Passer d’une simple juxtaposition des cultures à une ouverture sur les autres en vue d’un meilleur vivre ensemble: c’est pour quoi a plaidé, jeudi, le Prof Joseph Yacoub, professeur honoraire à l’l’Université catholique de Lyon (UCLy) et grand promoteur du dialogue interculturel. C’était à la Salle Saint Ignace, Rose-Hill, devant des membres du corps enseignant lors de la dernière de sa série de conférences qui était intitulée  « Diversité culturelle et Cultuelle et Interculturalité: Comment assurer un vouloir vivre ensemble? »
Le conférencier aux identités multiples qui devait insister sur le rôle premier de l’Etat dans cette démarche tendant vers un meilleur vivre ensemble a expliqué qu’il n’est pas, pour autant, question de biffer toutes les différences comme dans une sorte de démarche babéliste.
Le Prof Yacoub rappelle qu’au fil de toute l’Histoire de l’Humanité, les civilisations se sont toujours mutuellement empruntées. Il explique que ce qui rassemble les être humains est plus fort que ce qui les sépare. Il convient, néanmoins, ajoute-t-il, de sortir de sa coquille pour aller vers l’autre en vue de s’enrichir. C’est ce qui semble, pour beaucoup, pas toujours facile. Il rappelle, sous ce rapport, le proverbe qui veut que « l’Homme est l’ennemi de ce qu’il ignore ».
Le conférencier avance que si tous les livres sacrés promeuvent les mêmes valeurs universelles, l’homme est ainsi fait qu’il est, constamment, tiraillé entre l’universel et le particulier. Mais, pour lui, ce même particulier est capable de conduire à l’universel. Pour peu, explique le Prof Yacoub, que la quête de l’identité ne soit pas entreprise comme pour un repli sur soi mais être perçu comme un passage à l’universel. Il cite, notamment, dans ce cas l’exemple d’Aimé Césaire.
Pour l’intervenant, le monde étant devenu multiculturel à une telle rapidité étonnante, qu’il convient, impérativement, de rechercher les points communs entre les cultures pour un meilleur vivre ensemble. D’une multiculturalité qui, selon lui, ne va pas plus loin qu’une juxtaposition des cultures, il faut oeuvrer, d’après le Prof Yacoub, en faveur d’une interculturalité qui implique une ouverture sur les autres.
Bonne gestion de la multiculturalité
Il rappelle, au passage, qu’il est, désormais, scientifiquement prouvé que les supposées catégories raciales qui différencieraient les hommes les uns des autres ne sied pas à la véritable nature biologique de l’être humain. Ce qui donne à comprendre que les hommes sont, tous, issus d’une seule et même « race » humaine. Et de souligner qu’à la place de la notion de « races » qui a été à la base de tant de guerres de même que de la colonisation, l’on favorise, dorénavant, celle, plus juste, d’éthnies; ce terme, selon son étymologie grecque, désignant « peuples ».
La multiculturalité étant, désormais, un fait qui s’affirme plus que jamais, il importe, maintenant, de la gérer. Joseph Yacoub soutient, à ce propos, qu’il n’y a pas de gestion modèle qui s’applique à l’ensemble des pays. Celle-ci diffère d’un pays à l’autre en fonction d’un nombre important de facteurs. Par exemple, l’Histoire particulière du pays en question; le contexte géopolitique; le type de régime en place comme de savoir s’il s’agit d’une démocratie ou pas; l’existence ou non d’une religion d’Etat… Mais, pour lui, il convient, quand même, de prendre pour base le principe universel à l’effet que tous les êtres humains naissent libres et égaux en Droit.
Pour le Prof Yacoub, en vue de la meilleure gestion de cette multiculturalité qui s’impose partout et pour qu’elle tende vers l’interculturalité qu’il appelle de ses voeux, l’Etat, en premier lieu, a la responsabilité de mettre en place, à cette fin, la politique culturelle et éducative qui convient. Il ne s’agit pas, loin sans faut, explique-t-il, d’imposer ce vivre ensemble quitte, pour cela, de biffer les différences dans une sorte de démarche babeliste. L’initiation à l’éducation civique de même que la mise en place de lieux d’écoute sont, entre autres mesures à prendre, d’après le conférencier.