Alors que les travaux sont en phase finale dans le lagon de Trou d’Eau Douce, plus précisément dans les chenaux Lièvres et Levrettes à proximité de l’hôtel Touessrock, les pêcheurs de la localité crient à l’injustice. Lors d’une rencontre improvisée à la suite de la conférence de presse qu’ils ont tenue jeudi dernier, ils ont demandé au ministère de l’Environnement d’ordonner l’arrêt des travaux, estimant que le desensablement entamé depuis une quizaine de jours par le groupe Sun ne se fait pas dans le respect des conditions de l’EIA Licence octroyé à l’établissement par l’Environnement en 2004. Vendredi, une vingtaine d’entre eux se sont pacifiquement rendus avec leur bateau devant l’hôtel et tenté d’entamer une négociation. Toutefois, après consultation avec les autorités, ils ont fait parvenir une lettre à la direction du Touessrock, soulignant les doléances qu’ils souhaitent aborder lors de la rencontre urgente qu’ils réclament de l’hôtel. Rencontre qui devrait avoir lieu cette semaine.
Depuis la fin de la semaine écoulée, les pêcheurs de Trou D’eau Douce et Grande Rivière Sud Est se mobilisent contre les travaux de désensablement entrepris par Sun Resorts dans les chenaux Lièvres et Levrettes en face du Touessrock. Ils s’élevent contre le fait que, contrairement aux règlements, leur voix n’ait pas été prise en compte par l’établissement avant d’entreprendre ces travaux qui touchent leur gagne-pain.
Lors d’une conférence de presse, jeudi, leur porte-parole, Dev Bhugaloo, a fait ressortir que Sun Resorts n’a eu aucune consultation avec la communauté des pêcheurs de la localité avant d’entamer ces travaux. Il souligne que selon les règlements, un permis EIA est accordé à condition qu’il n’y ait aucune protestation dans un délai de 30 jours. Or dans ce cas, l’EIA Licence de Sun Resorts date de 2004. D’où les doutes émis par les pêcheurs concernant la validité de ce permis, huit ans après.
« Peser gagn dimal »
Ils indiquent avoir fait part de leurs doléances à la direction de l’hôtel lors d’une rencontre qui a eu lieu fin juillet, alors que les travaux avaient déjà démarré. Le représentant de l’hôtel leur aurait assuré une nouvelle rencontre. « Mé travay la pé continié et rencontre là pa pé vini mem », disent-ils.
Dans une correspondance envoyée au ministère de l’Environnement et celui de la Pêche, ils indiquent que ce site est riche en ressources marines et en algues qui permettent aux pêcheurs de receuillir des appâts pour leurs activités professionnelles. Mais avec ces travaux, la vie est devenue plus difficile, disent-ils. « Peser gagn dimal », soutenant que le désensablement avec la drague suceuse nuit à l’écosystème marin. Dev Bhugaloo indique que « nous ne sommes pas contre les travaux, mais cela ne doit pas se faire au détriment des pêcheurs. »
Il déplore que Sun Resorts n’ait pas effectué de nouvelle demande de permis comme prévu dans l’article 9 de l’EIA Licence qui stipule: « Any modification or extension of new components in connection with the project shall require authorization of this Ministry and a fresh EIA may be requested. » Qui plus est, soutiennent les pêcheurs, alors que les conditions imposent à Sun Resorts d’effectuer les travaux entre 6h et 18h, le groupe opérerait également durant la nuit. D’où leur demande pour l’arrêt immédiat des travaux. Pour les pêcheurs, la réouverture de cette zone, décrétée No activity zone depuis 2008 éviterait tous ces soucis d’ensablement. En redonnant le droit aux bateaux d’y circuler, un mouvement des eaux serait ainsi créé et le Passage Grand Courant ainsi que les chenaux Lièvres et Levrettes retrouveraient rapidement leur cours habituel.
Aval des autorités
Sollicité pour une réaction sur les doléances des pêcheurs et les nombreux points qu’ils soulèvent, dont celui relatif au permis EIA de 2004, Clyde Vacher, responsable de la communication du groupe Sun Resorts, indique que le groupe hôtelier a été informé par le ministère de l’Environnement des représentations des pêcheurs selon lesquelles les travaux de dragage nuisent à leurs activités. Il soutient avoir eu une rencontre fin juillet pour leur expliquer la nature des travaux et la méthode employée. « Si ce permis date de 2004, il s’agit en outre d’une permis faisant suite à la demande de l’hôtel pour un regular maintenance de Lièvres et Levrettes Channels », dit-il.
