À l’occasion de son retour au-devant de la scène du PTr, Week-End est allé à la rencontre de Dev Virahsawmy, l’un des dirigeants emblématiques du MMM des premières heures. Il se veut aujourd’hui être l’un des sauveurs et le chantre de l’avenir du PTr où a évolué sa famille dans le passé. Il jette un regard très complaisant sur son “ami” Navin Ramgoolam et ses frasques, s’en prend à l’inertie de SAJ et fait comme souvent le procès des hommes d’affaires mauriciens qui sont capables du pire pour barrer la route à la démocratie. Ci-dessous les dires d’un vétéran qui affirme, sans ambages, que SAJ est devenu “gaga”
Dev Virahsawmy, on vous croyait à la retraite et vous revoilà au PTr. Et vous annoncez d’emblée que vous ne serez pas candidat. L’engagement politique n’est-il pas avant tout celui de servir le peuple ?
Si vous aimez votre pays, vous ne pouvez jamais être à la retraite. Je me suis retiré de la politique active mais j’ai toujours suivi avec attention ce qui se passe dans mon pays. Et en même temps j’ai mes idées et des solutions aux problèmes du pays. Je suis un vétéran mais au niveau de la pensée je suis un des rares à être très avant-gardistes en termes de conception d’idées. Je ne serai pas candidat parce que j’ai été député et je connais les réalités de cette fonction. Dans quatre ans, s’il y a les élections, j’aurai 78 ans. Je ne voudrais pas augmenter la pression sur moi, car j’ai un travail qui n’est pas encore terminé au niveau de la création littéraire et du travail linguistique. La représentation au Parlement est un des moyens de servir. Mais on peut le faire autrement et ailleurs de meilleure façon. Je redeviens actif car nous sommes arrivés à une situation que je qualifie de dramatique, dans le sens où rien ne va plus.
 Rien ne va plus ?
On a beaucoup parlé d’un second miracle économique, mais c’était juste pour leurrer les gens et ils se sont laissés berner. Pour qu’il y ait relance, et je ne parle même pas de miracle, il nous faut la concordance de deux facteurs favorables : interne au pays et externe, ce qui se passe à l’étranger. Tel n’est pas le cas actuellement. En 1983-84, le pays avait à l’intérieur les structures et les lois pour le développement industriel qui furent misent en place par sir Seewoosagur Ramgoolam et sir Gaëtan Duval. À l’extérieur, il y avait des entrepreneurs et capitalistes hongkongais qui cherchaient des havres financiers pour investir. Sir Satcam Boolell et sir Gaëtan Duval ont su les persuader de venir à Maurice. S’il y a eu cette relance, qu’on appelle aujourd’hui le miracle économique, c’était l’oeuvre de ces deux-là qui avaient la vision mais aussi des amis à l’intérieur comme à l’extérieur de Maurice.
 Vous dites que SAJ n’est donc pas le père du miracle économique ?
Il ne l’est pas. Il s’est octroyé un titre qui ne va pas avec sa personnalité. Ceux qui connaissent cette réalité que nous avons vécue à partir de 1983 ne peuvent que rire de ce qu’il avance. Ce que son ministre des Finances Lutchmeenaraidoo a essayé de faire, c’est rendre le pays un peu plus néolibéral, diminuant les taxes qui bloquaient les développements et cela a plu à SAJ.
 Il n’y aura donc pas de deuxième miracle économique ?
Quand on nous parle d’un deuxième miracle économique, la question à se poser c’est: quelles sont les forces à l’intérieur du pays qui puissent occasionner cela ? Y a-t-il des événements en dehors qui puissent aider à ce renouveau économique ? Il n’y en a pas. On est en train de bluffer et de mentir. Mais il y a pire.
 Pire, dites-vous ?
