La romancière J.K. Rowling, connue mondialement pour avoir donné naissance au personnage mythique de Harry Potter, vendu des millions d’exemplaires de ses livres et suscité l’intéret de millions de cinéphiles grâce à leur adaptation cinématographique, a fait état d’un incident survenu alors qu’elle était en vacances privées à Maurice en 2001 en compagnie de sa famille. Elle déposait jeudi devant la commission d’enquête instituée par le Premier ministre britannique, David Cameron, en marge du méga-scandale relatif aux écoutes téléphoniques par certains journaux anglais à fort tirage. La commission d’enquête, présidée par le Lord Justice Brian Henry Leveson, a démarré ses travaux le 14 novembre et a déjà entendu toute une série de témoins, dont de nombreuses célébrités. 
Appelée à la barre des témoins jeudi, J.K. Rowling, qui n’a pas fait l’objet d’écoutes téléphoniques par la presse, a cependant fait état de nombreux cas de harcèlements et d’intrusions dans sa vie privée et celle de sa famille par les médias britanniques, notamment les journaux et magazines à sensation. C’est dans cette optique qu’elle a relevé l’incident survenu en 2001 alors qu’elle était en vacances privées à Maurice. Avant de raconter ce qui s’était passé dans notre île, J.K. Rowling a eu ceci à dire: « C’est au-delà de tout doute permis que la presse est parfaitement au courant de ma position en ce qu’il s’agit de ma vie privée, de celle de ma famille, en particulier de mes enfants. Ceci étant, je suis d’avis qu’il n’y a aucune justification possible de la conduite de la presse quand on compare ceci à l’intrusion dont nous avons souffert en tant que famille ». 
Et de poursuivre: « In 2001 OK!, the well known magazine specialising in celebrity news, published a picture of my daughter, who was only eight years old at the time, wearing a bikini on a beach whilst we were holidaying as a family. The beach where the photograph was taken was accessible only to residents of a particular hotel resort. It was not accessible to members of the public. Indeed I had chosen the resort because of its private nature and visited it in the low season when I expected it to be relatively quiet. The photograph had been taken without my consent and with the use of a long lens »
Ces photos de Jessica Rowling, alors âgée de 8 ans, publiées par le magazine OK!, étaient les premières jamais publiées dans la presse. J.K. Rowling souligne qu’elle avait rapporté cet incident ainsi qu’au moins 49 autres cas du même genre à la Press Complaints Commission (PCC), instance chargée d’être le chien de garde de la presse britannique. Du reste, le PCC avait, par la suite, épinglé le magazine OK! pour avoir enfreint le code du PCC relatif à la vie privée et la protection des enfants de personnalités publiques des média. 
Otage
Expliquant sa position devant la commission Leveson, J.K. Rowling a fait ressortir: « Je ne peux revêtir une cape d’invisibilité ni en mettre une sur ma maison. Du reste, je ne souhaite pas cela. Mais quand les gens vous épient, vous vous sentez menacé (…) J’ai tout le temps essayé de tenir mes trois enfants de l’attention des média. Mais un jour, j’ai été verte de rage quand ma fille de cinq ans est revenue de l’école avec une lettre d’un journaliste dans son cartable (…) J’ai ressenti un très fort sentiment d’être envahie. C’est très difficile de dire à quel point j’étais en colère par le fait que l’école de ma fille de cinq ans n’était plus un lieu où elle serait en sécurité des journalistes ». La romancière a décrit la période entre 2003 et 2005, soit à la naissance de ses 2e et 3e enfantscomme étant un « siège » de la part des médias et d’être « comme tenue en otage ». 
J.K. Rowling a raconté comment son premier mari, Neil Murray, avait été « interviewé » par un journaliste qui s’était fait passer pour un employé du fisc. Sans aucune méfiance, Neil Murray avait donné des informations confidentielles au faux employé du département de taxes et de constater avec effroi, quelques jours plus tard, que toutes ces informations avaient été publiées dans un tabloïde britannique. La romancière a expliqué très clairement qu’elle ne voulait être perçue comme une personne qui a une vengeance contre la presse. 
Cependant, estime-elle, alors que la popularité de Harry Potter grandissait, elle et sa famille ont été les cibles d’un « autre type » de journalisme, allant même la pousser à quitter sa maison pour fuir la pression de certains média. Pire, elle a allégué que deux copies de son best-seller Harry Potter et le prince de sang mêlé avaient été volés avant leur publication officielle et qu’elle avait dû recourir à un tribunal pour empêcher que le contenu du livre ne soit dévoilé par des journaux. 
« I would like to stress that I do not want to be involved in the inquiry as a result of any personal vendetta against the press. I have none. On the contrary, I acknowledge and support the vital role that the press plays as part of a free and democratic society. As an author, I strongly believe in freedom of expression. I believe that the right to be informed and to share ideas is essential. If I had not been able to freely express my ideas over the years, I would not be in the privileged position that I am today. Furthermore, I would be the last to deny that media interest in my story and my work must have had some beneficial effects on the sales of the first Harry Potter book and every one thereafter. I have never forgotten how I was treated with kindness and respect by some of the first journalists who interviewed me (…) However, as interest in Harry Potter and myself increased, my family and I became the target of a different kind of journalistic activity. The effect on me and our family life truly cannot be overstated. We were literally driven out of the first house I had ever owned (which faced almost directly onto the street) because of journalists banging on the door, questioning the neighbours and sitting in parked cars immediately outside the gate », dit-elle en substance dans sa déposition longue de 33 pages. 
Outre J.K. Rowling, un certain nombre de célébrités ou de personnalités publiques ont déjà été entendues par la commission Leveson, à savoir l’actrice Sienna Miller, l’acteur Hugh Grant; Sheryl Gascoigne, l’épouse de l’ex-gloire du foot anglais Paul Gascoigne; l’ex-joueur de Blackburn Rovers Gary Flitcroft ou encore Max Mosley, l’ancien grand patron de la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA). D’autres personnes moins connues comme Gerry et Kate McCann, dont la fille Madeleine est portée manquante, ont aussi fait état du « harcèlement systématique », voire du « chantage » qu’ils ont subi de la part de certains titres de presse et journalistes. 
Les travaux de la commission Leveson font actuellement l’objet d’une attention médiatique mondiale. Instituée en juillet dernier par le Premier ministre britannique David Cameron, la commission a pour attribution de mener une enquête serrée sur le rôle de la presse et de la police dans le scandale des écoutes téléphoniques ayant entraîné la fermeture de l’hebdomadaire à très fort tirage News of the World du magnat de la presse Rupert MurdochA l’ouverture des travaux de la commission d’enquête, Lord Justice Leveson a lancé cette phrase très forte, qui résume parfaitement la nature de ses travaux et son intention d’aller jusqu’au bout de son enquête: « The press provides essential check on all aspects of public life. That is why any failure within the media affects all of us. At the heart of this enquiry, therefore, maybe one simple question: who guards the guardians? »