Selon lui, il est clair que les travaux peuvent être effectués quand c’est nécessaire suivant la permission de l’Environnement et autres autorités concernées. Il précise également que dans le cadre de ces travaux, l’hôtel soumet un Environment Monitoring Plan (EMP) au ministère de l’Environnement à chaque fois qu’il y a des travaux. Selon Sun Resorts, un premier dragage a été effectué en mai 2005 dans les deux chenaux. Quelque 8000 m3 de sable avaient alors été enlevés. En juin 2006, il y a eu un suivi et l’EMP a été remis au ministère, apprend-on, alors que d’autres travaux, prévus en 2008, n’ont jamais abouti.
En 2011, après les pressions exercées pour le désensablement du Passage Grand Courant entre l’île aux Cerfs et l’îlot Mangénie, les discussions ont redémarré entre le ministère de l’Environnement et Sun Resorts. Le groupe hôtelier, sommé de rétablir le Passage Grand Courant, a alors décidé de faire d’une pierre deux coups, proposant que parallèllement aux travaux de maintenance entre l’île aux Lièvres et l’île aux Levrettes, pour lesquels il détient un EIA Licence, des travaux de désensablement de la même nature soient entrepris du côté de l’île aux Cerfs.
L’Environnement: « Ce litige concerne les pêcheurs et l’hôtel »
Au niveau du ministère de l’Environnement, on fait ressortir que le litige soulevé en fin de semaine relatif aux travaux de dragage dans le lagon de Trou d’Eau Douce concerne Sun Resorts et la communauté des pêcheurs. Toutefois, après les doléances des pêcheurs jeudi au ministère de l’Environnement, ce dernier a fait parvenir un courrier à Sun Resorts l’après-midi même, l’informant de la situation et lui demandant de tenir une rencontre urgente avec les principaux concernés. A ce stade, souligne l’Environnement, il est satisfait de la manière dont les travaux sont effectués. En cas de non-respect des conditions imposées, il assure qu’il agira en conséquence. L’Environnement indique qu’en ce qu’il s’agit du desensablement du Passage Grand Courant entre l’île aux Cerfs et l’îlot Mangénie, pour lequel les pêcheurs ont émis des interrogations quant à la nécessité d’un  permis EIA, « ces travaux concernent le reinstatement de la passe et des plages érodées. Il ne s’agit pas d’un nouveau travail, et ces travaux seront entrepris suivant les conditions imposées par le ministère. »
Négociation financière: Sun Resorts ne se prononce pas
On apprend qu’après la tentative pacifique de rencontre des pêcheurs vendredi avec la direction du Touessrock, ces derniers ont obtenu qu’une rencontre se fasse cette semaine. Ils ont fait parvenir une lettre à la direction de l’hôtel, l’informant des différents points qu’ils souhaitent aborder durant cette rencontre, dont celui de leur manque à gagner en raison de ces travaux d’ensablement qui détruisent les ressources marines et autres algues utilisées pour leurs activités professionnelles.
Ils indiquent souhaiter une solution concrète à cette situation « through a financial compensation that will satisfy all parties in the interest of one and all. »
Clyde Vacher indique que « nous avons été mis au courant d’une demande supplémentaire des pêcheurs pour des éclaircissements relatifs à l’impact environnemental de ces travaux. Nous comptons les rencontrer la semaine prochaine, dès que nous aurons obtenu les informations réclamées. » Concernant la négociation financière que réclament les pêcheurs, Sun Resorts n’a pas souhaité, à ce stade, se pronconcer.
Selon nos informations, durant l’après-midi de vendredi, les officiers du Centre de Recherches d’Albion ont effectué une visite du site pour attester des dires des pêcheurs. Les prélèvements effectués dans le lagon par les plongeurs seront examinés et les conclusions transcrites dans un rapport qui devrait être soumis cette semaine au ministère de la Pêche.
Passage Grand Courant: les travaux démarrent en fin semaine
En attendant, les travaux dans les chenaux Lièvres et Levrettes sont parvenus en phase finale. A hier, la drague suceuse aurait déjà quitté son emplacement dans le chenal à proximité du Touessrock pour être dirigée vers le Passage Grand Courant de l’autre côté du lagon. Les travaux dans cette partie du lagon devraient démarrer cette semaine. Depuis une semaine, le restaurant Paul et Virginie situé sur l’île aux Cerfs est fermé aux clients, alors que le Bar Sands et le restaurant Masala sont encore ouverts.
Sun Resorts indique que certaines zones de l’île aux Cerfs et l’îlot Mangénie, où seront effectués les travaux de désensablement et de reprofiling, seront hors d’accès pendant quelques jours. Les opérateurs touristiques devront donc déplacer temporairement leurs activités sur quelques mètres. Selon nos informations, la durée des travaux s’étalera sur un mois, le temps pour la drague suceuse d’enlever quelque 15 000 m3 de sable qui seront replacés sur la plage de l’îlot Mangénie.