Que cache le projet Jin Fei que les Mauriciens attendent depuis environ six ans, depuis que le gouvernement a promis que les Chinois allaient investir Rs 25 milliards pour créer une zone économique spéciale à Riche-Terre, créer des milliers d’emplois et produire et exporter des milliards de roupies de produits manufacturiers vers l’Afrique ? Depuis, les 210 hectares de terre prises aux agriculteurs, après maintes discussions et grèves de la faim, restent inoccupées, si ce n’est pour les quelques chèvres qui broutent l’herbe qui pousse en abondance en cet endroit. Le Board of Investment (BOI), pour sa part, refuse de parler de ce dossier.
« Nous leur donnons une dernière chance », a laissé entendre à la presse, il y a quelques semaines, le ministre des Affaires étrangères, Arvin Boolell, laissant comprendre par la suite au Mauricien que le gouvernement n’attendra pas indéfiniment le début de ce projet. « Nous faisons de notre mieux pour que des entreprises chinoises viennent installer leur quartier général sur ces terres. Les gouvernements chinois et mauricien ont aidé énormément dans ce sens. Maintenant, c’est à Jin Fei de prendre les devants et de répondre aux attentes de la population mauricienne », fait-il ressortir. M. Boolell dit espérer que les choses bougent bientôt et que Jin Fei réussisse son projet. « Maurice est prête à aider davantage en devenant un equity partner avec les Chinois », dit-il. Maurice a jusqu’ici investi près d’un demi-milliard de roupies dans les infrastructures routières, dont un rond-point construit entre ceux de Terre-Rouge et de Riche-Terre, pour relier la Nationale à la zone économique spéciale, et qui est toujours source d’inconvénients pour les automobilistes, étant trop proches l’un de l’autre.
Au gouvernement, on a beaucoup vanté ce projet ces dernières années. Le Premier ministre Navin Ramgoolam, ainsi que plusieurs de ses ministres, dont certains encore au Cabinet et d’autres maintenant dans l’opposition, ont tous « vendu » ce projet comme étant très salutaire pour notre économie. Accueillant le président chinois Hu Jin Tao, en février 2009, M. Ramgoolam s’était réjoui du fait que les autorités chinoises aient choisi Maurice, parmi cinq pays africains, pour mettre en place cette zone économique spéciale. Il avait déclaré que ce projet non seulement favoriserait un transfert de capitaux vers Maurice mais également un transfert de technologie et de connaissances dans les domaines de la gestion et de l’entrepreneuriat. Qu’est-ce qui a été négocié entre les deux parties ? Personne ne le sait. « On a beaucoup parlé de diplomatie économique ; on nous avait même dit ki ou kwar, koumsa mem sinwa pou vinn investir kot ou, bizin konn koz ar zot », se rappelle un Mauricien. Un autre, qui possède des terres à Riche-Terre, et qui s’attendait à ce que la valeur de celle-ci augmente grâce à ce « très grand développement industrie promis », est déçu. « On a beaucoup spéculé sur les bénéfices que Maurice tirerait de ce projet mais il n’en est rien », dit-il.
Des agriculteurs ont dû céder les terres de Riche-Terre qu’ils ont occupé pendant cinq à six décennies. Ils reviennent à la charge, n’étant pas satisfaits du non-respect des conditions de leur départ par le gouvernement. Certains d’entre eux réclament même que les terres qu’ils ont cultivées autrefois leur soient restituées « puisque Jin Fei ne vient pas. » Leur représentant Jagdish Goburdhun craint, lui, que ces terres ne soient morcelées et vendues à d’autres parties.
Hormis la déclaration du ministre Boolell, tous ceux qui s’interrogent sur l’accord liant les deux gouvernements à ce projet se heurtent à un mur de silence. Même le Board of Investment (BOI) qui, nous dit-on, doit être au courant des tenants et des aboutissants de tout projet d’investissement dans le pays, ne communique plus. Son Corporate Communication Manager, Haliima Soreefan, a répondu au Mauricien, après plusieurs jours de silence et après avoir pris connaissance de nos questions, que « le BOI a cessé de communiquer à la presse on an ad-hoc basis et toute information concernant l’investissement est canalisée à travers notre bulletin mensuel. » « Nous envisageons d’écrire sur ce projet bientôt mais nous ne savons pas quand », a-t-elle déclaré. Le Mauricien a insisté pour en savoir plus car des fonds publics ont été utilisés pour faciliter ce projet. Le BOI a fait savoir, il y a deux semaines, que nos questions ont été envoyées à son président Maurice Lam à Singapour, « car il est le seul habilité à répondre à la presse. » Nous attendons toujours ses réponses.