Coromandel et de Quatre-Bornes, ont vécu l’éprouvante expérience de porter secours aux passagers de la BlueLine de la Corporation Nationale de Transport 4263 AG 07 accidentée à Sorèze.
En fin de semaine, ces soldats du feu, formés à affronter des situations des plus dangereuses, se remettaient encore difficilement de ce qu’ils ont pu témoigner et de ce qu’ils ont vécu, ce vendredi 3 mai, au virage de Sorèze.  « Se enn aksidan ki pou mark enn pompier pendan tou so lavi. Nous sommes entraînés à affronter des worst case scenarios à n’importe quelle heure de la journée ou de la nuit. Mais la mission de Sorèze est l’une des plus pénibles de ma carrière », témoigne ce sapeur-pompier devenu secouriste et qui n’en était pas à sa première sortie.
Aux casernes de Coromandel, l’alerte est donnée à 9h24. Réagissant aux informations essentielles concernant l’accident communiquées par l’Information Room de la police, un plan d’action est dégagé. Avec les lieux de l’accident sur l’autoroute M1, les responsables des opérations à la tour de contrôle décident d’envoyer sur le front des éléments de deux casernes avec pour mission de s’y rendre dans un minimum de temps.
En 6 minutes, les hommes de Coromandel découvrent la scène d’horreur avec un autobus de la CNT complètement renversé et des blessés de part et d’autre. 2 minutes après, arrivent leurs collègues de Quatre-Bornes.
« Kan nou rentre laba, nou truv enn tas cadavres ti éparpillés partou ek blessés partou partou. Les rescapés lançaient des cris de détresse. C’était choquant de voir des blessés à même l’asphalte à attendre leurs transferts à l’hôpital. Il y avait tellement de blessés qu’au départ, nous nous sommes sentis vraiment impuissants! C’était comme dans un cauchemar. Certes, de par notre engagement et notre sens du professionnalisme, nous n’avions pas le droit de céder à la panique. Si nou mem nou ti panike, bann lezot ki ti pou fer ? », ajoute un des pompiers On Call ce jour-là.
Rapide constat
Devant l’ampleur de cette catastrophe, l’officier responsable des opérations sur le terrain procède à un rapide constat des lieux avant de déléguer ses hommes pour exécuter des opérations de secours spécifiques. Outre des vies humaines à préserver avec des massages cardiaques sur place, l’opération la plus délicate restera la désincarcération du chauffeur du bus, Ganesh Deepchand, prisonnier de sa cabine.
« C’était le moment le plus pénible de toute l’opération. Il fallait le retirer le plus rapidement possible car à cet instant précis, nous ne savions pas s’il était encore vivant où déjà mort. Une véritable course contre la montre… », se souviennent les pompiers qui tentent encore de conjurer la hantise de ce drame.
Une semaine plus tard, le traumatisme vécu est toujours vivant, l’accident dramatique de Sorèze constituant une expérience unique en son genre. « Plusieurs parmi ceux qui étaient sur les lieux ont été confrontés à un état de stress post-traumatique, les jours suivants. Sa bann zimaz-là revine dan latet kan dimoune rekoze sa are nou. À ce stade, nous n’avons pas encore bénéficié de suivi, mais cela devrait intervenir surtout pour nous remettre en confiance », font comprendre des sapeurs-pompiers, interrogés par Week-End.
De son côté, le Deputy Chief Fire Officer Dhurumrajsing Seesahye confirme que des suivis psychologiques seront prodigués, si besoin est. « Quand vous passez par ce genre d’expérience, où l’émotion a été à son comble, les images peuvent rester dans la tête. Les pompiers peuvent être affectés même si nous sommes entraînés pour contrôler nos émotions. Un psychologue suivra de près ceux ayant le plus grand besoin », ajoute-t-il.
Les sapeurs-pompiers dépêchés sur les lieux avaient également d’autres missions que de porter secours aux blessés. Vu les risques d’incendie avec le mazout dans le réservoir de l’autobus accidenté, une équipe de pompiers était sur le pied d’alerte pour une intervention à tout moment. D’ailleurs, avant que l’autobus ne soit retourné sur ses roues à l’aide d’une grue géante, les pompiers ont sécurisé le véhicule en l’aspergeant d’eau sur les parties les plus à risques.
L’expérience accablante vécue à Sorèze sera intégrée au programme de formation des sapeurs-pompiers, qui sont entraînés à offrir toute une gamme de secours de diverses natures. À Maurice, les responsables des Government Fire Services ont ciblé 7 types de catastrophes: cyclone, inondation, tsunami, tremblement de terre, glissement de terrain, high waves et période de sécheresse. « Pour chaque catastrophe, nous avons une formation spécifique et très poussée en vue d’optimiser notre capacité de réaction. Des exercices de simulation ont été également effectués à cet effet. L’objectif pour chacune de ces missions est de sauver des vies », soutient Dhurumrajsing Seesahye.
Comité de haut niveau
D’autre part, le service des sapeurs-spompiers s’est engagé dans une campagne de sensibilisation à l’intention de la population concernant ces 7 types de catastrophes. Un site web est prévu avec des informations relatives et des précautions à prendre lors de ces événements exceptionnels.
Par ailleurs, dans le sillage des inondations meurtrières du samedi 30 mars à Port-Louis et l’accident dramatique du vendredi 3 mai, les Government Fire Services ont institué un comité de haut niveau en vue de revoir les équipements disponibles ou encore de faire l’acquisition de « modern equipment of international standards to cope with such situations in the future. » Des actions seront initiées sur la base des recommandations de ce comité.
Dans une réponse écrite à l’Assemblée nationale, mardi, le ministre des Administrations régionales et responsable des Fire Services, Hervé Aimée, a ajouté qu’en terme d’équipements, « the  Fire Services Department possesses equipment such as floating pumps, portable pumps, ropes and lines to be able to deal with operations such as rescue and evacuation of water in specific circumstances during flooding. These equipment have proved so far to be effective but with the acquisition of modern equipment in the future, the Department will be able to intervene more efficiently during disasters. »
Par ailleurs, à ce jour, le Turntable Ladder Lorry, immatricuilé 9 RM 13, qui a nécessité des investissements de l’ordre de Rs 35 millions, n’a pas été mis à l’épreuve car « the type of fire incidents that have occurred has not warranted its use. » Cet équipement qui peut atteindre une hauteur de 32 mètres est basé aux casernes des pompiers de Coromandel.
La formation dans l’utilisation de cet équipement sophistiqué devrait toucher une quarantaine de sapeurs-pompiers. À ce jour, une dizaine ont réussi aux différentes épreuves alors que les cours de formation se poursuivent. « This team posted at the Aerial Firefighting and Rescue Unit is continuing daily practices to remain in a state of preparedness and alertness to intervene promptly and effectively. These Officers are also following an established programme of continuous training », a ajouté le ministre Aimée, mardi, en réponse à une interpellation du député Deven Nagalingum.