Par le biais du document Mauritius — Systematic Country Diagnosis, la Banque mondiale attire non seulement le risque d’appauvrissement de la classe moyenne à Maurice, mais ce document met également en exergue des lacunes majeures dans des secteurs clés comme la fourniture d’énergie électrique, la distribution d’eau potable et l’infrastructure routière. Ce qui semble davantage préoccuper n’est autre que l’inertie notée par rapport à la mise à exécution des investissements dans le secteur de l’énergie, au point où la Banque Mondiale relève sans aucune hésitation que « limited installed capacity in the energy sector requires quick investment in electricity generation and renewal resources ».
L’un des principaux reproches intégré dans le document de consultations de la Banque mondiale porte sur le fait que « installed capacity has grown slowly ». Entre 2005 et 2011, l’expansion de l’Installed Capacity du Central Electricity Board (CEB) n’a été que de 1,7%, alors que la peak demand progressait à une moyenne annuelle de 2,7%. « As a result, operational capacity over installed capacity is among the lowest when compared to other small islands. Furthermore, electricity generation over 2005-2011 shows a decline in the share of renewable energy, with an increase in the share of coal by 10 percent », peut-on lire à la page 77 du rapport.
La Banque mondiale, qui revient avec force sur les conclusions du rapport de la Banque africaine de développement, met en garde contre le risque que « the existing reserve of 43 MW may be too small as demand grows and repairs of power plants are scheduled. While this slow expansion could be justified by the low load factors of most thermal stations, new generation projects will be required, as forecasts indicate that energy demand is likely to increase by approximately 60 percent over the next 10 years ».
En réalité, l’équation est plus compliquée pour le CEB sur le terrain en vue de se mettre au diapason des recommandations des experts internationaux. Depuis 2013, le projet de réhabilitation de la centrale thermique de Saint-Louis, avec l’installation de quatre turbines de 15 MW chacune, piétine. Après l’annulation de l’exercice d’appel d’offres, le CEB est en présence d’une injonction lui interdisant de lancer un nouvel exercice.
Ainsi, la firme étrangère BWSC, qui avait soumis une cotation lors du précédent appel d’offres, a réclamé le gel de toutes les procédures tant que son cas n’est pas statué en cour. Cette firme conteste la décision des autorités d’annuler l’octroi du contrat pour la mise en place de 60 MW High Suphur Heavy Fuel Oil à Saint-Louis. La situation se complique davantage avec les représentants des forces vives de la région de Plaine-Lauzun protestant de manière formelle devant les instances compétentes contre la pollution sonore que représente la centrale de Saint-Louis.
Par ailleurs, la santé financière du CEB préoccupe la Banque mondiale, qui arrive à la conclusion que « CEB can cover its operating expenses with the sale of electricity but faces fuel costs beyond its control and increased reliance on IPPs using bagasse and imported coal. As a consequence, CEB’s finances are unstable and highly conditional upon the proper pass-through of retail tariffs of volatile generation cost. Despite recent increases, some tariff categories do not cover generation costs. In addition, the tariff regime is not formally defined, further raising the risks of underinvestment and inadequate maintenance ». Jusqu’ici, les abonnés du CEB ont été épargnés une révision à la hausse des tarifs d’électricité en raison de l’évolution à la baisse du cours mondial du pétrole.
Changements d’envergure
Au chapitre de l’infrastructure routière, la Banque Mondiale préconise un changement de politique en vue d’atténuer l’importance de l’usage de véhicules privés. Depuis 1988, la flotte de véhicules a progressé de 7% annuellement pour atteindre un taux de motorisation de 180 véhicules pour 1 000 habitants, soit sensiblement le même qu’à Singapour ou Kong Kong, si ce n’est 320 par mille habitants selon Statistics Mauritius.
Anticipant une nouvelle détérioration, la Banque Mondiale recommande des changements d’envergure. « Based on global experience, Mauritius is at a turning point in its transport development path as motorization normally accelerates above US$5 000 of GDP per capita. Resource-poor and space-constrained, Mauritius will need to follow an efficient and greener development path in the transport sector. (…) A recent study127 indicates that without proper infrastructure and institutional measures, travel time in the most congested areas will worsen significantly by 2020. Traffic volume will increase 20 percent, travel time will double and average speed will be halved. Road congestion also has a significant economic cost with congestion during peak hours along the Curepipe-Port Louis corridor (M1) estimated at between 0.002 and 0.05 percent of GDP ».
Pour éviter ce scénario de cauchemar sur les routes, la Banque mondiale préconise une série de mesures pour réduire l’attrait de l’usage des véhicules privés en faveur du transport en commun. « To provide the right incentives, transport prices need to be rationalized to reflect the social and economic cost of the choice of transportation. 130 Thus, higher taxes and charges on car ownership and use could serve to retain a socially optimal use of private vehicles, mitigating the social and economic costs. Various price measures can be used to this end, including further raising fuel taxes or raising registration fees for new purchased and imported vehicles, despite both of these being largely in line with other upper-middle and higher income countries », recommande cette institution, qui regrette que des congestion charges de Rs 100 par voiture privée et de Rs 200 par camion proposées en 2006 par le gouvernement n’ont jamais été appliqués.
Le secteur de l’eau n’est pas exempt de manquements vu que « water service providers are struggling to recover costs and operational inefficiencies are affecting the sustainability of service delivery. Key sector performance indicators demonstrate that Mauritian service providers are struggling with increased urbanization and all three service providers (Central Water Authority, Waste Water Management Authority and Irrigation Authority) are failing to collect enough revenue to meet operating costs and new investment, impeding their viability ».
Pour remédier à la situation, la Banque mondiale maintient que « there is an urgent need to embark upon a reform process that leads toward a performance-based organization that enables operational efficiency for improved service delivery ». Elle met l’accent sur l’importance de mettre à exécution la National Water Policy adoptée en juillet 2014, comprenant principalement la privatisation de la Central Water Authority, un rajustement des tarifs d’eau et une intégration de la CWA, de la WMA et de l’IA.