Elle a 32 ans, quatre enfants et est grand-mère d’une petite-fille de trois ans. Elle les élève seule. Sa vie ressemble sans doute à celle de ces nombreuses femmes qui n’arrivent pas à sortir de la précarité malgré des aides et un logement sociaux. Car, comme l’atteste son quotidien, sans encadrement, il est difficile pour des familles de sortir de la misère. Aujourd’hui, même si elle a bénéficié d’un terrain de l’État et d’une maison, elle ne paye plus ses factures et doit compter sur les autres pour habiller ses enfants.
Les jours qui passent dans la maison de Sandrine (nom modifié) se ressemblent. C’est à Terrasson, où elle a bénéficié d’un terrain il y a quelques années et sur lequel la National Empowerment Foundation, dit-elle, a construit sa maison, que nous l’avons rencontrée. La maison de Sandrine pourrait passer inaperçue dans cette cité où d’autres foyers sont touchés par la pauvreté. D’ailleurs, au départ, ce n’est pas son histoire qu’elle souhaitait raconter. Mais celle d’une autre femme, démunie, dit-elle. Cette femme qui vit pas très loin de chez Sandrine élèverait ses enfants dans des conditions précaires. La précarité, pas uniquement matérielle, se conjugue au quotidien pour ces femmes qui partagent le même sort que Sandrine. Pourtant, cette dernière a aussi besoin d’aide, précisément d’un encadrement pour qu’elle arrive à se tenir debout et assumer pleinement son rôle de chef de famille.
À 32 ans, Sandrine élève seule ses quatre enfants âgés de 15 à 6 ans, ainsi que sa petite-fille de 3 ans. Cette dernière est née alors que l’aînée de Sandrine avait à peine 13 ans. L’adolescente aurait été bernée par un jeune homme qu’elle n’a vu que deux fois. Et depuis la naissance de la petite, sa jeune mère a rangé ses livres et ses cahiers. Inscrite dans un atelier d’apprentissage de la région, la mère adolescente s’est initiée à l’artisanat. Elle y va trois fois par semaine. Celle qui rêve un jour de devenir vétérinaire apprend pour le moment à confectionner des bijoux. Les jours où elle n’est pas en apprentissage, elle explique qu’elle aide sa mère à faire le ménage. Mais dans cette maison où deux pièces en tôle — en mauvais état — et en bois ont été annexées aux deux autres en dur de la NEF, l’entretien est loin d’être de rigueur. L’humidité a eu raison de certains coins. « J’ai rafistolé ma maison du mieux que j’ai pu, et toute seule », nous dit Sandrine. Dans la cour sans attrait et poussiéreuse, des chiens montent la garde. « Ils nous protègent », dit Sandrine.
La vie de Sandrine aurait pu être différente. Si elle avait poursuivi sa scolarité bien au-delà de la Form I et si elle avait été encadrée, elle aurait sans doute connu un meilleur sort. Mais le destin en a décidé autrement. Elle raconte qu’après son mariage et la naissance de ses enfants, elle a découvert l’infidélité de son mari. « Je travaillais dur à ce moment-là. J’étais quasiment la seule à subvenir aux besoins de la famille, alors que lui ne faisait rien pour nous. Il allait travailler, mais rentrait sans salaire. Un jour j’en ai eu assez. J’ai quitté la maison et pris mes enfants », confie Sandrine. Elle s’installe, dit-elle, dans une maison qu’elle loue pendant quelque temps avant de perdre son emploi. Plus de travail, pas d’argent, Sandrine ne paye plus son loyer.
« Une femme comme moi »
« Mon ex-propriétaire était indifférent. Il m’a mise à la porte. Et c’est comme ça que je me suis retrouvée à la rue avec mes enfants sur les bras » explique cette dernière. « Nous avons dormi à la belle étoile, dans un endroit que je connaissais déjà. Pendant la journée je marchais dans la région pour trouver une maison. Pendant mes recherches, j’ai rencontré quelqu’un qui m’avait dit qu’il avait une maison en tôle à Pointe-aux-Sables et que je pouvais m’y installer. Il n’y avait ni toilettes et ni salle de bains, nous devions utiliser les sanitaires publiques. » L’histoire de Sandrine arrive jusqu’au bureau d’un ancien ministre des Terres et du Logement. « Il a été touché par mon cas. »
Elle bénéficie alors d’un terrain et la NEF y construit une maison de deux pièces avec toilettes et salle de bains. Sandrine, qui perçoit une aide sociale pour subvenir aux besoins de sa famille, vendait des légumes pour arrondir les fins de mois. Avec la pension que touche son aînée, également bénéficiaire d’une aide sociale et l’allocation scolaire des enfants, Sandrine perçoit une enveloppe d’environ Rs 6700 par mois. Pas assez dit-elle pour vivre décemment. D’ailleurs, dit-elle, elle compte sur une organisation sociale pour habiller ses enfants et sur des volontaires pour d’autres aides.
La pauvreté n’est pas une excuse pour l’insalubrité. Sandrine dit le reconnaître. Tout comme elle reconnaît avoir été, le jour de notre rencontre, « dupée » par sa cadette qui lui aurait inventé un prétexte pour ne pas se rendre au collège. À l’heure où elle devrait être en classe, l’adolescente, qui gambadait joyeusement dans la cour, a visiblement préféré passer la journée chez elle. Sandrine dit qu’elle l’a crue quand elle lui a dit qu’elle ne se sentait pas bien. Tout comme elle a cru, confie-t-elle, à cet homme, un étranger rencontré sur un réseau social qui, pendant un moment, lui a fait croire que ses jours seront meilleurs à ses côtés. « Je me suis rendu compte qu’il ne pensait pas à ce qu’il disait. Qui voudra d’une femme comme moi avec quatre enfants et un petit enfant ? » se demande-t-elle.
Mais tout en songeant à l’amour impossible, Sandrine pense aux factures d’électricité qu’elle n’a pas payées depuis longtemps. Son ardoise s’élève à Rs 7000. Et depuis un certain temps, elle ne paye plus son loyer de Rs 500.