Avec la sécheresse qui perturbe notre approvisionnement en eau depuis quelques années, les experts se sont mis à tenter de trouver des moyens d’avoir de l’eau potable autrement que par les réservoirs et les nappes phréatiques. Il a été suggéré de dessaler l’eau de mer, mais le coût d’un tel projet est toujours très élevé. Quelques hôtels se sont pourtant jetés dans le bain… 
Depuis 2006, après une expérience concluante aux Seychelles, le groupe hôtelier Beachcomber a construit une station de dessalement au Morne pour approvisionner les hôtels Paradis et Dinarobin en eau. Celle-ci a une capacité de production quotidienne de 800 m3. Selon les responsables, elle couvre une bonne partie des besoins en eau des deux hôtels du Morne. “Plus récemment, Beachcomber a procédé à l’installation d’une unité de dessalinisation au Trou aux Biches Resort & Spa. L’hôtel a déjà obtenu le permis EIA pour la station. Le Trou aux Biches Resort & Spa procède actuellement à la demande du permis d’opération. Cette station produira 450 m3 d’eau au quotidien”, précise la cellule de communication du groupe. Le groupe Island Resort s’est aussi mis à dessaler l’eau de mer pour trois de ses hôtels, notamment l’hôtel LUX* Grand-Gaube. 
Procédés
Comme son nom l’indique, le dessalement de l’eau de mer est un procédé permettant de traiter l’eau salée ou saumâtre afin de la rendre potable ou utilisable pour l’irrigation. Cette pratique a été initiée dans quelques pays où les sources d’eau douce sont inexistantes ou insuffisantes. Il existe aujourd’hui de nombreux systèmes de dessalement de l’eau de mer, dont beaucoup ont atteint le stade industriel. Les deux procédés les plus courants sont la distillation et l’osmose inverse.
La distillation consiste simplement à évaporer l’eau de mer en utilisant la chaleur du soleil ou en chauffant l’eau dans une chaudière. Seules les molécules d’eau s’évaporent, laissant en dépôt le sel et les autres substances contenues dans l’eau de mer. Il suffit de condenser la vapeur d’eau ainsi obtenue pour récupérer de l’eau douce.
L’osmose inverse nécessite un traitement préalable de l’eau de mer, consistant à la filtrer et à la désinfecter. Il faut ensuite appliquer à l’eau salée une pression suffisante pour la faire passer à travers une membrane semi-perméable : seules les molécules d’eau traversent la membrane, fournissant ainsi une eau douce. 
Viabilité
Les hôtels qui se sont mis à dessaler l’eau de mer ont considérablement diminué leur dépendance de la Central Water Authority (CWA) pour avoir accès à l’eau potable. “Nous avions un déficit chronique d’eau sur la péninsule du Morne et achetions beaucoup de camions d’eau, en sus de ce que la CWA nous fournissait. Nous avons donc installé la première machine pour arrêter d’acheter les camions d’eau, qui nous coûtaient très cher et sur lesquels nous n’avions aucun contrôle, ni sur la provenance ni sur la qualité. Nous avons aussi pu réduire notre dépendance de la CWA. Ces derniers voyaient se libérer plusieurs centaines de mètres cubes d’eau qu’ils pouvaient distribuer aux villages alentour. Le dessalement d’eau de mer est viable. C’était déjà viable il y a 5 ans et c’est très viable aujourd’hui, avec l’augmentation du coût de l’eau”, soutient Mathieu Rivet, Chief Engineer à Beachcomber. 
Coût et implications
Cependant, ce n’est pas forcément le cas pour la population en général. Chris Ng, Maintenance Manager de l’hôtel LUX* Grand-Gaube, soutient que les deux unités de dessalement du groupe Island Resort ont coûté la bagatelle de Rs 10 millions.
Outre l’énorme investissement dans la mise en place des unités, les produits chimiques nécessaires et le remplacement des membranes spéciales sont onéreux. “Si la CWA continue à vendre son eau au grand public au prix actuel, ce ne sera pas rentable. Plus sérieusement, je ne peux me prononcer car le coût de production de la CWA est secret. Nous ne pouvons donc pas comparer ! Nous savons juste qu’il tournerait autour de Rs 12 le mètre cube, alors que notre coût de production tourne autour de Rs 26 le mètre cube, hors coûts d’investissements. Si nous en restons à ce coût hypothétique, l’installation de stations de dessalement à grande échelle ne serait pas valable. Par contre, elles nous assureraient une fourniture d’eau de qualité constante”, souligne Mathieu Rivet.
Inconvénients
“Il nous faut à chaque fois faire une application pour une licence EIA dont nous appliquons toutes les recommandations, une fois qu’elle est obtenue. Nous en sommes à notre troisième machine et commençons à avoir une assez bonne connaissance de ce qu’il faut faire et ne pas faire pour l’installation comme pour l’opération des machines”, confie Mathieu Rivet.
Il faut aussi souligner que l’Association des Hôteliers et Restaurateurs de l’Île Maurice (AHRIM) a fait de sérieux efforts pour faire baisser le coût, notamment au niveau des tarifs de la CEB et de la CWA.
Outre le coût élevé, d’autres inconvénients se rapportent au dessalement de l’eau de mer. Les besoins énergétiques sont élevés pour certains systèmes. La production d’eau douce à partir d’eau salée implique le rejet de saumures concentrées en mer ou nécessitant d’être injectées dans le sol. De plus, des traces de métaux lourds pourraient s’échapper des installations, selon les experts. Les hôteliers affirment cependant respecter les normes requises en matière de protection de l’environnement.———————————————————————————————————————————
Pays concernés par le dessalement
Selon les estimations, moins de 1% de l’eau potable mondiale est fournie par les 12,500 usines de dessalement réparties dans 120 pays. Elles produisent 20 millions de mètres cubes par jour : 14 millions à partir de l’eau de mer et 6 millions à partir d’eaux saumâtres. Le potentiel de dessalement est estimé à 63% pour le Moyen Orient, 11% pour l’Amérique du Nord, 7% pour l’Afrique et 7% pour l’Europe.