Au lendemain des élections 2014, j’ai été choqué d’entendre SAJ dire que si ça ne tenait qu’à lui, il rétablirait la peine capitale. Ce n’est pas seulement choquant, c’est alarmant. Ensuite, j’ai appris qu’un ministre s’est présenté en Arabie Saoudite comme Minister of Islamic Affairs. La République mauricienne est un État laïc. Cette gaffe internationale est une remise en question de la laïcité de l’État, élément fondamental dans une démocratie moderne. Le Premier ministre n’a pas osé le rappeler à l’ordre. Je vais être franc : je pense que SAJ est devenu complètement gaga. Soit il n’est même pas au courant de ce qui se passe, soit il est au courant mais est incapable d’agir. Je pense cependant que sa santé le bloque et qu’il est physiquement incapable. Il ne faut pas s’étonner qu’il y a deux courants qui s’affrontent au sein du MSM et du gouvernement. Ces tiraillements, c’est incroyable. Quand Bhadain a traité le DPP de monstre, Ivan Collendavelloo est venu le soutenir, mais Pravind Jugnauth le critique. Contradiction mais aussi imbécillité. Comment est-ce qu’un ministre peut dire que le prix du diesel a chuté mais qu’il ne va pas baisser le prix de l’électricité ? Il y a vraiment des valeurs qui sont en train de foutre le camp.
 Des valeurs que l’on prône au PTr et que vous vous y retrouvez ?
Not just jump to the gun. Attendez ! Soodhun a fait mieux. Il a aussi officiellement et publiquement soutenu l’Arabie Saoudite dans son conflit avec l’Iran. Soodhun a fait une déclaration hautement dangereuse qui met en danger la vie de beaucoup de Mauriciens. C’est un grand irresponsable. Autre exemple, on est venu nous présenter le 9-Year-Schooling comme remède à tous les maux. Mais la situation va s’aggraver car c’est transférer tous les problèmes qui sont les causes de l’échec  du primaire au secondaire. Ce sont quelques exemples pour vous faire comprendre mon état d’esprit.
 Pour justifier que vous redevenez actif aujourd’hui au PTr ?
J’ai rejoint le PTr vers la fin des années 1980. Comme je n’étais pas très actif, je me suis concentré sur mes travaux linguistiques et surtout ma création littéraire. Ma mission principale est de construire une langue nationale pour la République de Maurice. Mais voyant ce qui se passe dans le pays, je ne peux pas rester dans ma confort zone à faire un travail à long terme, alors que je suis préoccupé par ce qui se passe tous les jours devant moi. Je reprends mes activités pour aider Navin Ramgoolam et son équipe. J’ai une certaine compétence en tant qu’orateur. Je pense que je peux utiliser mon art rhétorique pour faire passer le message. Je voudrais pouvoir former des jeunes, leur faire comprendre ce que c’est que la politique et comment faire la politique.
 Et cela se passe comment avec les autres rouges ?
J’ai des relations très étroites avec tous les dirigeants du PTr, Navin lui-même, Arvin Boolell, Patrick Assirvaden, Shakeel Mohamed, Rama Valayden, Anil Baichoo Ce sont des amis. On peut ne pas être d’accord, mais on se respecte mutuellement. Je pense qu’avec eux, je pourrai aussi essayer d’influencer l’orientation du parti. Ma priorité cependant c’est d’activer la base du parti et permettre à cette base, dans les régions rurales aussi bien qu’urbaines, d’entrer en communion avec la masse populaire afin de que le PTr devienne l’intellectuel organique du peuple. Un concept très important qui signifie que ce n’est pas un parti qui va attendre la veille des élections pour décider d’organiser, mais qui sera toujours actif at grass root level.
 Quel est l’avenir du PTr à court et long termes ?
Je suis persuadé que dans les mois à venir, le PTr va redevenir le premier parti du pays. S’il y avait une élection partielle à Maurice, que ce soit en ville ou dans les campagnes, je vous assure que le PTr va la remporter. C’est un parti qui a connu des moments difficiles mais qui a relevé la tête. Je perçois dans un avenir pas trop lointain une équipe PTr-PMSD autour de Navin avec Xavier. L’électorat du PTr a un regard très critique vis-à-vis du gouvernement.
