L’ébauche d’un nouveau protocole, plus pragmatique, pour l’évacuation sanitaire des Agaléens vers Maurice est prête. C’est ce qu’a déclaré à Week-End la vice-Première ministre et ministre des Collectivités locales et des Îles éparses, Fazila Jeewa-Daureeawoo. La ministre, qui est rentrée de sa première visite (les 24 et 25 septembre) dans l’archipel — dans le sillage d’une tension déclenchée par une lettre de l’Outer Islands Development Corporation (OIDC) où le départ d’Arnaud Poulay (handyman) pour Maurice était exigé après un sit-in —, annoncera aussi le montant d’une assistance financière aux Agaléennes en suivi médical à Maurice pendant leur grossesse. Fazila Jeewa-Daureeawoo, qui se dit convaincue d’avoir pu rétablir la communication avec les Agaléens, ne semble pas contre une “analyse” de ce qui ne va pas dans la gestion de l’archipel par l’OIDC.

Pouvez-vous dire que votre visite a apaisé les esprits à Agalega ?

Depuis mon arrivée au ministère, j’envisageais d’y effectuer une visite. Mais l’occasion ne s’était pas présentée. Cette visite a aidé à établir une ligne de communication et rétablir la connexion avec les Agaléens. J’ai été à l’écoute de leurs requêtes. Un constat de visu a servi à une meilleure compréhension des problématiques dans l’archipel. Cette première ligne de communication doit se poursuivre. D’ailleurs, j’ai laissé mon numéro de téléphone au ministère à tous ceux qui étaient présents à la réunion sur Agalega. Je leur ai demandé de communiquer avec moi s’il y a des problèmes. Ils l’ont déjà fait.

Déjà ? D’autres problèmes ont entre-temps surgi ?

Non. Ils voulaient savoir s’ils percevraient leur allocation (ndlr: pour le débarquement et l’embarquement des marchandises du Mauritius Trochetia). Je les ai rassurés, car la décision pour le paiement a été prise lors d’une récente réunion à ce sujet. Je suis contre le fait de ne pas payer des personnes qui ont travaillé à la fin de leur tâche.

Vous êtes rentrée d’Agalega avec une liste de doléances des habitants…

J’étais dans l’archipel les 24 et 25 courant. Au 26 matin, j’avais déjà convoqué toutes les personnes concernées ici pour voir comment concrétiser les requêtes qui sont réalisables dans le plus bref délai. La révision du protocole d’évacuation sanitaire est prioritaire. Il faut simplifier ce protocole pour éviter des procédures qui font perdre du temps. Il faut que le protocole prône la communication entre toutes les parties concernées, National Coast Guard, OIDC, Resident Manager et ministère de tutelle, dans le contexte d’une évacuation médicale. Quand il est question de la santé de la population, les décisions doivent être prises rapidement et efficacement. J’ai reçu une copie du protocole hier (ndlr: jeudi), j’ai commencé à l’étudier et j’espère que nous allons très bientôt établir un nouveau protocole qui fera l’unanimité.

D’autre part, une autre des priorités sera de dépêcher un médecin permanent pour l’île du Sud. Il y a un dispensaire et deux infirmiers, mais ce n’est pas suffisant. D’ailleurs, avant mon départ pour Agalega, j’avais soulevé la question au Cabinet, lequel avait pris la décision d’envoyer un deuxième médecin à Agalega. Dorénavant, il y aura un médecin et deux infirmiers sur l’île du Nord et idem sur l’île du Sud. Les procédures ont été enclenchées pour l’envoi d’un médecin sur l’île du Sud, nous sommes en train de finaliser son logement sur place et nous espérons qu’il y soit dans le plus bref délai. Il y a eu une demande pour que les collégiens qui doivent traverser la passe en bateau pour aller au collège sur l’île du Nord aient des imperméables. Des instructions ont été données pour les leur faire parvenir. Les femmes m’ont fait part de leur besoin pour un support financier, lorsqu’elles arrivent à Maurice pour leur traitement médical avant leur accouchement. Elles quittent Agalega, leur foyer et leur travail à leur troisième mois de grossesse. Durant leur séjour ici, elles n’ont pas de revenu. Elles m’ont demandé une assistance financière. La semaine prochaine, je communiquerai la décision prise en ce sens.

