Les derniers chiffres publiés en fin de semaine sur le Website du ministère des Finances confirment une nette progression de l’endettement public au cours du premier semestre de cette année. En effet, le Budgetary Central Government Debtand Public Sector Debt a connu une hausse de l’ordre de Rs 8 milliards de janvier à juin de cette année comparativement à Rs 6 milliards pour la période correspondante l’année dernière. La plus forte augmentation se fait sentir au niveau de la dette étrangère, soit Rs 6 milliards de plus qu’en décembre dernier pour atteindre Rs 41,3 milliards à la fin de juin. Sur le plan domestique, la Banque de Maurice continue à tirer la sonnette d’alarme au sujet de l’endettement bancaire accumulé au cours de ces dernières années par deux secteurs économiques touchés par la crise, soit la construction et le tourisme, pour un montant global de Rs 117,9 milliards à la fin de juin.
Les statistiques officielles du ministère des Finances indiquent qu’au 30 juin dernier, la dette publique était de Rs 206,5 milliards, représentant 58,1% du Produit intérieur Brut (PIB). Pour les six premiers mois de l’année, la hausse a été de Rs 8 milliards contre Rs 6 milliards pour la période correspondante en 2012. En moyenne d’une année à l’autre, la dette publique a connu une hausse de Rs 1 milliard par mois au cours de ces dernières années.
Alors que jusqu’à l’année dernière, la dette étrangère semblait marquer le pas à hauteur des Rs 30 milliards, les chiffres du ministère des Finances à la fin de juin montrent qu’elle a atteint Rs 41,3 milliards, soit presque Rs 8 milliards de plus qu’il y a un an. Pour le premier semestre de cette année, elle a augmenté de Rs 6 milliards.
Des Rs 41,3 milliards de dette étrangère, Rs 37,3 milliards, soit Rs 6 milliards de plus qu’en décembre dernier, étaient classées dans la catégorie de Medium and Long Term Debts, Rs 132 millions dans celle des prêts à court terme et Rs 3,8 milliards sous forme de Long Term Liability – IMF SDR Allocations. La dette étrangère par rapport au PIB a connu une détérioration d’une année à l’autre, soit de 14,3% à 15,3%. Le même phénomène de dégradation est enregistré par rapport aux exportations de biens et services, en l’occurrence 28,8% contre 25,6% en juin de l’année dernière.
Conjoncture économique difficile
D’autre part, la dette locale a progressé de Rs 3 milliards, passant de Rs 140,8 milliards en décembre à Rs 143,9 milliards à la fin de juin dernier. La dette contractée par les entreprises publiques et d’Etat s’est maintenue à hauteur de Rs 21 milliards, le même montant d’il y a un an.
Au cours de ces premiers six mois, le gouvernement a dû débourser Rs 7,2 milliards pour le servicing de la dette publique comparativement à Rs Rs 7,6 milliards l’année dernière. En 2012, le budget consacré au remboursement de la dette était de Rs 16,9 milliards, soit en hausse de Rs 2,8 milliards par rapport à 2011.
Sur le plan domestique, le niveau d’endettement des opérateurs dans l’industrie du bâtiment et du tourisme continue à inquiéter la Banque de Maurice dans une conjoncture économique difficile, que ce soit sur le plan local ou international. A la fin de juin dernier, les crédits bancaires alloués à la construction étaient de Rs 71,9 milliards, soit Rs 8,9 milliards de plus qu’en juin de l’année dernière. De cette somme, Rs 62,5 milliards sont sous forme d’emprunts avec des découverts bancaires de Rs 6,1 milliards.
La situation n’est guère brillante dans le secteur touristique avec une ardoise de Rs 45,9 milliards à la fin de juin, soit Rs 2,6 milliards de plus que l’année dernière. Contrairemnt à la construction, le tourisme a une composante de dette en devises étrangères conséquente de Rs 17,4 milliards alors que les prêts sont de Rs 24,5 milliards.
De ce fait, les crédits bancaires alloués à ces deux secteurs économiques, qui essuient de plein fouet les effets de la crise, représentent 41% de l’enveloppe globale. Craignant une détérioration des créances douteuses avec la persistance des difficultés globales, la Banque Centrale réclame de la vigilance de la part des banques commerciales face à ces secteurs économiques.
A cet effet, la Banque de Maurice a élaboré un Consultation Paper à l’intention des banques avec une série de normes macro-prudentielles en vue de protéger le secteur bancaire contre des risques potentiels. Le gouverneur de la Banque Centrale, Manou Bheenick, met en garde contre les risques d’un financement à l’aveuglette d’une bulle spéculative car “les conséquences de l’éclatement de cette bulle risquent de représenter une potion amère, pas seulement pour les banques, mais pour l’économie et la population en général compte tenu de l’importance des crédits bancaires dans le financement des activités économiques”.
Dans les milieux bancaires, l’on indique que le message du gouverneur de la Banque de Maurice a été reçu cinq sur cinq même si un changement de politique trop brusque à l’égard de ces deux secteurs économiques pourraient précipiter des réactions défavorables en chaîne…