PADMA UTCHANAH

L’émotion fut grande en empruntant la rue des Amandiers à Paris, là où l’homme aux multiples talents a marqué les esprits des habitants du 20e arrondissement. Une petite foule aux parfums exotiques s’est constituée devant l’immeuble où a vécu Hervé Masson.

C’est sous la férule du conseil de Paris, de la Maire de Paris, Anne Hidalgo, et de la Mairie du 20e arrondissement que cette plaque commémorative a pu être apposée le vendredi 28 juin. C’est la consécration de toute une vie d’artiste, une reconnaissance à la hauteur de l’œuvre. Je pouvais lire au travers les sourires esquissés des Mauriciens présents à la cérémonie, cette fierté de voir un des leurs s’inscrire de nouveau dans l’Histoire. L’émotion s’exprimait, tel un poème, dans les yeux des enfants d’Hervé Masson. Désormais un pan de l’Histoire de notre île est gravé dans le marbre de la Ville Lumière.

Qu’en est-il du pays natal d’Hervé Masson ? Avons-nous honoré notre artiste mauricien à sa juste valeur en notre pays ? Quelle place réserve-t-on à nos écrivains dans notre société ?

Hervé Masson est un homme complet, artiste-peintre, écrivain et homme politique. Ce Rosehillien côtoie les plus grands intellectuels de son temps, Robert-Edward Hart, Serge Constantin, Marcel Cabon et tant d’autres. Sa plume acérée a contribué dans la lutte pour l’Indépendance de Maurice. Son engagement patriotique l’amène à rejoindre le MMM, et il occupe le poste de rédacteur en chef du journal Le Militant. Hervé Masson, un intellectuel à l’âme politiquement combative, sera incarcéré à la prison de Beau-Bassin pendant l’état d’urgence en 1972.

Padma Utchanah en compagnie de Jacques Masson, le fils d’Hervé Masson, au dévoilement de la plaque commémorative à la mémoire de l’artiste peintre à Paris le vendredi 28 juin

Outre sa passion politique, Hervé Masson a consacré toute sa vie à la peinture. Ses œuvres rencontrent un succès dans les années 50-60 à Paris, où il s’est installé. Les réalisations artistiques de ce Mauricien ont marqué de son empreinte les musées français, tels le musée d’art moderne de Paris, les musées de Sceaux, d’Épinal et de Fécamp.

Comment se fait-il que notre pays ait pu jeter aux oubliettes les œuvres de son propre artiste ?  Combien parmi nos écoliers, collégiens, ou encore étudiants savent qui est Hervé Masson ? N’est-il pas temps d’enseigner l’art de nos peintres intrinsèquement mauriciens dans nos écoles ? Pourquoi ne pas appréhender le cubisme de Masson par le biais des ateliers ludiques et ce, dès la maternelle ?

Il est fort déplorable que l’hommage rendu pour le centenaire d’Hervé Masson n’ait pas eu la même résonance de la part du ministre de la Culture. Aucune plaque, aucune stèle commémorative, aucune célébration… Est-ce ainsi que le ministère de la Culture met à l’honneur l’art ? Pourquoi faut-il toujours que nos artistes et écrivains soient reconnus dans d’autres pays, sauf chez eux ?

J’invite donc le ministre de la Culture à honorer la mémoire de notre peintre mauricien et de mettre enfin en lumière ses œuvres…

Et pourquoi pas une rue Hervé Masson ?