JEAN CLÉMENT CANGY

Souvenons-nous de l’abolition de l’esclavage ! Pour empêcher, comme le dit si bien Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix, que le bourreau ne tue une deuxième fois, cette fois par le silence, et pour que la barbarie de l’esclavage ne se reproduise une nouvelle fois, alors que la diaspora noire à travers le monde continue de souffrir de ses séquelles. Entre 12 et 14 millions d’Africains ont été déportés de l’Afrique en raison de la traite négrière pour être réduits en esclavage aux Amériques (et dans l’océan Indien) sur les plantations de canne à sucre et de coton. La grande instigatrice de ce grand déménagement humain et de la mise en esclavage de millions d’êtres humains dont la caractéristique dévastatrice a été la construction idéologique, raciste de l’infériorité de l’homme noir a été l’Europe. Notons par ailleurs que 4 millions d’Africains ont été également arrachés au continent africain par les Arabes à des dates antérieures. Ci-après les grandes dates de l’esclavage comme établies par les historiens Antonio de Almeida Mendes et Clément Thibaud (in L’esclavage – Éditions Les Arènes-Chronologix-L’Histoire) qui écrivent : « La grande traite transatlantique, avec ses millions d’enfants, de femmes et d’hommes transportés de force d’Afrique subsaharienne vers les Amériques n’éteint pas les déportations d’esclaves noirs vers l’Europe, le Maghreb, le Moyen-Orient, l’Asie ou l’Inde. Mais elle écrit une nouvelle page de l’histoire mondiale de l’esclavage en associant ces migrations forcées, menées, entre 1750 et 1850, à un rythme inconnu jusqu’à lors, et un système de financement et de production où s’invente le capitalisme moderne. Ce « système atlantique » est en place jusqu’aux abolitions du XIXe siècle. Il dégage des profits colossaux en transformant des millions d’individus de tout âge en une force de travail destinée à cultiver les produits tropicaux dont l’Europe raffole : sucre, café, cacao, tabac. Au XIXe, le coton du sud des États-Unis irrigue la révolution industrielle en fournissant les usines textiles du nord de l’Union et de l’Europe. »
8e au 11e siècle – Des Berbères, des habitants du Soudan, des Nubiens, des Éthiopiens, des Somalis et des Zanj sont réduits en esclavage et vendus.
13e siècle – Avec la mise en place de l’Axe Tombouctou-Le Caire, la traite arabe transsaharienne des esclaves africains vers le Maghreb et l’Europe s’amplifie.
1420 – Les navires portugais débarquent sur les côtes de la Mauritanie et du Sénégal et débute le commerce des Africains réduits en servitude avec les marchands africains, arabes et berbères. Malgré la violence de ces rapports, la papauté romaine approuve les initiatives de conquête du Portugal.
1470 – Les Portugais arrivent à Sao Tome.
1492 – Christophe Colomb pour l’Espagne débarque, lui, à Hispaniola, aux Caraïbes. Ces deux îles deviendront « les archétypes des sociétés esclavagistes » et des laboratoires de ce que sera l’économie de plantation. « La culture intensive de la canne à sucre s’y développe grâce à l’afflux massif de capitaux flamands et à l’importation ininterrompue d’esclaves africains. Un marché capitaliste intégré se forme autour du sucre, de l’or et des esclaves », indiquent Antonio de Almeida Mendes et Clément Thibaud. Mais il y eut des révoltes aussitôt qu’il y eut des esclaves. Les plus marquantes ont été celles de Sao Tome en 1520, des Sénégalais à Hispaniola en 1522, de Nat Turner aux États-Unis en 1831, et celle de Saint Domingue (aujourd’hui Haïti) en 1791.
1550 – L’humanité des Amerindiens (christianisés) est reconnue suite à la controverse de Valladolid et leur droit à vivre librement est reconnu, mettant ainsi fin à leurs exactions par les colons espagnols aux Amériques. Les Africains sont dans la foulée qualifiés d’esclaves par nature. Ce qui amplifie la traite des Africains vers les Amériques.
1619 – Des Africains réduits en esclavage débarquent sur l’île de Jamestown en Virginie sur la côte est des États-Unis et aussi au Brésil à San Salvador de Bahia.
1630 – Selon Antonio de Almeida Mendes et Clément Thibaud, « après 1630, les Hollandais, Anglais et Français prennent le relais des Portugais et des Espagnols et financent le développement d’économies de plantation dans les Caraïbes et dans l’océan Indien. (…) Liverpool en Angleterre et Nantes en France sont les grands ports européens du commerce de la traite. ». La traite négrière, des Africains déportés ne connaît pas de répit surtout pour le travail dans les champs, mais aussi pour le travail domestique dans les maisons des esclavagistes. Nos deux historiens notent aussi qu’au 17e siècle « le mot negro (nègre) prend une nouvelle signification : synonyme d’esclave marchandise et d’être dont l’infériorité associée se transmettrait par voie biologique. »
1780-1784 – L’esclavage est graduellement aboli dans plusieurs États américains.
1787-1792 – Back to Africa. Des esclaves libérés aux États-Unis initient le mouvement, retournent en Afrique et fondent Freetown au Sierra Leone. Plus tard (1822-1847) le Liberia est fondé.
1807-1808 – La Grande-Bretagne et les États-Unis interdisent la traite des esclaves.
1833-1838 – Abolition de l’esclavage dans les colonies britanniques. A Maurice en 1835.
1848 – Abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, dont La Réunion.
1865 – Abolition de l’esclavage aux États-Unis.
1888 – Abolition de l’esclavage au Brésil.