Désiré François revient avec Matante. Un album toujours aussi coloré et musicalement riche qui sera présenté lors d’un concert le 22 septembre au Domaine Izi. L’interprète de Dipain Griyé s’épanche sur son nouveau projet, ses motivations pour la reprise de Ti Madam La ou encore sa vision du séga en 2018.

Presque deux ans après la sortie de Pa Badine, vous revenez avec l’album Matante. Comment est né et a évolué ce nouveau projet musical ?

Une pensée m’a un jour traversé l’esprit : je devais me lancer dans un projet différent des autres au niveau musical. Sur Matante, plusieurs changements sont visibles au niveau des musiciens, des arrangements musicaux et des collaborateurs. Nous avons travaillé avec de nouveaux studios et nous nous sommes lancés sur de nouvelles expériences musicales, par exemple sur certaines mélodies. Sega pou rest sega, sa pa pou kav sanze. Mais comme vous le remarquerez, je présente un titre en français, un reggae et plusieurs ballades. Au-delà d’un changement, ce sont des petits bonus que j’ai voulu apporter pour enrichir l’album.

Vous êtes l’auteur et compositeur du titre Matante, qui parle de fléaux sociaux. Quel est le message que vous avez voulu passer à travers cette chanson qui marche déjà très fort depuis le début de l’année ?

Je suis né et j’ai grandi à Cassis. J’ai été exposé depuis très jeune à bon nombre de fléaux et constaté de visu comment la drogue s’est répandue au sein du quartier, au temps où le Brown Sugar venait d’être introduit dans l’île. Depuis cette époque, j’observe la souffrance de parents dont les enfants sont touchés. Rien n’a changé aujourd’hui, au contraire la situation semble plutôt s’aggraver avec des jeunes de moins de 15 ans qui fument des substances chimiques. Derrière, ce sont les parents qui souffrent. En parlant de Matante, je parle d’une dame qui a trois enfants, et dont l’un se drogue. Et nous savons très bien comment cela chamboule l’harmonie familiale. Cette souffrance permanente a été mon inspiration pour rédiger ce texte.

D’autres thèmes sont aussi présents tels que l’abandon, la séparation, le culte de l’argent, etc. Vous nous dépeignez la société telle quelle. D’où ce besoin de toujours interpeller sur ces maux ?

Depuis mes débuts je dénonce beaucoup de choses pour conscientiser les gens sur le fait que la réalité est en face et que nous ne voyons rien. Même si on les voit, trouver des moyens de s’en sortir est compliqué. Pour ma part, c’est MA solution d’exprimer ce que j’ai au fond du cœur.

Pourquoi ce choix d’une chanson en français sur cet album ?

C’est une chanson composée par Evelyne (Ndlr : épouse et manager de Désiré François) depuis cinq ans. J’ai composé la mélodie et placé les paroles. Depuis toujours, j’entretenais le désir de me lancer dans l’interprétation d’une chanson en français mais ne maîtrisant pas la langue, cela m’a pris du temps pour la chanter comme je le voulais. J’ai dû apprendre en travaillant sur la prononciation de chacun des mots. En l’enregistrant, nous l’avons fait écouter à plusieurs amis dans le milieu comme Mario Ramsamy et Davy Sicard. L’un m’a conseillé de la chanter en kreol et l’autre m’a demandé si j’étais sûr de mon choix. Ça m’a beaucoup fait rire… Comme j’étais déterminé, j’ai appris. Plusieurs essais ont été nécessaires avant que je ne sois satisfait et que je sente les paroles couler en moi.

Quels sont les critères que vous privilégiez avant d’accepter d’interpréter un texte ?

Il faut que le texte ait un message et que les paroles me conviennent. Attention, je ne viens pas dire que certains auteurs écrivent n’importe quoi, mais si ce n’est guère une de mes idées, ce n’est pas la peine. Ici kot nu ete, separation, Marlène et des titres d’amour comme ceux présent sur l’album sont des types de textes qui me parlent.

En effet, ce que nous retenons de vous, c’est une certaine consistance dans votre style depuis 1993 avec Séparation à Matante en 2018. Pensez-vous, en tant qu’artiste, qu’il vous faudra à un certain moment vous réinventer pour perdurer dans l’univers musical ?