Et qu’en est-il de la construction et de l’attribution des 50 maisons annoncées ?

Si nous voulons améliorer la qualité de la vie des Agaléens, il faut en effet construire d’autres maisons. La NHDC aura cette responsabilité et il reviendra au ministère du Logement de définir les critères d’attribution. Cela dit, je collaborerai avec le ministère en espérant pourvoir aux habitants des conditions qui leur seront favorables.

Lors de votre visite dans l’archipel, vous avez sans doute pu vous rendre compte des problèmes que pose la gestion des déchets…

À partir de maintenant, il me revient d’organiser une réunion avec les différents ministères selon les problèmes respectifs notés dans l’archipel, notamment l’Environnement pour la question des déchets. Celle-ci est en effet un problème. Néanmoins, l’environnement à Agalega n’est pas pollué.

Cela dit, le démantèlement de l’OIDC figure parmi les revendications des Agaléens. Quelle est votre position sur la gestion d’Agalega par les Agaléens ?

Sur place, je me suis concentrée sur les requêtes que les habitants m’ont soumises. Ils n’ont pas évoqué cette question.

Néanmoins, pensez-vous que l’OIDC soit une bonne administratrice ?

Vous savez, c’est comme pour tout, rien n’est éternel. Ce qui revient à dire qu’il y a des choses à revoir. Il nous faut évoluer avec le temps. Et pour régler ce qui ne va pas, il faut être à l’écoute et prôner la communication. C’est pour cette raison qu’à mon retour d’Agalega, j’ai fait part à l’OIDC que la façon dont elle opère n’est peut-être pas à la satisfaction des habitants de l’archipel. Je lui ai présenté les requêtes des Agaléens pour une analyse dans un esprit d’équipe. Nou bizin kapav donn satisfaksion bann Agaleen ek fer an sort ki zot ere.

Mais n’est-il pas grand temps de renforcer la capacité des Agaléens pour qu’ils participent pleinement au développement de leur île ?

J’ai la ferme intention de leur proposer des formations. J’ai parlé plus tôt des femmes qui viennent en traitement médical à Maurice à partir du troisième mois de leur grossesse. Pendant les mois qui suivent, elles n’ont aucune activité ici. C’est une occasion pour elles de suivre une formation, par exemple, en esthétisme. Et à leur retour dans l’archipel, elles pourraient proposer leurs services. Je ne veux rien imposer aux Agaléens. Je souhaite avoir leur avis sur leurs besoins pour qu’ensemble nous fassions des projets qui leur conviennent.

Comment avez-vous réagi à propos de la lettre expéditive envoyée à Arnaud Poulay par le Resident Manager d’Agalega ?

J’assistais, au Ghana, où je représentais le gouvernement, aux funérailles de Kofi Annan (ndlr : ancien secrétaire général des Nations unies, décédé le 18 août). C’est là-bas que j’ai pris connaissance de la lettre envoyée à Arnaud Poulay. J’ai d’emblée fait savoir que la démarche n’était pas correcte et qu’il fallait y remédier. Il (ndlr : Arnaud Poulay) n’avait pas à embarquer pour Maurice. D’ailleurs, lui et moi en avons parlé et je lui ai expliqué que le but de la lettre n’était pas de lui nuire, mais pour qu’il vienne à Maurice pour s’expliquer. Certes, la lettre n’aurait pas dû avoir été rédigée de la sorte. J’en ai discuté avec l’OIDC et avec tous ceux qui en sont concernés. Cela ne doit pas se répéter !

Arnaud Poulay avait confié à Week-End qu’il craignait des représailles suite à la manifestation. Est-ce que vous lui avez donné des garanties qu’il n’en sera rien ?

Il n’y aura pas de représailles !

Propos recueillis par S.Q.