 Vous n’avez eu que de bons mots pour le PTr, que vous avez pourtant combattu pendant votre jeunesse. D’abord au MMM que vous avez créé avec Paul Bérenger, puis au MMMSP. Vous avez même soutenu sir Anerood Jugnauth à former le MSM. Pourquoi le PTr alors qu’il touche le fond ?
Moi, je pense que le PTr est en train d’émerger. Effectivement, j’ai combattu le PTr. Mais il faut connaître mon parcours. Je suis le cofondateur du MMM et je n’ai jamais caché mon histoire. Je viens d’une famille PTr. Mon oncle était ministre, mon grand-père et mon père agents rouges. Mais il y avait des faiblesses et des pratiques au sein de ce parti que je n’aimais pas. Le compartimentage ethnique par exemple. En plus de cela, l’attitud,e du PTr et surtout de SSR par rapport à la langue kreol m’offusquait. J’ai participé à la création du MMM et je lui ai donné une partie de ma vie et fait de la prison. J’aurai spu, si j’aimais le pouvoir, profiter de mes compétences et contacts à mon retour pour trouver un bon job. Mais j’ai choisi le combat pour certaines idées, pour un socialisme avancé. Je voulais, sur le soubassement des nos identités ethniques, construire une identité supraethnique, c’est-à-dire nationale, avec laquelle tous les Mauriciens seraient d’accord. Je pensais et je le pense toujours, que la langue mauricienne est une des valeurs fondamentales pour la construction de cette identité et qu’il fallait aussi créer en même temps une littérature de cette langue. Mais quand j’ai découvert qu’au sein du MMM on ne croyait pas en la nécessité de construire cette langue nationale — Paul Bérenger n’y a jamais cru —, pour moi c’était terminé. J’ai choisi le combat et c’était le MMMSP que j’ai dissous pour mieux me consacrer à ma mission de linguiste et littéraire. Quand il y a eu le conflit Bérenger/Jugnauth, encore une fois, si j’avais choisi mes intérêts personnels, j’aurais soutenu Bérenger, on aurait gagné les élections de 1983. Mais j’ai choisi le chemin le plus difficile, celui de soutenir Anerood Jugnauth. Je l’ai fait parce qu’il fallait donner une correction à Bérenger, parce qu’il ne pouvait pas continuer à prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages. Mais très vite, j’ai compris que je ne pouvais pas travailler avec SAJ et ses partenaires d’alors.
 Pourquoi donc avoir quitté SAJ ?
Au commencement j’avais l’impression qu’ils étaient d’accord pour le développement de la langue kreol, de la langue nationale, des valeurs supraethniques, etc. Mais très vite des lobbies ont littéralement encerclé les leaders Jugnauth et Boodhoo, et j’étais devenu l’homme à abattre. Il y a eu une enquête sur moi mais il n’y avait rien contre moi. Je suis parti. Jugnauth a utilisé le PTr parce qu’il voulait rester au pouvoir. Ensuite, il a voulu le détruire et encore une fois, je ne suis pas resté pas avec les forts. Je vais avec les faibles. Aujourd’hui, c’est la même chose.
 u Vous parlez d’une autre époque du PTr. Aujourd’hui le leadership de ce parti est contesté ouvertement. Selon vous, Navin Ramgoolam doit-il rester ou partir après les scandales qui le touchent directement ?
