Le conseil de district de Grand-Port a finalement, et sans surprise, donné gain de cause au groupe Currimjee, qui a obtenu mardi dernier son Land & Building Permit dans le cadre de son projet de construction d’hôtel cinq étoiles à La Cambuse. Une donne qui n’est pas au goût de tout le monde, les contestataires, dont les ONG militant pour la sauvegarde de l’environnement et la préservation des plages, qui ont déjà entamé les consultations avec leurs hommes de loi et envisagent un recours légal pour « stopper ce massacre à l’environnement ».
La construction au coût de Rs 2,7 milliards du Chaland Resort Hotel devrait donc débuter prochainement, pour son projet hôtelier qui s’étendra sur 33 arpents.
Pour Vinaye Harcharan, le président du conseil de district, l’approbation de cette licence, sur la recommandation du Permit and Business Monitoring Committee, va dans le sens de la logique, car toutes les procédures ont été remplies par les promoteurs qui garantissent qu’ils ne toucheront pas à la plage et qui ont obtenu les autres permis et clearances nécessaires pour aller de l’avant avec leur projet. Un projet qui, rappelle-t-il, est soutenu par une majorité d’habitants du Sud qui voient en la construction de cet établissement hôtelier, des opportunités de développement pour leur région.
Le groupe Currimjee annonce déjà la fin des travaux routiers entrepris à La Cambuse pour fin décembre 2015. Une somme de Rs 70 M a été investie dans la construction de cette nouvelle route, qui fait partie des conditions annexées à l’octroi du bail du groupe Currimjee à La Cambuse. Dotée d’éclairage photovoltaïque, il est prévu qu’elle mène vers une nouvelle aire de stationnement. Des réserves pour les piétons ainsi que plusieurs terre-pleins sont prévus pour de futurs arrêts de bus. Cette route sera remise dans le domaine public à terme.
Sollicité par Week-End, Dinesh Burrenchobay indique qu’«on a toujours dit que nous avons suivi toutes les procédures et agissons dans la stricte légalité. Maintenant, nous allons nous pencher sur les détails de notre planification pour le projet et nous les communiquerons en temps et lieu. Je tiens à faire ressortir que nous allons défendre ce projet all the way et le faire avancer. Il sera un jour une référence en matière de développement durable.»
Les contestataires se disent lésés
Mais cette avalisation du projet du groupe Currimjee ne plaît pas à tous. Depuis la mise au grand jour du projet, des militants écologiques sont montés au créneau pour dénoncer le « massacre » que représente toute construction sur la plage de La Cambuse, et plus particulièrement pour le parc marin de Blue Bay, liste parmi les zones protégées de la Convention Ramsar. Aujourd’hui, face à la décision du conseil de district de Grand Port, les contestataires se disent en colère et déçus. « Non seulement nous avons eu droit à un hearing non conforme car la majorité des contestataires – 1350 – n’était pas présente, mais en plus nos arguments n’ont pas été pris en compte », estime Yan Hookoomsing, de la Platform Aret Kokin nou la Plaz. Il fait ressortir qu’outre les dégâts mentionnés et soulignés dans le Management Plan du Blue Bay Marine Park (BBMP), financé par les Nations unies et réalisé par des experts internationaux en appui au ministère de la Pêche, à l’effet que « uncontrolled coastal construction and development activities will pose a serious threat to coastal and marine ecosystem health due to increases in waste (water and solid) disposal, physical habitat disturbance and loss, sedimentation and turbidity and other issues. At least one application for new hotel construction along the relatively undisturbed La Cambuse coast is pending approval. If approved, this development could have serious consequences for coastal and marine ecosystem health », ce projet, qui a étonnamment reçu le clearance du National Ramsar Committee, va à l’encontre de la Tourism Development Zone et le Outline Planning Scheme de Grand Port.
« C’est scandaleux. Est-ce que cela veut dire que demain le citoyen lambda qui veut construire une établissement ou un magasin en dehors de la Tourism Development Zone pourra le faire, ou est-ce uniquement réservé au grands promoteurs ? » se demandent les contestataires, qui ont déjà consulté leurs hommes de loi pour un recours légal afin de poursuivre les autorités. Pour les écologistes, l’octroi du Land & Building Permit au groupe Currimjee est une occasion ratée de faire de Maurice un exemple du véritable développement durable. « Mais nous avons confiance dans le judiciaire. Nous allons nous battre ».
Quant à Georges Ah-Yan, de la Platform Sov Nu Laplaz et du Forum des citoyens libres, il abonde dans le même sens. Cette association compte loger une une injonction en Cour suprême pour de demander la suspension de ce Land & Building Permit. Pour Georges Ah Yan, la décision du conseil de district de Grand Port devrait être caduc, dit-il, estimant cette décision discriminatoire.