Les deux navires de forage ne passent pas inaperçus au large de la côte ouest

Le projet visant à transformer une partie d’Albion en un port pétrolier est de nouveau plus que jamais d’actualité. En attestent des travaux de forage en cours actuellement au large de la station balnéaire et orchestrés par une équipe de spécialistes de Coastal Marine Construction & Engineering Ltd (COMACOE).

La firme indienne procède à une évaluation structurale visant à confirmer le caractère adéquat pour la mise en place des facilités de stockage de produits pétroliers. Cette démarche vient relancer l’inquiétude et la grogne des riverains, nourrissant ainsi le débat autour de l’intransigeance du gouvernement dans son désir de doter ce village de la côte ouest d’un tel hub.

La présence d’une plateforme flottante composée de deux navires de forage ne passe pas inaperçue dans la baie de Pointe-aux-Caves. Amorcée il y a deux semaines, cette étude de faisabilité prendra fin vendredi, selon une source proche du dossier, avant que COMACOE, dont les services ont été retenus conjointement par la State Trading Corporation, Mangalore Refinery & Petrochemicals Ltd et Indian Oil Corporation Ltd, ne soumette un rapport à l’hôtel du gouvernement à la fin de l’année. Dans le cas où les consultants de la firme indienne donnent leur feu vert pour la mise à exécution de ce projet, l’on annonce d’ores et déjà des investissements à hauteur de Rs 9 milliards, dont une subvention de Rs 7 milliards de l’Inde. Elles permettront la mise en oeuvre des facilités de stockage de produits pétroliers d’une capacité de plus de 500 000 tonnes métriques qui inclut des facilités de quai long de 600 mètres.

Cette éventualité a provoqué une vraie levée de boucliers. Ivor Tan Yan, activiste social et syndical du Mouvement Premier Mai et porte-parole du Kolektif Ekolozik Albion (KEA), s’insurge que, « face au spectre des risques environnementaux, personne n’a réussi à convaincre en quoi ce projet peut servir les riverains, surtout que l’on ignore les détails d’une étude de préfaisabilité effectuée l’année dernière. » Il ajoute que « rien ne nous garantit que le rapport que soumettra la firme indienne sera rendu public par le ministre du Commerce, Ashit Gungah, surtout que la detailed feasability study est effectuée dans une zone de coulée de lave unique dans ce coin de l’île. »

Rien ne nous garantit que le rapport  sera rendu public

Du coup, cela sonne un branle-bas de combat au sein de la communauté d’Albion. L’Union Solidarité des Morcellements d’Albion (USMA), une association de quartier formée pour le bien-être du quartier, compte prêter main-forte à KEA pour « sauver le village balnéaire des griffes du petroleum hub. » Selon Ivor Tan Yan, « les membres de l’USMA nous ont accueillis à leur family day dimanche dernier et il en ressort que le silence assourdissant du gouvernement est très mal perçu par les membres. »

En première ligne des différentes manifestations contre le petroleum hub au cours de cette décennie, Jean-Claude Ducasse, qui défend avec conviction ses opinions et prend position de manière argumentée contre l’utilité d’un pôle pétrolier sur le territoire mauricien. Et pour cause, il a travaillé pour la compagnie maritime Mediterranean Shipping Company (MSC) pendant plusieurs années. « Les menteurs patentés diront qu’ils veulent attirer une moyenne de 10% des 35 000 navires qui passent au large de Port-Louis pendant l’année. Or, les armateurs de ces compagnies maritimes ont des contrats fixes ailleurs avec les multinationales pétrolières pour s’approvisionner », souligne le riverain, lequel prend à contre-pied les récents propos d’Ashit Gungah à l’effet qu’« il y a environ 30 000 bateaux qui passent dans la région et Maurice a le potentiel d’en tirer les bénéfices économiques à travers le bunkering et d’autres activités portuaires. »