Il y a des gens qui voudraient qu’il parte, mais la majorité des sympathisants et des membres du PTr veut qu’il reste. On parle en ce moment de Navin Ramgoolam comme si c’était un homme à abattre. Il faut savoir qu’avant lui, la République de Maurice était faite de 1,000 km2 de terre. Avec Navin Ramgoolam, Maurice est devenue 2,3 millions km2 de mer. Il a aussi conscientisé, pas totalement, sur le global warming et le changement climatique. Il a contribue au MID…. Il faut voir les bonnes choses qu’il a faites. Par exemple, il y a toujours eu une réticence à faire entrer le kreol à l’école. Lui, il a eu le courage de le faire. Bien sûr c’est un petit pas mais il a ouvert une petite porte. C’est lui seul qui a parlé de la démocratisation de l’économie. Nous avons à Maurice un système qu’on peut appeler apartheid économique. Les gens n’en parlent pas mais c’est la réalité. Nous avons quatre gros groupes qui possèdent 80% de la richesse de Maurice. Navin Ramgoolam a voulu changer cela. Il avait commencé un travail en ce sens. Jugnauth l’a anéanti. Moi, je sens que derrière tout ça il y a un complot pour ne pas permettre la démocratisation de l’économie.
Il y a quand même eu les excès, les coffres-forts, Nandanee Soornack….
Un scandale a toujours deux faces. Parlons de ces coffres-forts. Comment et pourquoi les images de ces coffres ont-elles été diffusées à la MBC ? Un des principes fondamentaux de la justice, c’est la présomption d’innocence. Pour ce qui est de l’argent retrouvé chez lui, tous les leaders politiques savent de quoi il s’agit et ils veulent nous faire croire qu’ils sont des sainte-nitouche. Paul Bérenger dit qu’il n’a jamais eu de coffre-fort ? Aret kouyonn dimounn ! Jugnauth, lui, a reçu beaucoup plus. Il utilise le pouvoir pour faire croire que Navin Ramgoolam est un corrompu. Laissons à la cour de se prononcer. Moi, je fais confiance à Navin, c’est mon ami et je ne pense pas qu’il ait volé. Il ne faut pas oublier qu’il a été dix ans leader de l’opposition et quinze ans Premier ministre. Quant à ses relations extraconjugales, je dis à tous les politiciens, et tous les hommes et femmes de Maurice, d’arrêter de jouer à la vierge effarouchée. Nous savons tous ce qui se passe. Mais là où il y a un point, c’est — si c’est vrai — que ses contacts avec Nandanee Soornack ont permis à cette dame de s’enrichir. Ça c’est condamnable. C’est à la justice de faire son travail.
 Dans le cas où il est condamné, qui pourrait ou devrait le remplacer ?
À ce jour, Navin Ramgoolam est incontournable. Si par malheur une cour de justice le trouve coupable, il va falloir permettre la relève. Au sein du PTr il y a aujourd’hui Arvin Boolell, Shakeel Mohamed, Rama Valayden, Patrick Assirvaden. Il y a Anil Baichoo qui est très fort politiquement. C’est dommage que je n’ai pas vu l’émergence d’une femme charismatique qui pourrait prendre la relève. Pour moi, Navin Ramgoolam a fait 75% de bonnes choses et il y a eu 25% d’erreurs. Il mérite une distinction. C’est Dev le prof qui le dit.
Pour revenir au financement des partis, quel est votre regard sur la pratique actuelle qui continue de favoriser la corruption et que proposez-vous ?
Il y a deux façons de faire de la politique : entrer dans l’État pour consolider ce système néolibéral ou entrer dans l’État pour essayer de changer le système. Navin a voulu changer. SAJ est lui devenu l’agent du néolibéralisme à Maurice. La corruption n’existe pas seulement au niveau de la politique, mais surtout au coeur du système économique. À l’époque, j’avais remporté la partielle de Triolet grâce aux contributions et aux coups de main des militants, des camarades. Au MMMSP on a vécu comme cela. Les petits partis comme Lalit font cela. Mais vous avez vu le résultat ? À l’époque, à la création du MMM, nous allions coller les affiches nous-mêmes. Aujourd’hui, même colleurs d’affiches c’est un business. C’est l’esprit capitaliste qui est entré partout.