Dès qu’une nouvelle équipe de conseillers se retrouve à la mairie, elle se croit obligée d’imaginer quelques actions éclatantes qui remporteraient, croit-elle, l’enthousiasme du public.
Alors que la population espère une ville enfin propre ; des trottoirs sur lesquels enfin on puisse marcher sans se tordre la cheville ; que maisons et terrains abandonnés cesseront enfin d’abriter des gens peu recommandables… la population, donc, assiste, médusée à un assaut d’originalité : rambardes devenues tricolores, alors que grises, elles se fondent avec le gris des trottoirs et de l’asphalte. Où donc se trouve le progrès ?
Un mot semble fasciner les décideurs (municipaux, nationaux) : Développement. Sous une forme unique, plaire au public, le faire consommer. Et que l’opération rapporte des sous au Développeur.
Curepipe possède un endroit unique : le Trou-aux-Cerfs. Tous les touristes se régalent de cette curiosité et de la vue panoramique du pays. Un site naturel, paisible, beau. De huit heures à midi, l’Europe et l’Asie y envoient de nombreux représentants.
C’est insuffisant, ça manque de vie ! On va développer ! On va installer des échoppes d’artisanat, et bien sûr, des gâteaux et glaces de toutes sortes. Ça bourdonnera de bruits divers, ça sera jonché de déchets malodorants, ça restera sale toute la journée et les chiens se réjouiront.
Développer, selon cette vision, équivaut à croissance économique. Croissance économique équivaut trop souvent à détruire, taillader les espaces naturels, élever du béton… On peut aussi développer l’esprit, développer le sens esthétique : faire aimer la beauté du génie humain, le culturel : musique, architecture, peinture…
On vous donne une île de beauté, vous en faites un chantier hideux… Au secours, Georges Ah Yan !