À trois jours du Nomination Day, prévu mardi prochain, deux des trois principaux groupements politiques, le MMM et l’Alliance Morisien, ainsi que plusieurs autres ont déjà présenté publiquement les 60 candidats qui ont obtenu l’investiture pour être sur la ligne de départ aux élections générales du 7 novembre. Vendredi après-midi, un surnombre de coursiers de l’écurie de l’Alliance Nationale – composée du PTr, du PMSD et d’autres éléments politiques – continuaient à tergiverser derrière les stalles de départ. À part les candidats dans la circonscription No 18 (Arvin Boolell, Rama Sithanen, Xavier-Luc Duval), personne ne savait avec certitude les noms des 57 autres candidats qui seront alignés dans les 20 circonscriptions de Maurice. Navin Ramgoolam était annoncé dans la circonscription No 5. Mais on ne sait jamais. Le suspense est maintenu jusqu’à lundi.
Ce qui gêne dans cette façon de faire est que déjà du point de vue des électeurs, une campagne électorale éclair de deux semaines pour choisir les dirigeants pour les cinq prochaines années est à la limite du “free and fair election”. De quel temps disposeront logiquement les électeurs des 60 circonscriptions pour jauger la qualité des équipes présentées par les principaux partis et s’assurer que les candidats sont dignes de confiance ? De quel temps disposeront-ils pour faire la différence entre programme électoral réaliste et promesses électorales populistes et démagogiques destinées à leurrer les électeurs crédules capables de se laisser tenter par des gains à court terme ? Reconnaissons donc que le choix de l’électorat est à la merci des différents leaders avec tous les risques que cela comporte en termes de dynasties politiques. En attendant la toute dernière minute pour nommer ses candidats, le leader du PTr ne contribue ni à l’enrichissement de la démocratie parlementaire, ni à la rupture avec le passé. Il ne fait que consolider sa mainmise sur l’équipe qu’il compte présenter.
Le cardinal Maurice Piat a raison de pointer du doigt la brièveté de la campagne électorale qui est propice à la manipulation des électeurs. Il met en garde contre le risque d’achat direct ou déguisé des votes, le risque que l’émotion et l’excitation prennent le dessus sur la réflexion raisonnable, les cascades de promesses sans lendemain, les insultes et les attaques personnelles. Il exhorte les électeurs à ne pas abdiquer devant leur devoir de voter « sous prétexte que la politique est corrompue ». Il va encore plus loin avec les recommandations suivantes : « Ne vendez pas votre vote au plus offrant pour obtenir des faveurs personnelles ou marginales. Ne vendez pas votre conscience pour des gains personnels mais préoccupez-vous du Bien commun. Votez pour des personnes en tenant compte de leurs compétences et des valeurs qu’ils promeuvent et non pas en fonction du groupe ethnique auquel ils appartiennent. »
En d’autres mots, le cardinal Piat rappelle à chaque citoyen mauricien son droit comme électeur et sa responsabilité dans la vie politique de ce pays tout en suggérant des critères susceptibles de guider son choix. Toutefois, comment ce choix – difficile pour un grand nombre d’électeurs – peut-il être fait en toute sérénité s’il est influencé par la propagande des médias partisans, à commencer par la MBC/TV ? La Hindu House qui accueille ce week-end la fête annuelle de Divali a indiqué qu’elle ne donnera aucune consigne de vote. Souhaitons que les autres associations socioculturelles et socioreligieuses de toutes les confessions en fassent de même !
Les émissions politiques diffusées par les radios indépendantes ainsi que les informations publiées dans la presse écrite indépendante peuvent constituer un éclairage pour les électeurs. De plus, les émissions politiques qui seront diffusées par la radio et la télévision nationale à partir de la semaine prochaine devraient permettre à tous les partis concernés de présenter leur programme. Il reviendra finalement à chacun en son âme et conscience de placer sa confiance dans les dirigeants qui la méritent.

Jean Marc POCHÉ