Alors que certaines régions vivent un développement rapide et bénéficient de l’attention méticuleuse des autorités, d’autres ont simplement été oubliées. Mis à l’écart des nouveaux projets, ces quartiers vivent cet abandon avec frustration tandis que cette discrimination influe sur la qualité de vie des habitants.
Construction d’infrastructures routières, drains et ponts par ici; centres de loisirs, terrains de jeux, foires, ailleurs… Des projets qui font plaisir à ceux qui ont la chance d’en profiter. Il n’est pas rare d’entendre les autorités s’enorgueillir du travail accompli et des millions de roupies investies pour la concrétisation des travaux. Un message que l’on entend fréquemment lors des cérémonies koup riban, qui se font toujours en grande pompe.
Spéculations.
Mais chez les personnes dont les localités demeurent désespérément dans un état lamentable, la grogne et la frustration s’installent. L’incompréhension règne : les habitants de ces quartiers délaissés voudraient bien comprendre les critères qui rendent éligibles ces régions pour des améliorations infrastructurelles. Sans être jaloux du bonheur des autres, ils souhaitent plutôt qu’ils ne soient pas les oubliés du développement et que le gâteau national soit partagé équitablement.
C’est le souhait de Georges Ah Yan. Ce travailleur social de Mahébourg est choqué, en parcourant l’île, de noter le grand bond en avant effectué par certaines régions du nord et de l’est, en comparaison avec le sud et le sud-est du pays. “Je ne suis pas contre le développement. C’est important de le faire, mais il faut que l’argent soit partagé équitablement dans les neuf districts.”
À force de voir autant de millions de roupies être dépensées ailleurs, cela a fait naître toutes sortes de spéculations chez ceux qui se sentent lésés. Comme le fait remarquer un autre travailleur social, Eddy Sadien, certaines perceptions découlent souvent des faits. C’est ainsi que des raisons telles que la couleur politique et la proximité avec le gouvernement sont avancées comme hypothèses.
Régions privilégiées.
Les régions du nord et de l’est sont souvent citées comme étant les plus privilégiées parce qu’elles abritent les circonscriptions du Premier ministre, Navin Ramgoolam, et du vice-Premier ministre Anil Baichoo, qui est de surcroît ministre des Infrastructures publiques. Au gré des inaugurations, ils constatent toutes les transformations qui se sont opérées dans les différentes localités de ces régions alors que les choses avancent comme au ralenti dans d’autres quartiers. Le nord et l’est semblent bénéficier d’un fast track pour faire aboutir les projets, avance même le travailleur social Imran Dhannoo. Il est rejoint par Kashi, un habitant de Surinam. Une évidence qu’il estime difficile de contester, certains faits étant là pour attester leurs affirmations.
Ils sont nombreux à penser que les habitants des régions privilégiées ont le “bon” profil ethnique. Pour Eddy Sadien, il ne fait pas de doute que les habitants des régions rurales bénéficient de certaines facilités et disposent de meilleures infrastructures routières que ceux de certaines régions urbaines. Selon Imran Dhannoo, deux communautés qui étaient proches du MMM ont subi les conséquences de cette proximité avec ce parti politique, notamment dans la région portlouisienne. “Elles ont été négligées à cause de cela. Aujourd’hui, il y a un changement de paradigme.” Pour le travailleur social, il ne fait pas de doute qu’il faut une volonté politique pour amener le développement là où il le faut. “C’est l’État qui doit agir pour le bien-être des habitants.” D’où son souhait d’un système d’urbanisation qui n’encourage pas la présence d’une seule communauté dans une agglomération, afin d’éviter les discriminations envers ces quartiers.
Favoritisme.
Kashi estime que dans le passé, il existait une disparité entre villes et villages, mais qu’on peut la trouver désormais entre un village et un autre. Il cite le cas d’un vieux pont à Souillac, qui est un passage obligé permettant de ne pas faire de grands détours. Un pont plus grand aurait dû être construit à sa place. Un camion tombé en panne à cet endroit a occasionné un grand embouteillage, il y a peu. “Les personnes empruntant cette voie ont dû prendre leur mal en patience jusqu’à ce que l’on débloque la circulation.”
Kashi compare cette situation à celle des habitants de La Laura. Ces derniers n’auront pas à attendre trop longtemps pour avoir un nouveau pont, les fonds ayant été trouvés quelques jours à peine après que l’infrastructure actuelle a été fermée suite à des craquelures. Comme George Ah Yan, il estime donc que le développement dans le sud ne se fait pas au même rythme qu’ailleurs. “C’est frustrant ! Il est clair qu’il y a une grande disparité entre nous et les villages de l’est ou du nord. Le développement se fait au ralenti, contrairement à d’autres régions.” Georges Ah Yan est également choqué par cet état des choses. “Je n’éprouve pas de la colère, mais il semble qu’il y ait favoritisme dans les projets de développement.”
Depo fix.
Mario Edouard, du Mouvement pour le progrès de Bois Marchand, estime que les résidents de la localité sont des laissés pour compte de la société. Constatant lui aussi l’inégalité dans les projets de développement, il déclare que dans un pays multiracial, le développement doit s’effectuer sans aucune discrimination. Il pense que tous les gouvernements qui se sont succédé n’ont fait qu’utiliser les habitants de ces régions pour ensuite les abandonner. Le passage irrégulier des éboueurs fait aussi grincer des dents car les ordures qui s’entassent dégagent de fortes odeurs et attirent les insectes.
L’inertie des résidents de certaines localités est aussi décriée. “Zot kouma bann depo fix”, lance Prem Dookee du Mouvement civique de Vallée des Prêtres. “Peu importe la performance des politiciens, ils vont voter pour le même parti à chaque fois. C’est pour cela que les élus ne se préoccupent pas du sort des habitants de la région.”