Le diabète de type 1, cette maladie qui affecte principalement les enfants, progresse à Maurice dans l’indifférence totale des Mauriciens qui ne s’en soucient guère. Il est tabou, même chez les familles au sein desquelles des enfants en sont atteints. Rani Balloo, la responsable du Diabetes Support Group, met en garde les Mauriciens : « Nous devons faire attention à un tsunami diabétique à Maurice avec déjà 155 enfants affectés et presque un tiers de la population atteint du diabète de type 2. »
Au centre du Diabetes Support Group à Rose-Hill, des volontaires reçoivent des enfants diabétiques tous les samedis. Un bébé âgé de quelques mois est présent. C’est une fille atteinte de cette maladie dès sa naissance. Sa mère Annick André est triste : « Je ne m’attendais pas que mon bébé souffre de cette maladie parce que je n’ai pas le diabète. C’est très triste pour moi, surtout que j’ai une seule fille et trois fils. Comment l’a-t-elle eu ? » 
Personne ne connaît la réponse à cette question. Selon les médecins, lorsqu’on souffre du diabète de type 1, le corps ne produit pas d’insuline. De nature génétique, la maladie reste inactive jusqu’à ce qu’un choc émotionnel ou une infection quelconque vienne déclencher l’autodestruction des cellules responsables de la production d’insuline dans le corps.
Rani Balloo trouve alarmant le nombre d’enfants qui en sont atteints. « 155 déjà et c’en est trop », selon elle. Parmi, la petite soeur de neuf ans de Mildred, également présente, qui est en colère contre la maladie. « Sur le moment, on était en colère. C’est une maladie dont on ne parlait jamais. On ignorait  qu’elle allait mourir dans un mois avec une maladie incurable. On ne savait rien sur le diabète. On ne savait pas si on vit avec cette maladie, quels en sont les traitements ? » 
La famille est abattue en apprenant que sa fille doit vivre toute sa vie avec cette maladie, avec quatre injections quotidiennes. « Ce n’est pas facile pour une enfant, surtout qu’elle ne doit pas manger ce que les autres peuvent consommer librement », déclare Mildred.
Selon la responsable du Diabetes Support Group, les Mauriciens ne sont pas conscients de la gravité de cette maladie. Elle dit l’avoir constatée après avoir fait le terrain pendant quelques années. « L’éducation était à zéro. Les parents considéraient le diabète comme étant tabou. Ils ne comprenaient pas l’enjeu du diabète. Nous avons commencé par faire l’éducation des parents et des enfants en sillonnant l’île. Parce que nous ne pouvions rester dans un centre et attendre que les parents viennent. Nous avons ramassé des sous et nous continuons à faire le suivi et l’éducation. »
Ce travail a donné de bons résultats : les enfants diagnostiqués ne sont plus rejetés à l’école. Il y a moins d’hospitalisation et de complications. Rani Balloo rapporte que les gens pensent toujours que lorsqu’on a le diabète, on aura des complications du jour au lendemain. « Ce n’est pas vrai ! Je vous garantis qu’il y en aura moins après dix ans. Ces enfants vont vivre normalement pendant des années…  Ils iront à l’école et à l’université et ils travailleront également. » 
Après avoir passé des mois au Diabetes Support Group, Mildred est rassurée : « Maintenant on est plus serein. On sait que c’est une maladie avec laquelle on peut vivre si on a une bonne hygiène de vie, si on suit le traitement comme il faut. » Même si parfois, elle doit batailler dure pour que sa soeur mange convenablement et qu’elle fasse ses injections à temps. À tel point que la jeune femme est devenue une « paranoïa ». « À chaque fois que quelqu’une dans la famille est enceinte, elle surveille de près son alimentation. Je le fais au bureau également, quitte à ce que mes collègues me prennent pour une folle. Le fait est qu’il faut protéger les enfants parce qu’ils sont les plus à risques », dit-elle.
Hormis le diabète de type 2 qui affecte déjà plus d’un quart de la population mauricienne et un autre quart ayant atteint le stade prédiabétique, celui de type 1 progresse également dans l’île. Rani Balloo martèle : « Si on ne fait rien maintenant, on aura une main-d’oeuvre malade dans les dix prochaines années. Ce qui me rend triste, c’est que les malades auront des complications dès leur jeune âge. »