Il est temps de rallumer les étoiles. En cette période morose, il est temps de parler de choses positives, de choses qui mettent du baume au coeur. Cette semaine, nous avons décidé de raconter l’histoire d’une jeune scientifique mauricienne au parcours exceptionnel. La Dr Devina Lobine est en études postdoctorales à l’université de Maurice où elle travaille sur les molécules de plantes pour tenter de traiter la maladie d’Alzheimer. Déçue qu’il n’y ait pas suffisamment d’investissement dans la recherche à Maurice, elle continue néanmoins à croire au potentiel du continent africain dans la science. Rencontre.

Devine Lobine a remporté le premier prix lors du Audience Choice Award

Pour la petite histoire, c’est un peu par hasard que nous sommes tombés sur cette annonce de Devina Lobine sur sa page Facebook. Elle fait désormais partie de la communauté des jeunes scientifiques du Global Young Academy. Une aubaine pour la jeune mauricienne qui se concentre actuellement sur ses recherches à l’université de Maurice “Je suis une grande passionnée des sciences”, nous dit-elle d’emblée.

La jeune femme croit dans le partage des savoirs et estime qu’il est temps que l’Etat mauricien se réveille enfin pour investir davantage dans la recherche. Raison pour laquelle la trentenaire a décidé de rentrer au pays après ses études doctorales en Angleterre. “Tel était mon souhait. Je voulais rentrer au pays pour encourager les Mauriciens à suivre cette voie”, dit-elle. Néanmoins, la désillusion n’a pas tardé à pointer le bout de son nez à son retour. “J’ai créé un blog où j’indiquais les différentes bourses qui existaient à l’époque pour les jeunes Mauriciens, mais j’ai vite compris que cela n’était pas assez. Pour tout dire, j’ai vite déchanté”, confie-t-elle.

Le potentiel de l’Afrique

Devina Lobine décide alors de prendre les taureaux par les cornes et commence à s’inscrire sur les plate-formes internationales pour se faire entendre. Elle rejoint le Southern Africa Network for Biosciences- NEPAP SANBio, qui finance plusieurs de ses conférences et qui la forme. En 2019, elle rejoint le Africa Science Leadership Programme. Petit à petit, Devina Lobine gravit les échelons et fait découvrir son île et son potentiel au monde entier. A savoir qu’elle a aussi été fraîchement nommée ambassadrice de Maurice au Next Einstein Forum, et nommée au New Narratives Programme du British Council.

Très impliquée dans la recherche, notamment depuis la propagation du coronavirus, elle est en communication avec d’autres scientifiques du monde. Toutefois Devina Lobine regrette qu’il n’y ait pas de chercheurs mauriciens qui puissent eux aussi apporter leur aide au monde. “Et pourtant nous avons le potentiel ! Que l’Etat mauricien réfléchisse sur l’après, qu’il se rende compte de l’importance de la recherche”, lance-t-elle. Détentrice d’un doctorat en Natural Products, et ayant publié 26 travaux de recherches scientifiques, Devina Lobine croit aux bienfaits des plantes : “L’Afrique regorge de ressources, mais sans recherche, ces ressources sont mises de côté ou sinon exploitées. L’Afrique souffre de deux choses : la fuite de cerveaux et le manque de personnes formées adéquatement.” Elle travaille ainsi beaucoup, et ce bénévolement, auprès des jeunes pour les encourager à étudier les sciences.

“La science détient les solutions, mais il n’y a pas assez d’investissement pour permettre aux chercheurs de travailler”, explique-t-elle. “Je connais tellement de personnes, de femmes, qui préparent des concoctions à base de plante, comme le baume du Pérou, mais qui ne sont pas valorisées. S’il n’y a pas de recherches, il n’y aura pas de validation scientifique et ces ressources resteront des remèdes de grand-mère !” Devina Lobine garde espoir et lance un appel aux autorités d’accorder plus d’importance à la recherche, “car nous sommes dans une situation de dépendance face à cette pandémie alors que nous avons de très bons éléments à Maurice.”

Bio express

Devina Lobine détient une licence en Agricultural Biotechnology de l’université de Maurice. “J’ai choisi cette filière, car mon prof de biologie m’avait dit à l’époque : nous entrons dans une autre ère, celle de la mise en application de la biologie c’est pour cela que j’ai décidé de m’inscrire pour ce cours et non pas pour la biologie classique.” Boursière de la Tertiary Education Commission Postgraduate Scholarship du Commonwealth, elle s’envole pour la Durham University où elle complète son doctorat, il y a quelque temps de cela. Entre les travaux communautaires et ses travaux de recherches, l’habitante de Saint-Julien d’Hotman trouve le temps pour des sorties entre amis et pour des randonnées !