Depuis son accession à l’Indépendance, Maurice a connu une croissance économique rapide à plusieurs niveaux. Projets immobiliers, constructions hôtelières et industrielles, nouveaux axes routiers ou Metro Express démontrent que la machine du développement est en marche. Mais force est de constater qu’en matière de développement durable, le chantier avance plutôt sous une pluie de critiques. La faute à un développement précipité, qui se fait souvent au détriment de la nature.

En 2004, la réserve naturelle de la Vallée de Ferney est menacée par le projet d’autoroute devant relier Plaine Magnien à Bel Air. Une décision qui précipite la mise en place de la Vallée de Ferney Conservation Trust, car des études montrent que trois espèces de plantes rares ont trouvé refuge en ces terres. Si le désastre écologique est évité de justesse avec de vives contestations de part et d’autre, combien d’autres projets de construction entachant le patrimoine naturel du pays n’ont pu être freinés ?

Le projet Metro Express en est un exemple flagrant. Selven Govinden, du Kolektif Sov Promenade Roland Armand, souligne que le développement doit ne pas souiller l’environnement. “Lorsqu’on tient compte du symbole qu’elle représente pour le patrimoine, raser cette promenade historique, qui est le poumon de la ville de Beau Bassin/Rose-Hill, avec tous les arbres qu’elle abrite, est un développement tout simplement barbare. Ce genre de sacrifices n’est pas nécessaire.”

La construction du tracé du Metro Express avance à grands coups de critiques et de contestations, mais difficile d’arrêter un train en marche. Manoj Seeborun, de la Falcon Citizen League, ONG œuvrant en faveur de l’environnement, estime que d’autres systèmes plus respectueux de la nature auraient pu être mis sur les rails, “comme celui de choisir de construire sur pilotis”.

 

Arbres sacrifiés.

Manoj Seeborun fait un bilan plutôt sombre des développements arbitraires qui ont fait plus de mal que de bien à notre écosystème depuis l’indépendance, notamment l’abattage systématique de flamboyants et autres arbres centenaires qui bordaient nos routes. On se souviendra comment, en mars 2011 à Mont Choisy, des flamboyants centenaires ont été coupés. La même année, Riche en Eau a été le théâtre d’un scénario identique avec l’abattage de dizaines de Terminalias centenaires. À Trou aux Biches, une cinquantaine de cocotiers de Ceylan centenaires ont laissé place à des blocs d’appartements. La construction de la route Terre Rouge-Verdun “a nécessité le sacrifice de beaucoup d’arbres. Les répercussions sont graves : lors de fortes intempéries, l’eau peine à être contenue. Avec pour conséquence que certaines maisons sont inondées, car les arbres ne jouent plus leurs rôles dans l’absorption d’eau au niveau de la racine. Les plantations sont aussi détruites, ce qui n’était pas le cas dans le passé”, avance Manoj Seeborun.

“Il est temps de légiférer”.

L’océanographe et ingénieur en environnement Vassen Kauppaymuthoosouligne également l’importance des arbres et de l’océan. “Ils sont à la base même d’un écosystème sain. Il est temps aujourd’hui de légiférer pour empêcher l’abattage d’arbres, comme en Australie par exemple”. Il ajoute que “la plupart des humains ont oublié que nous sommes issus de la nature et que nous dépendons d’elle pour notre survie”.

Même si le gouvernement a prévu de réaménager un nouveau parc à proximité de la future station du Metro Express à Rose-Hill, le président de la Falcon Citizen League estime qu’il faut penser à dix fois avant de s’attaquer à un arbre. “Une ou deux heures sont suffisantes pour la couper. Or, même si un parc est en construction, ce n’est pas du jour au lendemain que les arbres deviendront adultes et commenceront à faire leur travail dans l’amélioration de la biodiversité et la réduction de la pollution urbaine.” Vassen Kauppaymuthoo tient à rappeler que “les arbres produisent de l’oxygène, captent le dioxyde de carbone en le transformant en matière organique. Ils filtrent l’air, attirent et servent d’habitats pour beaucoup d’espèces”.

Conscience environnementale.

Selven Govinden affirme que développement et environnement ne sont pas deux notions conciliables. Mais Vassen Kauppaymuthoo estime qu’ils sont conciliables et non contradictoires. “Le modernisme, ce n’est pas seulement gagner beaucoup d’argent, mais c’est aussi vivre dans un milieu de vie sain et agréable, avoir une bonne qualité de vie. Tout est une question de choix sur le moyen et le long terme. Mais il faut commencer à réfléchir sur le long terme, car notre planète souffre et notre civilisation est maintenant directement menacée par les effets de nos choix passés : utilisation des énergies fossiles et destruction de nos écosystèmes, provoquant le réchauffement climatique et l’effondrement des espèces nécessaires à la vie.”

Le progrès et le développement ne devraient pas s’opérer en piétinant notre environnement. Selon Vassen Kauppaymuthoo, nous avons le choix d’être responsables et de nous éveiller à une conscience environnementale qui allie développement économique, intégration sociale et protection, mais aussi régénération de notre environnement. “Le futur passe par cette transition obligée vers un mode de production durable, une économie circulaire. Faute de quoi, nous n’aurons pas de futur.”


Vassen Kauppaymuthoo :

“La conception du développement durable souvent déséquilibrée”

“Le monde a pris une nouvelle tournure avec le Sommet de la Terre de Rio de 1992, qui a vu une réelle transformation de la conception du développement au niveau international avec l’introduction du développement “durable”, incluant les sphères économiques, sociales et environnementales. Cependant, même si la première loi environnementale de notre pays date de 1991 et qu’une nouvelle loi a été mise en place en 2002 avant d’être amendée en 2008 (Environment Protection Amendment Act2008), il semble que cette conception du développement durable a souvent été déséquilibrée, avec un accent sur le développement économique et moins de considération pour les aspects sociaux et environnementaux.”