Ma direction sera toujours la même. Comme je le dis, je chante pour le public et non pour moi. En interprétant une chanson, je ferme souvent les yeux et visualise comment l’assistance la reçoit. C’est comme un architecte qui conçoit une maison, il projette dès sa création comment elle sera. Raison pour laquelle je souhaite garder ce cap. Vous pouvez me retrouver sur un titre français, ou anglais ou même sur un zouk, mais je serais toujours consistant envers mon public. Le style musical peut changer mais le contenu restera le même.

Vous dites à Scope dans une précédente interview que sans votre public vous n’êtes rien. Comment expliquez-vous cette “fidélité sincérité” de vos fans ?

Comme vous le dites, c’est ma “fidélité et ma sincérité” envers mes fans qui me vaut d’être tant apprécié. Je suis sincère envers moi-même, ma famille, mon public et c’est avec cette philosophie que j’avance. Dès les premières notes d’une chanson, le public sait que c’est Désiré François qui chante.

Est-ce que le séga bouge dans la bonne voie ?

En ce qui concerne les nouveaux venus sur le circuit musical, même s’ils évoluent bien, il leur faut un support pour les soutenir. Sans cela, ils vont certes évoluer mais resteront vagues dans leurs propositions.

Et quels conseils pourriez-vous donner aux chanteurs émergents ?

Il y a des chanteurs qui ne disent pas grand-chose, et si le public s’adapte, je ne peux rien dire… Je ne souhaite pas m’appesantir sur ce débat, du moins pas maintenant. Mais à travers mes chansons je compte bien laisser des messages. Le conseil que je peux leur donner, se ki nou fer lamizik la kalite e bann text ki fer dimounn konpran ki nou pe rod dir. Ki li enn tex lamour ou lanbians, bizin fer sa zefor la sirtou pou ledikasyon nou bann zanfan derier ki pe vini.

L’année dernière, vous chantiez en featuring avec Steve Brunet la chanson Ti Madam La. Après des différends avec son producteur, il n’a plus le droit de la chanter. Quelles sont les relations que vous entretenez à ce jour avec lui ?

Je n’ai vu Steve Brunet qu’en une occasion lors d’une fête familiale. On me demandait alors de chanter cette chanson et j’ai refusé car c’est lui l’interprète. En me rendant sur l’île sœur, j’ai constaté l’ampleur que Ti Madam La avait prise et j’étais sollicité de toute part pour la chanter. En rentrant à Maurice, j’ai voulu inviter l’interprète original avec moi pour se produire à La Réunion, c’est là que j’ai pris connaissance des différends de ce dernier avec son producteur. Les deux avaient une version. Steve m’a dit de chanter la chanson si je le voulais car il ne la chantera plus. Le producteur nous a finalement donné l’autorisation de mettre la chanson sur l’album Matante.

Est-ce que cela vous pose un problème vis-à-vis de son interprète premier de reprendre la chanson sur votre album ?

Oui ! Ça me gênait et j’étais un peu réticent au début par rapport à Steve Brunet. D’un autre côté, si je n’avais jamais posé ma voix sur cette chanson, je ne l’aurais jamais reprise. A La Réunion, c’est très demandé et mon nom marche dessus. Ce serait dommage de laisser mourir une chanson avec une telle capacité, un si beau message où beaucoup de gens se retrouvent.


22 septembre au Domaine Izi

Dans le cadre de la sortie de l’album Matante, un concert de lancement est prévu le 22 septembre au Domaine Izi. De 20h à 2h du matin, le public aura droit à deux heures de live de Désiré François. Les billets sont à Rs 600 et incluent un album en cadeau. De plus, à travers une tombola à Rs 100, deux heureux veinards se verront offrir deux billets d’avion pour assister au concert de l’album à La Réunion. Billets en vente chez Ah Kaye Music Shop (Rose Hill), Dhany Music, New Harbour (Port-Louis), Master Sound (Bambous), Metro Music (Super U Belle Rose et Grand Baie), Power Music Shop (Curepipe). Réservations au 57 22 92 70.