Les relations entre la Speaker et certains parlementaires, membres de l’opposition, plus particulièrement Shakeel Mohamed, ne s’arrangent pas. Le député rouge profite de la moindre occasion pour se plaindre urbi et orbi du traitement, qu’il qualifie de “manque d’équité et de balance”, que lui infligerait la Speaker. Cette dernière lui rend la monnaie de sa pièce pour lui reprendre ou lui interdire la parole, l’expulser ou le suspendre de l’Assemblée.

Cet affrontement parlementaire a commencé depuis que le député rouge avait annoncé son intention de déposer une motion de blâme contre la Speaker dont il conteste – comme beaucoup de membres de l’opposition – la manière de mener les débats parlementaires. L’affrontement parlementaire semble avoir tourné à l’affrontement tout court, au fil des mois, les deux protagonistes ne ratant aucune occasion pour faire monter les enchères dans ce qu’il faut bien appeler un dialogue de sourds. Mais le député rouge n’est pas le seul à se plaindre de la manière dont le calendrier est décidé et les débats menés. Cette semaine encore, le leader du MMM a dénoncé “la situation de plus en plus malsaine qui règne au sein du Parlement.” Il est vrai que les séances ont été marquées, sous cette législature, par des incidents que l’on est plus habitué à voir dans des films comiques qu’au sein d’une assemblée nationale.

Des langues montrées aux joues caressées, sans autorisation, en passant par des déclarations intempestives, des expulsions, des walk-out ou des rulings pas toujours compréhensibles, le Parlement mauricien a perdu de son lustre pour se transformer en une cour de récréation avec des élèves dont le vocabulaire n’est fait que d’insultes. C’est le spectacle auquel peuvent assister en direct live les Mauriciens qui ont – encore – envie de voir les performances de leurs élus qui semblent convaincus que plus ils crient, plus ils font preuve d’arrogance, plis zot kas enn grand paké. Est-ce que les Mauriciens sont dégoûtés ou satisfaits des performances de leurs députés? Réponse aux prochaines élections. Si, en dépit de leurs “performances” au Parlement, les députés d’aujourd’hui parviennent à obtenir un ticket électoral.

Aux Casernes centrales aussi, les relations entre le commissaire de police et le président de la Police Officers Solidarity Union (POSU) ne s’améliorent pas. À vrai dire, ces relations n’ont jamais existé dans la mesure où depuis que les policiers ont été autorisés à se syndiquer, en 2016, et que la POSU est devenue le principal syndicat de la police, son président n’a pas encore obtenu un rendez-vous avec le commissaire. Les deux hommes communiquent, si l’on peut dire, par déclarations de presse interposées. Le président de la POSU ne rate aucune occasion pour tenir des conférences de presse pour dénoncer les manquements dans l’administration de la police et faire remonter le mécontentement grandissant des policiers. Le commissaire de police laisse dire ou répond, indirectement, dans une déclaration à la presse. Tout comme il ne réagit pas aux multiples critiques des députés de l’opposition qui, à travers leurs questions, ont dénoncé à maintes reprises la manière dont la police est gérée. Face aux critiques qui se multiplient, le commissaire reste imperturbable “kuma dilo lor bred songe.”

En dépit des cas précis de mauvaise administration – depuis les transferts punitifs de policiers jusqu’aux dépenses pour le 250e anniversaire de la police – soulevés au Parlement, le ministre Mentor soutient bec et ongles le commissaire de police. Lors de sa dernière conférence de presse, le président de la POSU a dénoncé, entre autres, deux  décisions du commissaire. Tout d’abord, la nomination de 20 gradués qui ont été directement nommés Deputy Assistant Superintendants of Police en passant, selon les affirmations du président de la POSU, sur la tête de dizaines de policiers en poste depuis des années. Il a également fait état d’une lettre au DPP pour accuser le commissaire de police de ne pas avoir suivi la procédure en ne lui envoyant pas une lettre dans le cadre de l’enquête sur l’affaire du passeport d’un trafiquant de drogue arrêté à La Réunion. Si le commissaire continue sur sa lancée, il laissera passer les critiques comme si de rien n’était. Combien de temps encore les policiers accepteront-ils que leurs demandes continuent à être ignorées?